Critiques pour l'événement Cyrano de Bergerac (Porte St Martin)
29 mai 2016
9/10
178
Cyrano de Bergerac est fou, fou d’amour pour la belle Roxane, l’une de ses cousines qui est aimée en secret par Christian de Neuvillette, un jeune noble.

Lorsqu’elle partage ses sentiments et l’avoue à Cyrano, ce dernier accuse le coup et cache sa déception. Qu’à cela ne tienne ! L’amoureux transis, que son physique disgracieux empêche de se déclarer, fait alliance avec son rival, incapable de bien parler d’amour : « Je serai ton esprit, tu seras ma beauté. ». Mais parfois, à voir être un autre que soi-même pour plaire à autrui, on risque de se rendre malheureux éternellement.
Cependant, Cyrano restera fidèle à ce qu’il pense jusqu’à sa mort.

Un carrelage blanc aux joints noirs, lumière crue, quelques tables et quelques chaises. Au centre, dans un fauteuil, dos au public qui s’installe, Philippe Torreton somnole. Seul son bandage à la tête émerge légèrement, symbole d’une blessure psychique de longue date. Il assistera à des entrées précipitées et en cascade par la porte battante en fond de scène, sur la mélodie Summer in Siam du groupe The Pogue, avant que Montfleury, en mauvais orateur, ne parvienne à le sortir de sa torpeur et de sa léthargie pour le plus grand bonheur de ses compagnons d’infortune qu’il distrait inlassablement.

Bienvenue dans le foyer d’un asile ou plutôt d’un hôpital psychiatrique, lieu de toutes les folies. Et cela tombe bien car dans cette transposition moderne, chacun ose tout puisque chacun est fou.
Dominique Pitoiset a eu le nez fin et un flair infaillible pour assumer jusqu’au bout un tel parti pris et cela fonctionne parfaitement. Son Cyrano, qui alterne les phases d’euphorie et de dépression, semble dessiner les contours d’une bipolarité naissante. Philippe Torreton, Molière du meilleur comédien 2014 qui a reçu également le prix Beaumarchais et celui de la critique la même année, fait preuve d’une très grande aisance. Son jeu, fougueux et passionné, est littéralement magistral. Il fait souffler un vent d’humanité sur son personnage, qui nous apparaît dès lors attachant et même émouvant à bien des égards.

Cyrano est proche du misanthrope et le panache de Philippe Torreton nous permet de partir à la redécouverte de ce texte classique. Il nous fait passer du rire aux larmes. Sa formidable diction nous scotche durant près de 2h45 sur notre fauteuil rouge. A peine quelques petites longueurs de temps à autre mais dans l’ensemble, nous sommes captivés. Est-il fou ? A-t-il rêvé qu’il était Cyrano jusqu’au dernier souffle de sa vie ? Impossible de trancher avec certitude mais toujours est-il que sa folle énergie emporte notre adhésion. Tour à tour fulminant et frénétique, il est formidable et juste. A ses côtés, Julie-Anne Roth campe une Roxane juvénile mais sensible. La scène du balcon, qui se déroule via Skype, lui donne de la profondeur mais ce n’est que dans la scène finale, où la beauté du texte explose vraiment, qu’elle parvient à s’imposer réellement face à Cyrano « libre dans sa pensée autant que dans ses actes ». Leur duo est alors si fort qu’il nous bouleverse totalement. Quant à Patrice Costa, c’est un Christian un peu fade en comparaison des deux autres mais il garde le cap face au roc Torreton. Le reste de la distribution devient presque secondaire mais apporte une fluidité à un ensemble divin et drôle sans pour autant en devenir ridicule ou désinfecté de toute émotion.

Quel incroyable et fou Cyrano que celui de Dominique Pitoiset à la Porte Saint-Martin ! La cohérence et la pertinence de sa transposition rendent une nouvelle beauté aux vers d’Edmond Rostand. Nous ressortons de cette époustouflante représentation plein de compassion pour un Cyrano grandiose qui a su nous toucher à la fin de l’envoi.
26 mai 2016
8,5/10
203
Il fallait oser : pas d’entracte pour une pièce de 2h40, une mise en scène qui transpose l’action dans un asile psychiatrique de nos jours, une interprétation qui sublime un Cyrano qui ressemble fort à un misanthrope.

