Critiques pour l'événement C'est Noël Tant Pis
18 avr. 2017
9/10
66 0
La fête est passée depuis perpète mais je me réjouis que le spectacle joue les prolongations. Depuis la création en novembre 2014 au Centre culturel Athanor de Guérande, en passant par le Prisme d'Elancourt et le théâtre du Rond-point il a trouvé refuge à la Comédie des Champs-Elysées.

J'ai donc pu aller voir, hors saison, C'est Noël tant pis, écrit et mis en scène par Pierre Notte et je vous le dis, il n'y a pas de mauvais moment pour faire le point sur la famille, même si, on le sait bien, c'est au moment des célébrations de toutes sortes que les tensions sont au maximum.

S'agissant de Noël on avait dégusté la Buche, le film réalisé par Danièle Thompson en 1999. La pièce de Pierre Notte reste sur le registre de la comédie mais les grincements sont à leur paroxysme. Certains spectateurs ne supportent pas, tant pis.

De texte en texte cet auteur ne cesse de réinventer une manière de parler, pour dire ses cicatrices en les sublimant et surtout en révélant, car les dialogues ont une vertu photographique, les fêlures universelles.

Le programme promet que ça ne finira pas mieux que ça aura commencé. Etoiler un sapin n'est pas un exercice facile. L'équilibre est précaire dès le début. C'est vrai. Pierre Notte déséquilibre les rituels judéo-chrétiens bien au-delà du 1er janvier (la scène de la galette des rois est désopilante). Le couple en prend pour son grade, comme dans Parle-moi d'amour qui a été donné en février à la Pépinière. Mais Pierre Notte pousse le bouchon plus loin que Philippe Claudel en invitant tous les enfants, le frère Nathan (Renaud Triffault) la jolie pièce rapportée, et même la grand-mère.

Le 25 décembre, qui devrait être le 14 juillet de notre vie de famille se termine chaque année en 11 septembre. Il est amplement justifié qu'avec une telle plume l'auteur soit nominé comme Auteur francophone vivant aux Molières 2017. Il l'a déjà été à trois reprises ...

Le spectacle ne se réduit pas à des formules, et à des vacheries bien envoyées, même si on s'amuse que la belle-fille Geneviève (Chloé Olivères) puisse en avoir sa claque de ce cloaque.

C'est un cri d'amour, que le chanteur Charles Aznavour implore à juste titre. Dis moi que tu m'aimes ... fort. Plusieurs chansons apportent une respiration nostalgique. Comme aussi le Temps du muguet, cette chanson écrite par Francis Lemarque, que la mère (Silvie Laguna) entonne, en hommage peut-être à Danièle Darrieux qui l'interprétait elle-même en 1960 en manteau de fourrure dans un décor de chalets.

Pierre Notte n'a pas écrit un réquisitoire uniquement à charge contre la famille. La tendresse est souvent sous-jacente : Les enfants, quelquefois on comprend tout de travers de leur manière d'aimer.

La scénographie est intelligente, avec un décor évolutif qu'une grande chaine de distribution de meubles pourrait bien copier. Ce sapin-table de réception-voiture et plus encore est très malin. Les costumes sont pensés en terme de forme comme de couleurs. Le turquoise des premiers instants se dégrade en marron au fil des répliques.

Le fils (Brice Hillairet) est sans surprise prodigieux comme il l'était dans Ma folle otarie l'an dernier. Ils sont tous excellents. Le père (Bernard Alane) n'a pas des répliques faciles et il parvient à tirer lui aussi son épingle du jeu.

Noël est la fête de la nativité. Pierre Notte ne l'oublie pas, faisant se réjouir sa famille éclatée : Nous aurons quand même fait de beaux enfants, ... et lui un beau spectacle. Tant mieux !
9/10
78 0
C’est vrai que les fêtes de Noël, c’est surfait et à la longue, ça lasse, hélas. Ah !... Si tout à coup, Noël devenait une pétaudière enflammée, un règlement de comptes à OK Corral, une crise de 29 en 16, chacun sur son 31 ou une soirée rare pour une fois, autour d’un lit d’hôpital par exemple… Mais c’est Noël, tant pis.

