Critiques pour l'événement Cyrano de Bergerac
30 juil. 2017
9,5/10
16
C'est vrai ! Je n'avais pas terminé ma gazette :
... Et samedi vingt six, une heure avant dîner,
Monsieur Cyrano de Bergerac a été donné,
à la Comédie Française, sublimé.

Je vous dois d'avoir eu, tout au moins, une nuit.
Grâce à vous une merveille a passé dans ma vie.
5 juil. 2017
8,5/10
41
J’avais eu le plaisir de voir se spectacle il y a trois ans à la Comédie Française et j’avais été émerveillée. J’y suis retournée une nouvelle fois, accompagnée de potes qui ne connaissaient pas forcément la Comédie Française et la pièce. Cyrano est une belle entrée en matière pour découvrir aussi bien la magnifique salle que l’étonnant spectacle. Voilà un endroit qui peut faire aimer le théâtre qui mêle talent, passion et imagination.

Michel Vuillermoz fait partie de ces comédiens du français que j’adore. Il dégage quelque chose sur scène d’assez incroyable et ce personnage de Cyrano lui va comme un gant. En plus, il faut une sacrée énergie pour interpréter l’intrépide bretteur amoureux et rester presque 3h00 sur scène avec des monologues longs et cousus au millimètre prêt. Il court, il vole, il bondit, il parle, il n’arrête jamais.

Christian Hecq, qui vient de rentrer dans le Larousse, malgré une courte présence apporte toujours une touche d’humour incroyable. Il ne peut passer inaperçu tellement il rayonne de malice. Je me souviens encore comment il m’a fait rire dans Le fils à la patte de Feydeau.

J’adore Bruno Raffaelli en adorable Ragueneau et Gilles David qui ont des voix qui raisonnent de façon si agréable. C’est très appréciable de les écouter car ils savent nous emporter même en fermant les yeux. Et puis, il y a un comédien que j’apprécie beaucoup pour son charisme, le charmant Stéphane Varupenne qui joue le Bret, fidèle ami de Cyrano. Qui était il n’y a pas longtemps au Studio pour jouer Comme une pierre qui…

Tous ces comédiens de talent donnent toujours le meilleur d’eux-mêmes avec un ton juste. Même les textes ennuyeux (et il y en a quelques-uns) prennent une dimension appréciable grâce à ces artistes hors pair. Je leur dis un grand bravo.

Puis il y a une mise en scène assez grandiose qui nous plonge à la fois dans le classique et dans le moderne. Une partie des décors fait 19ème. Mais les décors bougent et sont déplacés aussi bien par les comédiens que les accessoiristes. Parfois, ils sont rangés sur les côtés ou au fond, visibles du public. Bien entendu, les grandes scènes comme celle du champ de bataille. On fait tomber une grande toile de fond qui cache et au milieu de la scène des tranchés, des arbres et des coquelicots. De même pour la magnifique scène chez Ragueneau ou du plafond tombe des casseroles et poulets et du sol émane vapeur et cuisiniers. Il y a quelque chose de magique qui se crée et je reste les yeux ouvert émerveillée.

En plus, il y a des clins d’œil par-ci, par-là. Au début de la pièce, sont cité Eric Ruf, Jean Piat… Des gens qui ont eu une histoire avec le bonhomme au grand nez à la Comédie Française. Le tout doublé avec un écran vidéo où était projeté des images de ces personnes qui ont marqué cette pièce avant de retourner à l’histoire et de montrer la belle Roxanne (Françoise Gillard). J’ai aimé voir à la fin, une copie du siège où Molière a joué la dernière fois sur scène. Ragueneau cite Molière et Cyrano meurt dans le siège du Malade imaginaire. D’ailleurs, on peut vérifier après car le siège est au bout du couloir où il y a le foyer.

En petit détail, j’adore quand les gens sont blessés que des confettis rouge tombent de leurs blessures. C’est très poétique, drôle et visuel à la fois. D’ailleurs, ce procédé a été réutilisé dans Roméo et Juliette joué cette année. Les petits détails peuvent apporter tellement de choses.

Je pourrais encore continuer à faire l’éloge de cette pièce tellement que je l’ai trouvé extraordinaire. C’est ma seconde pièce préférée après 20 000 lieues sous les mers avec le surprenant Christian Hecq. Je pense que quand elle sera rejouée dans 2 ou 3 ans, j’irai de nouveau la voir pour encore être émerveillée de ce personnage qui gardera son panache jusqu’à son dernier souffle.
5 juil. 2017
10/10
35
Pièce P R O D I G I E U S E présentée hier par la troupe de la Comédie Française. Je n’ai jamais rien vu de mieux !

