Critiques pour l'événement Criminel
7,5/10
15
S'inspirant de différents faits divers et notamment de l'affaire Jacqueline Sauvage et de celle de Bertrand Cantat, Yann Reuzeau s'interroge sur la justice, sur la culpabilité, et sur l'impact sur l'entourage du coupable ou présumé coupable. Un thriller psychologique qui parle de crime, de justice mais aussi d'amour. Passionnant.

Boris a tué son père. Il a avoué. Rien ne laisse croire le contraire. Il vient de purger sa peine de 15 ans de prison. La fin de la sérénité pour Xavier et Camille. Car il reste une donnée inconnue sur ce qui s'est passé : pourquoi Camille a-t-elle frôlé la mort ce soir-là ? La sortie de prison de Boris va confronter son entourage à ses interrogations, ses doutes, ses fragilités, ses certitudes, ses mensonges, ses trahisons, ses arrangements avec la vérité.

Ils sont trois dans l'entourage de Boris à voir leur vie à nouveau bouleversée. Il y a Camille, sa sœur. Elle a été témoin de la violence du père vis-à-vis de son frère sans en avoir elle-même été victime. Mais contrairement à son frère elle n'a jamais voulu rompre la relation avec leur géniteur, n'a jamais voulu condamner cet homme, jusqu'à ce que Boris ne commette l'irréparable.Une délivrance ? 15 ans plus tard elle est une heureuse mère de famille. Elle est passée à autre chose. Xavier, son mari et ex-meilleur ami de Boris, ne comprend pas. Lui a besoin de savoir. Il craint que cette violence ne soit héréditaire et que sa fille ne soit marquée de cette malédiction. Quant à Marion l'ex-compagne de Boris, elle a des raisons de ne pas vouloir être à nouveau face à lui.

LE RAPPORT DES INDIVIDUS A LA JUSTICE

Ce qui intéresse Yann Reuzeau ce n'est pas tant la quête de la vérité sur le crime que l'impact de cette nuit fatale sur les vies des différents protagonistes, comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles au moment des faits, lors du procès, dans les années qui ont suivi. Il essaie de comprendre comment cela a impacté leur vie, comment ils ont fait face ou pas pendant ces 15 années, comment ils vont se comporter lorsqu'ils seront à nouveau confrontés avec celui qui a payé, confrontés à ce passé qu'ils ont soit enterré soit ruminé jour après jour.

La scénographie adoptée par Goury est tout entière organisée sur une scène ronde autour de laquelle des modules de portions de mur sont déplacés pour représenter les différents lieux de l'action. Un dispositif qui cloisonne, enferme les individus, leur laisse peu d'espace pour échapper à leur confrontation avec eux-mêmes. Les changements de décor se font dans la pénombre. Un code lumière s'applique à certaines scènes, notamment les reconstitutions de la scène du crime.

La mise en scène, comme souvent chez Yann Reuzeau, est très cinématographique ou plutôt très proche de la construction des séries télé. La pièce est une succession de scènes courtes, souvent des duels, s'enchaînant rapidement, alternant mouvements dans le temps avec ses feedbacks dans un passé plus ou moins lointain et retours dans le présent, nous amenant parfois à une perte de repères temporels. Les changements de décors offrent des respirations dans une action soutenue. L'intrigue progresse, véritable thriller psychologique dans lequel les personnalités et motivations de chacun sont mis à jour progressivement. Les quatre comédiens sont justes dans leur partition. Ils nous captivent par leur cheminement, nous entraînent dans leurs retranchements. Jusqu'à la libération finale.

Un thriller psychologique construit comme un épisode de série télé : dynamique, prenant, passionnant. On est captivé par les destins de ces quatre personnages et leur rapport à la justice ou à l'injustice. Un nouveau succès pour le jeune dramaturge.