Je ne sais ce qui m’a le plus charmé dans cette pièce : la troupe de comédiens autour de Cyrano qui jouent sans surjouer les aliénés de l’asile, cette mise en scène moderne réussie avec des idées qui m’ont fait sourire comme le balcon ou bien le jeu de Philippe Torreton qui est fabuleux du début à la fin (comme d’habitude me direz-vous) mais aussi les silences éloquents et les choix musicaux totalement en phase avec l’ambiance.

Bien sûr pour une longue pièce, il y a des moments où on décroche un peu mais cela semble normal.

Et puis il y a ce moment magique où l’émotion de la dernière scène nous submerge et a emporté la fatigue due aux 2h40 de spectacle sans entracte et nous nous levons pour acclamer les comédiens avec des yeux qui brillent.
19 mai 2016
6/10
172
Cyrano, vole au dessus d'un nid de coucou. Peut-être est-il le roi des fous ? Tranquillement dans un asile, il raconte ses aventures avec fougue et passion. Son coeur bat pour la belle Roxanne, qui ne peut l'aimer à cause de son nez. Philippe Torreton incarne ce personnage haut en couleurs sur les planches du théâtre de la porte St Martin, dans une mise en scène totalement étrange de Dominique Pitoiset. Prêt à aller à la rencontre d'un maniaco-dépressif ?

Philippe Torreton m'a fait encore plus aimer Michel Vuillermoz. Cyrano de Bergerac a bercé mon coeur de jeunesse qui a été ravivé par l'adaptation cinématographique de Jean-Paul Rappeneau en 1999 avec Gérard Depardieu en Cyrano. Puis à la Comédie Française avec l'extraordinaire mise en scène de Denis Podalydès avec en Cyrano, Michel Vuillermoz et le très séduisant Loïc Corbery en Christian, qui se joue à guichet fermé chaque soir. Alors me plonger dans un univers froid d'un asile psychiatrique, le choc a été rude.

Je ne dénigre pas le talent de Philippe Torreton. Il obtient le Molière du meilleur comédien dans le théâtre subventionné pour ce rôle en 2014 ainsi que le Prix de la Critique. Il est nommé chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 1999 il est également chevalier de l’Ordre du mérite. L'histoire est entièrement construite autour de lui. Son talent de comédien peut briller. Les autres comédiens ne servent pas à grand chose au final, ils sont tous fades et sans saveurs. Ils pourraient être remplacés par des voix off, des projections, des simples cartons mouvants. Roxanne et Christian sont totalement insipides. Les gascons sont mous et sans vaillance. La comparaison est drôlement rude avec la Comédie Française où chaque personnage a un rôle, a une importance et surtout une véritable présence.

Deux ans après, je me souviens encore des fameuses scènes de combats à l'épée sur scène. Le metteur en scène a vu plus simple pour expliquer la situation. Il n'a rien fait à part le duc de Guise avec un semblant de costume. Le bruit de coup de feu, la lettre ensanglantée arrive et la guerre en finit.

Et que dire de la scène chez Ragueneau avant que Cyrano rencontre Roxanne? L'appétissante boutique devient juste des plateaux repas avec quelques gâteaux que le spectateur ne peut pas voir. Je me souviens de la description dans le livre et de la magnifique scène à la Comédie Française, où j'avais l'impression de sentir les poulets rôtir et les gâteaux cuire. Dans cette version, je sais qu'il y a des gâteaux car les profiteurs poètes de Ragueneau mangent des gâteaux pleins de crèmes et qu'ils en ont sur le visage. D'ailleurs, un va même cracher ce qu'il a mangé sur le sol. Sinon, je serais passer à côté de ce moment.

Je me souviens à la Comédie Française de la passion de Roxanne, de la flamme dans le regard de Christian, l'enthousiasme des gascons... Que me restera t'il de cette pièce à la fin de l'année ? Ce spectacle sans Philippe Torreton et sans tête d'affiche rencontrerait-il le même "succès" ? D'ailleurs, l'écho de cette pièce tient dans le nom de l'acteur célèbre pour son talent de comédien. On parle peut de la mise en scène et je le comprends beaucoup maintenant après avoir vu le spectacle.

