Critiques pour l'événement Carlos Santana
11 juil. 2018
8/10
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La légende du rock latino, le guitar-hero mexicain, celui qui avait enflammé Woodstock le 16 août 1969 avait posé une nouvelle fois son ampli Mesa Boogie sur la scène de l'AccorHôtels Arena. (On ne dit plus Palais Omnisports de Paris-Bercy...)

Pas de première partie.

C'est un court-métrage video qui à 20h00 précises fait office de lever de rideau. Une sorte de clip qui diffuse des affiches de concerts des années 70, des images d'archives (Viet-Nam, Flower Power, combis Volkswagen, manifs pour les droits civiques, fumeurs de weed, etc, etc...)

Le niveau sonore s'intensifie. Les musiciens, tous de blanc vêtus entrent sur scène, dans la pénombre.

Noir ! L'ingé-lights dégaine ses innombrables robots-lyres.
Here we goooooo !

Ce sont les deux impressionnants percussionnistes Karl Perazzo et Paoli Mejias, bientôt rejoints par Cindy Blackman aux drums, l'épouse du taulier, qui ouvrent le feu !
Tout le monde reconnaît l'intro de Soul Sacrifice.

La rythmique d'enfer est bientôt complétée par le bassiste Benny Rietveld.

Il y a de la pulsation et de l'électricité dans l'air.
Le son est excellent, fort (110 db à 20-25 mètres des clusters) mais très précis.

Et le maître arrive, tee-shirt noir à son nom, éternel chapeau vissé sur la tête, sa PRS signature 22 Gold dans les mains.
Et c'est parti pour un tunnel de sept titres mythiques enchaînés, les incontournables et tellement attendus Soul Sacrifice, donc, puis Jingo, Evil Ways, A love Supreme, Black Magic Woman, Gipsy Queen et Oye como va.
Ca c'est fait !

Dès la deuxième note, le jeu de guitare de Santana est reconnaissable, le célèbre et inimitable son est toujours aussi rond, chaud, plus ou moins saturé, avec les longues tenues de sustain, et parfois la wah-wah qui entre en action.

Le public assis (pas de fosse et encore moins de places debout devant la scène) savoure ce pour quoi il est venu : retrouver ces tubes de l'histoire mondiale du Rock, joués par leur créateur.
Ca joue, les musiciens sont excellents et font à la perfection ce qu'ils ont à faire.

Pause.
Le groupe célèbre l'anniversaire d'un roadie. La salle entonne « Happy Birthday ».

La suite sera à mon goût moins intéressante.
Des titres récents sont interprétés, beaucoup moins inspirés, plus faciles, avec bien des facilités harmoniques et rythmiques. (Maria Maria, Foo Foo, etc, etc...)

Puis c'est l'entracte... Oui oui, vous avez bien lu, une interruption d'un petit quart d'heure...

Le latino-band se remet en mouvement après ces quinze minutes, avec des titres des derniers albums. Passons...
Deux moments forts : le monstrueux et énorme solo du bassiste Benny Rietveld, et celui de la batteuse, Mme Santana, devant les yeux attendris de son chéri en fond de scène.

Un medley de quelques morceaux de petits jeunes comme les Beatles, les Rolling Stones...
Puis, on fera danser un peu le public , en lui faisant également agiter les bras de droite à gauche.

Quelques plaisanteries relatives à la Coupe du Monde de foot sont dites au micro par le patron, qui vante également les bienfaits du French-Kiss.

Un « Corrazo Espinado » enflammera Bercy, et l'on termine sur un « For the Highest Good » avec un message de paix pétri de bonnes intentions.

Tout le monde quitte la scène très précipitamment, sans rappel et sans saluts.
Seule Cindy Blackman-Santana s'attarde un peu pour lancer aux premiers rangs sa paire de baguettes et une peau de caisse claire.
Voilà. Ca finit on ne peut plus sèchement.

Au final, j'ai assisté à un show un peu trop formaté à mon goût, sans aspérité et sans risques.
Tout le monde joue à la perfection, tout est calé, à la note près. C'est on ne peut plus propre.
En même temps, à 70 ans, Santana n'a plus rien à prouver, et n'a sûrement plus envie de s'embêter à finasser.

Un regret et un étonnement de taille : l'absence du titre « Europa », assurément le plus célèbre et le plus emblématique morceau de la Légende.

J'ai évidemment préféré la toute première partie du spectacle, avec notamment l'interprétation du titre de John Coltrane « A love Supreme ».
Santana est indéniablement resté un musicien hors-pair. Il nous a démontré une nouvelle fois qu'il n'a rien perdu de sa technique, de sa sensibilité, de son feeling, et de son incroyable propension à tirer le meilleur de sa guitare.
Inimitable, on vous dit !

Il faut signaler que le groupe reviendra en France pour la Foire aux vins (si si...) de Colmar le 3 août prochain, et le 13 août pour le Festival de Jazz de Marciac.
Qu'on se le dise !

Oye como va
Mi ritmo
Bueno pa' gozar
Mulata !