Oui mais non ! Pierre Notte est passé ! Sous le sapin, les cadeaux nous attendent, les rires aussi, les délires surtout ! Autour de la table, la famille est réunie, la folie aussi ! Et ça part en vrille façon trash et tendre. Joyeux Noël, joyeuse famille !...

Ce spectacle, c’est une soirée détonante à la puissance de feu d’un croiseur qu’aucune agence d'événementiels n’oserait proposer dans son catalogue. Joyeusement déjanté, tout se dit avec incongruité, tout se fait avec détournement et au final tout dérape dans une farce sans dinde aux marrons mais avec tous les ingrédients d’humour noir et de tendresse caustique qu’il faut pour la réussir.

Dans cette histoire déjantée mais ficelée, les personnages rivalisent de névroses bien ancrées, de bassesses aux rancœurs émergées, d’idées sombres à la joyeuse envie de les vivre. Toujours à côté, jamais ensemble sauf quand ils chantent et là, c'est Noël tant mieux. Des petits instants de grâce poétique portés par des mots dont on se demande pourquoi eux et pas d'autres, qu'on écoute s'envoler comme des ballons que le marchand aurait lâcher par mégarde dans un parc un soir d'hiver, c'est Noël tans pis.

Un fichu beau travail d’écriture et de mise en scène de Pierre Notte, servi par une tribu de comédiens hilarants et convaincants, totalement mais proprement barrés.

Une soirée de folie pour un souvenir merveilleux. Un spectacle de fête où nous ne nous lassons pas de la drôlerie grinçante qui illumine les sourires et déclenchent les rires. Irrésistible !
16 déc. 2016
8,5/10
62 0
Dans cette famille quelque peu cabossée – mais n’importe quelle famille ne l’est-elle pas un minimum ?- il y a d’abord le père qui n’a jamais rien décidé de sa vie et qui n’appelle pas sa femme autrement que « maman ». Ensuite, il y a la mère, la fameuse « maman » du père, devenue méchante à force d’être triste, qui comble un vide intérieur en se bourrant de sucreries. Il y a aussi Nathan, l’ainé des fils, « celui qui prend toute la place de fils modèle unique flanqué d’un petit frère ». Et puis il y a Tonio, le petit frère en question qui se sent mal aimé (« je voudrais savoir s’il y a quelqu’un ici pour qui je suis autre chose qu’à peu près rien »). Enfin, il y a Geneviève, la femme de Tonio, la pièce rapportée « qui en a sa claque de prendre des claques ».

Tout ce petit monde se retrouve le soir de noël pour le traditionnel et hélas incontournable repas de famille, chez la grand-mère plus réellement vaillante. Un sapin auquel il manque ses boules, des cadeaux qu’il faut désempaqueter, une dinde pas encore décongelée, une galette des rois en guise de bûche… tout semble déjà mal embarqué lorsqu’on découvre la grand-mère gisant nue sous la table.

Grâce à la scénographie ingénieuse, le sapin qui s’était transformé en table de salle à manger devient lit d’hôpital, et c’est dans cette chambre, autour d’une aïeule mourante, qu’aura lieu la veillée de la Saint-Sylvestre.

De chambre d’hôpital en alcôve mortuaire, de tentative de suicide en règlements de comptes et autres lavages de linge sale, de reproches en insultes et de bousculades en jérémiades, la soirée perd en rituel et gagne en dramaturgie. C’est le grand déballage : on se dit tout, en criant, hurlant, pleurant et même en chantant…car il y a toujours des chansons dans l’univers de Pierre Notte.

« Pour finir l’amour l’emporte sur tout, surtout quand les suicides ratent et que les enfants acceptent de bien vouloir suivre l’ordre normal des choses et de ne pas mourir avant leurs parents ».

S’il y a des ritournelles dans les spectacles de Pierre Notte, il y a surtout des textes plein de finesse, de subtilité, d’humour et de verve. Un texte porté ici par cinq excellents comédiens qui s’emparent des névroses de leurs personnages, provoquant souvent le rire, mais le rire de Beaumarchais.

Continuons de rire grâce à des artistes comme Pierre Notte : ses créations sont de véritables cadeaux…de noël.