Le jeu des comédiens est à couper le souffle. Telle une ruche, la scène fourmille de personnages dans tous les coins, la plupart des corps de métier du XIXème siècle sont représentés. Sur scène, l’ambiance est à son comble. Lorsqu’apparaissent le fantastique Michel V dans le rôle de Cyrano, puis la délicieuse Roxane avec toute la fraîcheur qu’elle nous transmet, l’émotion surgit. Leur diction est admirable.

La mise en scène est somptueuse. Le décor reconstitue la vie du XIXème, dans les costumes, les lieux, les accessoires. Il y a bien des prouesses techniques dans les effets spéciaux, qui ne sont plus l’apanage du cinéma (la fumée des cuisines, la guerre. D’ailleurs, sur scène, il y a du cinéma avec un écran et un film qui se déroule sous nos yeux). Chaque scène est un tableau (je pense au champ de coquelicots, au radeau de la Méduse). Denis Podalydès introduit à mon sens, beaucoup d’humour dans la mise en scène, je pense notamment aux références kitch telles Roxane qui s’envole dans les aires, ou les sœurs sur la grande balançoire, encore plus naïves que l’image qu’on leur donne. Nos avons tous, dans la salle, ri à toutes ces exagérations dans la mise en scène. Des libertés ont également été prises dans le texte par Denis Podalydès, qui introduit des références contemporaines dans cette pièce (les académiciens). Accueillis par les rires du public encore une fois.

Enfin, le texte est une véritable ode à l’amour. Edmond de Rostand parle de l’amour d’une façon si belle, si poétique. Cette pièce donne follement envie d’être aimée pour qui l’on est, pour notre esprit, et non pour qui on parait.

T O N N E R R E d’applaudissement !
3 juillet, 20h30, Paris


On entre dans la salle Richelieu de la Comédie Française, après 5h d’attente pour avoir des places au « Petit Bureau ». Une chaise est placée sur le plateau devant un rideau noir. C’est le fauteuil dans lequel Cyrano va mourir. Il est déjà présent sur scène. L’histoire qui va se jouer devant nous ne peut pas bien se terminer ! Car après tout c’est bien celle de l’échec que raconte ce succès populaire. En effet Cyrano ne vivra son amour pour Roxane que dans l’ombre de Christian, il ne parvient pas à se faire connaitre dans le monde. Comme il le dit si bien «  Molière a du génie et Christian était beau ».

Cyrano c’est aussi une histoire de théâtre … Denis Podalydès a su très justement le montrer. Tout d’abord, il ne cherche pas à rendre le décor vrai. Autrement dit, le sang ne ressemble aucunement à du sang puisque ce sont de petits ronds rouges en papier de soie, mais cela ne nous empêche pas de comprendre de quoi il s’agit sans trouver cela gênant. Puis le décor se change régulièrement à vu : on perçoit tous les artifices du théâtre. En se penchant de plus près sur la mise en scène, on peut remarquer que le fauteuil dans lequel meurt Cyrano, ressemble étrangement à celui de Molière lorsqu’il joue Le malade imaginaire. Une forme d’hommage du metteur en scène, qui affirme que Cyrano lui aussi avait du génie.
On peut également mentionner le début de la pièce qui rend hommage en vidéo à des grands comédiens qui sont passés par cet « illustre théâtre » : Roland Bertin, Gisèle Casadesus, Ludmila Mikaël, Jean Piat, André Brunot, Michel Aumont, Yves Gasc, Eric Ruf et tant d’autres …
Eh oui, nous avons envie de les revoir sur un plateau !
9,5/10
41
On aurait pu dire bien des choses en somme.
Mais la verve, l'esprit et les lettres me manquent.
De lettres, je n'ai que celles qui composent le mot : magistral.
Pour les alexandrins, j'attendrai une heure plus matinale.
Quel texte ! Toujours redécouvert.
Quelle interprétation de Michel Vuillermoz, truculent et émouvant tour à tour et en l'espace d'un battement de cils.
Quelle mise en scène de Denis Podalydès, rythmée, inventive, moderne...
Les décors... Les costumes...

De ce Cyrano à la Comédie Française, je suis de nouveau sortie enveloppée de son panache et de ses élégances, avec l'envie d'inviter tout le monde à y courir.
9 avr. 2016
8,5/10
92
Cyrano est ma pièce de théâtre préférée donc il me fallait bien me surprendre! Et c'est la cas!!

Cette version de Cyrano par Denis Podalydès est tout simplement excellente, j'ai adhéré du début jusqu'à la fin!

Il n'y a pas grand chose à dire, le jeu des acteurs est excellent: Vuillermoz resplendi en Cyrano, il est le vrai personnage de Cyrano, le héros du drame romantique, il tient son personnage magnifiquement le long de la représentation! Loïc Corbery, Françoise Gillard sont biens dans leurs rôles respectifs mais Hervé Pierre excellent en Ragueneau (dans l'acte II notamment) ! Les décors d'Eric Ruf sont excellents, la scénographie de l'acte IV avec les champs de coquelicots est resplendissante. Néanmoins, la scène du balcon peut sonner un peu "kitsch" et incompréhensible pour certains lorsque Roxane se trouve dans les airs.