La mise en scène m'a beaucoup dérangé tout en m'ennuyant et me perturbant. Pourquoi vouloir se moquer d'Edmond Rostand et de Cyrano de Bergerac ? Philippe Torreton incarne Cyrano habillé comme Pascal le grand frère qui vient la rescousse de familles en difficulté. En effet, bienvenue dans le contemporain. Baskets, jogging, veste de sport et marcel blanc avec la moustache. Par contre à la scène finale, il porte un costume "d'époque" qui va lui être retiré par ses compères de l'asile, bière à la main. Je n'ai pas compris ce changement. Comme ce personnage rêve qu'il est Cyrano, au moment de mourir il en porte les habits. Mais au final, c'est un fou comme un autre, alors on lui retire ces vêtements pour qu'il redevienne comme avant.

Roxanne est une gourdasse qui se comporte comme une adolescente. Elle vient au front retrouvé son Christian car ses lettres l'ont bouleversée. Le metteur en scène a choisi de l'habiller en robe rose avec un diadème. En effet, nous sommes dans un monde de fous.

Le metteur en scène annonce très vite que nous sommes dans un asile. Une fois le noir fait dans la salle, se sont des luminaires directs qui éclairent la salle comme ceux que l'on trouve dans les hôpitaux par exemple. Puis les comédiens rentrent et ils ont tous l'air d'avoir des problèmes psychologiques. Alors ils peuvent incarner les personnages imaginaires de notre pseudo héros Cyrano. Un petit doute est laissé quand même, les murs ne sont pas blancs, ils sont noirs. L'histoire n'est pas totalement cloisonnée.

Sur scène, nous avons d'un côté un juke-box qui va être la zone de diffusion musical qui va diffuser du Piaf au Beatles. De l'autre côté, une armoire et une arrivée d'eau. Entre les deux, du mobilier couleur argent recouvert de blanc, un fauteuil et un lit. Le mobilier va d'ailleurs bouger selon les besoin de l'histoire.

La modernité se fait par la fameuse scène du balcon. Le problème se résout très vite avec un ordinateur et un écran qui descend au milieu de la scène. Les échanges vont se faire via un système comme Skype. Au final, Christian montera quand même cueillir son baiser. Dommage que la téléportation ne soit pas encore d'actualité.

Je sais que la tendance du moment est de moderniser les mises en scène des classiques et tous y passent : Molière, Feydeau, Marivaux et même Gaston Leroux. Mais Cryrano ! J'aime ce texte plus que de raison et le voir ainsi mis en scène avec un tel irrespect des personnages me laisse totalement sur le cul. Personnages secondaires inexistants, mimiques exagérées allant jusqu'à imiter Louis de Funes... Cyrano n'est pas fou, c'est moi qui suis folle de lui. Ce qui me rassure, c'est que le succès n'est pas vraiment au rendez-vous. Est-ce le fait que le spectacle dure 2h45 ? qu'il ne soit pas trop loin de République ? Où la mise en scène trop contemporaine ? Le théâtre proposait des tarifs web sur son site et cela était affiché même dans le théâtre. Etant arrivée très à l'avance, j'entends qu'il y a eu beaucoup d'invitations pour remplir la salle. J'ai acheté ma place à -62%. Les deuxièmes, troisièmes et autres catégories n'étaient pas pleine non plus hier soir. Un Cyrano qui convainc moins que celui de la Comédie Française. Non, Cyrano ne peut pas être dans un asile avec des fous.

Oh Cyrano, je t'aime depuis si longtemps avec tes alexandrins si magnifiques que parfois lorsqu'on ose mettre trop de modernité, j'en enrage de désespoir. Heureusement que Philippe Torreton aime ce texte et lui rend bien hommage. Mais Cyrano chez les fous, très peu pour moi. Alors amis puristes, si vous aimez les combats d'épées, les repas gargantuesque et les fameuses tirades pleines de fougues, allez à la Comédie Française. Vous verrez un spectacle qui risque de vous marquer à jamais.
11 mai 2016
8,5/10
143
S'il fallait ne trouver qu'une raison pour y aller, je choisirais le jeu exceptionnel de Philippe Torreton. Il magnifie par son jeu le texte et nous rappelle combien la pièce est admirablement écrite.

La mise en scène dépouillée et inattendue n'apporte rien de plus mais a l'avantage de laisser au texte une place centrale.

A voir !
6 mai 2016
8/10
79
Version magnifique.

