Critiques pour l'événement Danser à La Lughnasa
6 oct. 2015
6,5/10
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Au Théâtre de l’Atelier, Didier Long nous transporte dans l’Irlande de 1936 avec Danser à la lughnasa de Brian Friel, tout récemment disparu. Un univers clos et bouillonnant dans lequel cinq sœurs se consument de désir de frustration. Dans cette atmosphère étouffante, le directeur des lieux fait éclore avec une belle sensibilité cette sororité attachante et contaminée par de mortels inassouvissements. De facture très classique mais solidement menée, sa mise en scène offre une séduisante étude sociologique sur la féminité en milieu rural malgré quelques tunnels.

Didier Long s’insère naturellement dans la pièce de Brian Friel et en propose une version très fidèle centrée autour de l’harmonie et des dissensions entre le quintette. Claire Nebout surprend en bigote stricte mais aimante ; Florence Thomassin incarne une espiègle Maggie, la plus terre-à-terre de toutes et qui adore les devinettes ; Lou de Laâge explose dans le rôle de la fille-mère dure envers son fils et ivre d’amour ; Lola Neymark étonne dans la composition difficile de la benjamine attardée et Léna Bréban charme en tricoteuse pleine de naturel et poignante dans ses illusions déçues.

Ces cinq proches cousines de La Maison de Bernarda Alba de Garcia Llorca écrasent sur leur passage les quelques rôles masculins bien que Bruno Wolkowitch livre une performance assez hallucinée de frère chamanique.

Telles des amies de Tess d’Urberville, cette sororité paysanne irlandaise distille ainsi ses parfums mélancoliques avec un arôme puissant de fleurs des champs presque fanées. Un travail choral presque exclusivement féminin à admirer pour sa fructueuse hétérogénéité.