Les musiques choisis, et notamment le boléro de Ravel, apportent réellement quelque chose aux spectateurs. Le fait que la représentation débute par des images et bandes-sons d’archives provenant d’autres versions de Cyrano, est un réel plaisir, où l'on voit un hommage sincère aux autres Cyrano de la part de Podalydès.

Que dire pour terminer, une ovation de près de 10 minutes dans la salle, une ovation pour Michel Vuillermoz, une ovation pour tous les acteurs et pour tous ceux à l'origine de l'existence de cette mise en scène et de cette pièce qui a fait ses preuves depuis 10 ans à la Comédie Française! A voir et à revoir impérativement!
8 févr. 2016
8,5/10
72
Le comte de Guiche a décidé de marier Roxane à son ami le Marquis Valvert. Mais Christian est secrètement amoureux de la jeune femme, tout comme Cyrano de Bergerac, son cousin.
Ce dernier intervient au cours de la représentation d’une pastorale avec Montfleury et chasse l’acteur hors de scène. Raillé sur une partie disgracieuse de son visage, il se lance avec conviction dans la célèbre tirade du nez avec une multitude d’intention : curieux, descriptif, prévenant, tendre, empathique, dramatique, admiratif...

Il se donne en représentation et le Marquis devint alors la risée de tous, n’ayant pas la même verve poétique que son adversaire qui, ravi, obtient un rendez-vous avec la belle Roxane le lendemain chez le restaurateur Ragueneau. Après avoir échangé des souvenirs d’enfance, la jeune femme demande à son cousin de protéger l’homme dont elle est tombée amoureuse sans jamais n’avoir pu échanger autre chose qu’un regard avec lui : Christian qui vient d’entrer en tant que cadet dans la compagnie de Cyrano. Désespéré, ce dernier accepte et propose même au jeune noble de l’aider à conquérir le cœur de Roxane en lui parlant d’amour à sa place : « Je serai ton esprit, tu seras ma beauté ». Mais à ce jeu de dupes, chacun risque gros.

Alors que la représentation débute par des images et bandes-sons d’archives provenant d’autres versions de Cyrano, la mise en abyme se met très vite en place et nous plonge dans une fabuleuse illusion théâtrale. Les costumes, signés Christian Lacroix font merveille dans les décors d’Eric Ruf, notamment ceux du dernier acte dont la scénographie fait immédiatement penser au Radeau de la Méduse, le tableau de Théodore Géricault. La mise en scène est plutôt fougueuse et passionnée, teintée d’un lyrisme notable. Elle intègre la vidéo de manière habile et intéressante. Dans une note d’intention, Denis Podalydès confiait que « Cyrano est un rêve de théâtre total, un mélange des arts et des genres : opéra-bouffe, tragédie, drame romantique, poésie symboliste, farce moliéresque ».

Effectivement, on retrouve tout cela et bien plus encore sur le plateau et le Cyrano présenté a un rapport au monde qui le rend proche de nous. C’est un héros rebelle envers la société qui suit le chemin tracé par ses convictions sans s’en écarter d’un pas, peu importe les conséquences de cette intégrité qu’il préservera jusqu’à l’aube de sa mort pour ne pas salir la mémoire de Christian. L’œuvre en alexandrins, dédiée à l’acteur Coquelin qui a inspiré le personnage, montre un homme droit qui défie sans cesse une mort qui le rejette.
Alors que Philippe Torreton reprend le même rôle au Théâtre de la Porte Saint-Martin, mais avec des choix de transposition plus tranchés, Michel Vuillermoz s’impose dans la peau de Cyrano de Bergerac sur la scène du Français. Il impressionne par ce petit quelque chose de Don Quichotte qu’il glisse dans son jeu. Sa présence quasi permanente sur le plateau fait de sa prestation une performance d’acteur. Il incarne avec panache Cyrano, un homme que l’on sent habité par une profonde mélancolie, contrastant avec sa cousine Roxane, une femme presque enfantine, interprétée par Françoise Gillard, aérienne jusque dans la fameuse scène du balcon où c’est Cyrano qui lui déclare sa flamme pendant que son soupirant est tapi dans l’ombre. Elle est également touchante dans le dernier acte, retirée au couvent, prisonnière d’un deuil qu’elle ne peut surmonter et apparaît bouleversante dans la scène de résolution finale où la supercherie est percée au grand jour : « je n’aimais qu’un seul être et je le perds deux fois » avoue-t-elle, dévastée.
Dans le rôle de Christian, le sot qui ne sait pas parler d’amour, nous retrouvons avec délectation le talentueux Loïc Corbery qui habite parfaitement son personnage dont le manque d’éloquence le prive des faveurs de sa bien-aimée avant d’obtenir par ruse une bénédiction nuptiale avant de mourir au combat. Les autres acteurs de la troupe de la Comédie-Française, dont le très charismatique Hervé Pierre formidable en Ragueneau, se montrent également convaincants en déployant moult talents et font de l’œuvre de Rostand une petite pépite d’or du théâtre classique qu’il fait bon de redécouvrir, entre rêve et réalité, dans une mise en scène pétillante d’ingéniosité pour porter aux nues le stratagème de l’amour.
11 janv. 2016
6/10
109
S’il y a une pièce que j’attendais avec impatience, c’est bien ce Cyrano monté au Français par Denis Podalydes.