Philippe Torreton est exceptionnel (comme toujours, ce qui n'est pas peu dire), toute la distribution également, avec une mention particulière pour Julie-Anne Roth, sublime Roxane. La mise en scène audacieuse de Dominique Pitoiset fait mouche, elle donne à voir Cyrano sous un angle quasi misanthrope qui est certainement la partie la plus intéressant du personnage. "Non, merci", "ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul". Tout est dit.

Le spectacle atteint des sommets, et on est les plus heureux du monde de monter avec lui. Près de 120 après, Rostand est plus moderne que jamais, le théâtre de la Porte Saint Martin est toujours là, et le public présent.

Un sérieux shoot d'optimisme et d'espoir. Shakespeare, Molière, Rostand, le théâtre reste le plus grand plaisir qui soit. Merci.
13 mars 2016
7,5/10
173
Le jeu des acteurs est globalement très bon. Surtout Philippe Torreton ! Parfaite illustration de Cyrano. Je n'oserais presque plus le voir autrement ! Petite déception par contre concernant Roxanne. Sa voix portait peu et on avait presque la sensation de se faire crier dessus, là où ses propos n'étaient que tendresse et douceur...

Sinon, concernant la mise en scène, j'espère que les autres spectateurs auront une plus grande sensibilité. Je n'ai personnellement pas su apprécier. Je m'explique : au début de la pièce, on veut bien accorder du crédit : "Drôle de cadre... Pourquoi pas, soyons novateurs" ! La scène du balcon y est d'ailleurs très novatrice, bien qu'elle soit paradoxalement amenée. Mais finalement la deuxième moitié est juste... Étrange. Le ressenti est fouillis. L'histoire continue à prendre tout son sens (cette pièce n'est pas jouée des centaines de fois pour rien non plus) mais la mise en scène non. On comprend plus pourquoi ni comment les événements se suivent. L'inconvénient est que la mise en scène est une question de goût. On aime ou pas. Néanmoins, ne pas hésiter à voir la pièce. Les acteurs sont percutants tout en étant sensibles. Le texte est fidèle.
Les trois heures passent finalement relativement rapidement.

A ne pas passer à côté. Ne serait-ce que pour se faire un avis.
2 mars 2016
8,5/10
195
Jouer un texte comme une partition doit surement enivrer. La beauté ainsi scellée semble éternelle et on la réveille d'un souffle.

Sur la page blanche d'un hôpital psychiatrique, Cyrano va vivre et mourir une autre fois. Un vieux fauteuil en cuir l'accueille, la salle commune s'anime, le texte flambe, le panache brille. On oublie le décor et on retrouve le texte qui se propage comme un "déjà vécu", comme si la mémoire prenait forme de façon parcellaire, transposée, réhabitée.

La mise en scène prend le parti du moderne, du contemporain, la scène du balcon est étonnante. Le cape et d'épée est une bagarre de rue chambrée, les personnages secondaires se mélangent deviennent des papillons blancs autour de la lumière de Cyrano. Cyrano restera central, du fauteuil initial au final, il est le juke box à parole qui fait le pendant au jukebox à chanson qui envoie ses intermèdes ou ses sous titres émotionnels.

Torreton est bien sûr d'un engagement sublime, en énergie athlétique dans son costume initialement débrayé, toujours en justesse, servant totalement le texte. Soirée extraordinaire.

Cyrano revit demain soir... éternellement même.
13 févr. 2016
0,5/10
165
Il m'a fallu quelques minutes, pour évincer "non complètement" la présence de Depardieu, incarnant ce Cyrano dans le film de Rappeneau, si puissant, truculent, touchant, pour tenter vainement de rentrer dans cette adaptation de Pitoiset.

Je fus d'abord saisi par la scénographie inhospitalière de l'hôpital psychiatrique, qui me plu tout de suite. En revanche, quelle déception en ce qui concerne le jeu de Torreton, sapant certains passages, d'une poésie et d'une touchante beauté, (sous la plume de Rostand et dans la bouche de Depardieu) comme la scène des "Non merci" ou encore la fin avec Roxane, banalisant le moindre vers, sans sentiment.
Pis encore, et là je m'en prends à Pitoiset, qui par désir de modernité vient nous mettre un ordinateur sur scène avec Skype, pour la scène du balcon. Pitoyable. Et parlons de l'acteur jouant Christian de Neuvillette, dont je ne comprenais que couic, et que je souhaite voir retourner à l'école prendre des cours de diction. Quant à les mettre dans un hôpital psychiatrique, il était évident qu'il fallait justifier ce point de vu de la folie, et donc Pitoiset s'en est chargé, en nous présentant une pièce clownesque, burlesque, soupçonnant même Torreton d'aller chercher le "drôle", "le comique".
Non, vraiment, je n'y ai vu aucune poésie, aucune dimension épique, pas de truculence, pas de puissance.
12 févr. 2016
9/10
250
A moi, comte, un seul mot : BOU-LE-VER-SANT !

Toujours aussi bouleversant !
Il s'agit en effet de la reprise de la création à l'Odéon de cette version pour le moins détonnante de la célèbre pièce de Rostand.

Dominique Pitoiset le metteur en scène et Philippe Torreton, dans le rôle titre, ont bien compris une chose : de nos jours, un type de la carrrure et de l'acabit de Cyrano se retrouverait directement en hôpital psychiatrique, sans passer par la case théâtre.

Car en effet, plus de suprise désormais, l'action se déroule dans le réfectoire d'un HP, dans une lumière crue et au milieu de carrelages blancs.
Le tout n'étant pas sans rappeler "Vol au dessus d'un nid de coucou" de Forman...
Et ceci va conférer une humanité incroyable aux personnages et aux situations. Nous sommes en effet dans une universalité tangible des caractères, tant sont dépouillés et épurés ces personnages en quête de docteur.

Torreton est toujours aussi formidable, magistral, époustouflant. Il va, vient, virevolte, déclame, murmure, éructe....
Tour à tour, il fait rire, émeut, bouleverse !!!
Ses petits camarades, bien évidemment, lui donnent une impeccable réplique.
La mise en scène de Pitoiset est implacable de cohérence, de trouvailles scénographiques, avec une magnifique idée qui renouvelle pour toujours la scène du balcon.

Je n'imaginais pas un jour redécouvrir de façon si radicale ce texte, cette pièce tant de fois vue.
C'est pourtant le cas.
Un grand merci à Domique Pitoiset et à Philippe Torreton.
11 févr. 2016
7/10
209
Du panache ! Oui cette pièce finit par en dégager... L'intemporalité des vers de Rostand, l'énergie de Torreton et quelques idées osées et très originales de mise en scène éclairent de façon différente cette oeuvre si classique.

Pourtant il m'en a fallu du temps pour entrer dans cette adaptation ! Ce contexte d'asile, dans un décor froid et lugubre, l'agitation des internés desservent dans un premier temps le texte et l'émotion, c'est, quand cet univers psychiatrique est quitté, que l'on commence à être ému, touché, par les sentiments des personnages, la poésie, les thèmes éternels de l'amour, l'honneur, la liberté...

Mes 3 scènes préférées : celle du balcon (super trouvaille !), celle du "non merci" aux honneurs et celle finale du Panache !
11 févr. 2016
7/10
82
Le mercredi 10 février, je me suis rendue au spectacle tant acclamé, Cyrano de Bergerac au Théâtre de la Porte St-Martin.

Tout d'abord, le jeu des acteurs est génial, j'ai adoré tous les comédiens quels qu'ils soient, que ce soit Philippe Torreton en un Cyrano énergique et fou, ou Julie-Anne Roth dans une Roxane juvénile et brillante ; leur jeu est le meilleur aspect de toute la pièce à mon avis.

La musique introduite par le juke box est assez amusante, quoique trop présente à quelques moments, et se révèle parfois inutile. Par rapport à la mise en scène, c'est là où j'ai quelques reproches, et quelques interrogations. Bon déjà j'ai absolument adoré l'idée de transformer la scène du balcon en discussion Skype, c'était très cohérent et très amusant, et cela n'a rien enlevé à la scène, ça l'a juste actualisée ! J'ai aussi beaucoup apprécié le cordon à linge que Cyrano étend dans tout l'espace de la scène et qu'il y suspend les lettres d'amour de Roxane. Par contre, je suis moins convaincue par l'idée générale, de transposer la pièce en asile psychiatrique. L'idée en soi est originale, et peut tout à fait être cohérente, sauf que j'ai trouvé que mis à part les décors qui sont vraiment révélateurs d'un hôpital de ce type, et quelques scènes, on ne voit pas qu'on est dans un lieu tel. Les transitions entre les grandes scènes de la pièce sont vivement imprégnées de cette idée d'asile, mais les scènes en elles-même ne prennent plus de sens avec la transposition.