Cyrano, ses vers, sa tirade, SES tirades, sa démesure (tous ces vers, tous ces actes, tous ces décors, tous ces personnages, tout ces… tout ce qui fait de Cyrano un monument du théâtre français à mes yeux). Je me faisais donc une joie d’y aller… et j’en sortis perplexe. Fort perplexe même.

L’ouverture est assez bien menée avec une présentation de l’histoire de la pièce et de ses représentations au Français même : sur un écran situé au-dessus de la scène défilent les images vidéo de Jean Piat, Ludmila Mickael, André Brunot qui s’installent dans la salle pour la représentation. Nostalgie et sourires affluent aux lèvres des spectateurs. Et puis le tout s’embrouille un peu, nous nous retrouvons dans une mise en scène un peu trop foutraque pour y trouver un fil conducteur. En vain on cherche, parmi les décors, alcôves, portes installées au milieu de la scène, escaliers dissimulés, quelque chose qui regroupe ce fourmillement d’idées en une intention précise. Mais non, on a là une succession d’idées empilées les unes sur les autres sans lien quelconque.

Seule la pâtisserie de Ragueneau emporte les suffrages avec sa scénographie absolument magnifique, ses gibiers, cerfs, volailles suspendus, ces piles d’assiettes et de pichets qui descendent et remontent dans un clair-obscur époustouflant de beauté. C’est somptueux et j’en rêve encore, merci Eric Ruf pour ce moment de pure magie théâtrale.

Et puis le balcon, la fameuse scène. Elle commence joliment avec une Roxanne toute frissonnante à sa fenêtre…fenêtre et balcon qui vont être enlevés par des techniciens laissant notre amoureuse suspendue aux lèvres de Christian / Cyrano et dans les airs, retenue par quelques filins sur un fond de scène en feuillage peint. Roxanne plane, semble voler, simule des mouvements d’aile avec ses bras…tandis que Cyrano est au sol. Mais les mots suffisent, le texte n’a pas besoin d’être souligné de cette façon et cette intention d’envol m’a laissée à terre, pour ne pas dire atterrée.
Tout comme le reste, à l’avenant. Les costumes de Christian Lacroix sont certes jolis mais encore une fois ne semblent pas relever d’une intention précise, mélangeant les styles et les époques. Ils siéent pourtant aux comédiens mais cela n’est pas assez.

Quant au jeu, justement, je finirai en disant que mon Cyrano (Michel Willermoz, qui est pour moi un grand, très grand comédien) débite la tirade du nez très rapidement, trop, ne laissant pas au spectateur le plaisir de savourer les mots, les intentions, les alexandrins si drôles et impertinents. Il est un Cyrano passionné, mais pas passionnant. Françoise Gillard est une Roxane amoureuse certes mais plus affectée que naïve, elle n’arrive pas à convaincre. Hervé Pierre, formidable Ragueneau, fait rire et la recette des madeleines est un plaisir à écouter. Didier Sandre est un Guiche un peu fade et distant tandis que Loïc Corbery un bon Christian, oui, mais cela ne suffit plus, à mes yeux.

Comment finir ? Je ne sais pas. La déception fut là, même si la scénographie est souvent déroutante de beauté. Mais j’irai revoir, encore et encore, mon Cyrano, où qu’il soit joué. Parce que cette pièce, ma foi, c’est un chef d’œuvre, et que même moins réussie à mes yeux, je l’aime encore. Je l’aime tellement que j’irais peut-être encore, la voir, cette version du Français, en espérant changer d’avis. Trouver la magie, m’abandonner à la magie. Qui sait ?
1 janv. 2016
7,5/10
117
Brillant, un Cyrano envoûtant, des décors somptueux, un texte sublimé par la mise en scène classique mais ingénieuse de Denis Podalydès et quelques superbes trouvailles scéniques, des musiques parfaitement choisies.

Un tonnerre d'applaudissement et même une standing ovation du parterre ce soir pour les acteurs !