Par exemple, la scène finale est très juste (d'ailleurs elle est extrêmement touchante, dûe à la beauté du texte et au jeu de Philippe Torreton) mais pourtant je ne l'ai pas trouvée cohérente avec l'histoire des fous. On se demande si Dominique Pitoiset, le metteur en scène, ne s'en est pas servi uniquement pour rendre la pièce originale et les transitions faciles. De plus, je pense que l'idée d'un asile aurait pu être tellement plus exploitée et travaillée !

Enfin bref, mise à part cette incompréhension vis-à-vis de la transposition moderne, j'ai vraiment beaucoup aimé cette pièce. Une belle réussite.
10 févr. 2016
10/10
91
L'adaptation parfaite : bien vue, mise en scène, décors, jeux...

Tout est au rendez vous dans ce Cyrano revu mais respecté.

A ne pas manquer.
29 déc. 2015
4/10
218
Amateurs du chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand, méfiez-vous de ce Cyrano !

Sous prétexte de dépoussiérer un classique, Dominique Pitoiset en propose une transposition moderne dans un hôpital psychiatrique. Une idée qui s'avère aussi inattendue qu'inappropriée.

Le texte est foulé aux pieds par des acteurs qui jouent la folie de l'esprit au lieu de s'amuser de celle de l'amour. Tantôt mitraillés, tantôt chuchotés par la troupe, les mots sont maltraités et vidés de leur sens. Au final, la pièce perd toute sa charge émotionnelle et le public assiste, impuissant, à la lente mise à mort de la poésie de l'oeuvre de Rostand. Ce Cyrano en marcel peut bien aller se rhabiller.
30 juin 2014
7,5/10
263
Il m'aura fallu 45 minutes pour accepter ce nouvel univers de Cyrano.
La mise en scène et ce choix de la folie pour l'ensemble des personnages ont été durs à admettre.
Puis le texte de Rostand et le jeu magistral de Philippe Torreton m'ont emporté.

J'ai mis du temps à aimer cette nouvelle version de Cyrano mais je suis sorti convaincu au final.
29 mai 2014
6/10
116
Cyrano de Bergerac est un chef-d'oeuvre.
Un chef-d'oeuvre qui parle d'amour, d'esprit, de physique, de blessure, de désespoir. Cyrano peut être considéré comme un fou, c'est vrai. Mais Christian, mais Roxane, Ragueneau, et De Guiche ? Non.
En transposant l'oeuvre dans un hôpital psychiatrique, Dominique Pitoiset fait un grave erreur. Pas à un moment dans le texte, son choix ne se justifie. C'est un caprice pour faire parler de ce spectacle qui, sans Philippe Torreton et le merveilleux texte de Rostand, ne tiendrait pas la route. Le metteur en scène s'est cru au-dessus du génial Rostand, et c'était une erreur.
Dommage.
8 mai 2014
9/10
98
« Je serai ton esprit, tu seras ma beauté.». Cette belle formule cristallise à elle seule l’esprit de Cyrano de Bergerac. Par l’expérience du miroir et du fusionnement, le classique d’Edmond Rostand dénonce le monde des apparences et ovationne le pouvoir de l’écriture et des bons mots.
Cette pièce hybride sur le drame de l’incommunicabilité renvoie à notre propre condition humaine : faut-il avouer ses sentiments et violer la mémoire de ses proches ou décider dans le sublime du renoncement de laisser passer sa vie sans avoir pu pleinement la savourer ? Dominique Pitoiset explose les codes de ce drôle de monument et questionne la santé mentale de ce cher Cyrano. Est-il en pleine mesure de faire la part des choses ou s’abîme-t-il dans un rêve éveillé après tout ? Dirigeant avec brio le torturé Philippe Torreton, coincé dans un asile de fous, le metteur en scène dissèque de façon clinique cette pièce culte et en propose une vision neuve,trash et cohérente de bout en bout.
En sortant de l’Odéon, il y a fort à parier que vous ne verrez jamais plus ce classique sous le même angle. À voir d’urgence !