Critiques pour l'événement ça va ?
28 nov. 2017
8,5/10
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Ça va ? tout le monde prononce ces deux mots, on n’attend pas vraiment la réponse, c’est une formule de politesse si on veut...

Sur scène, du monde qui va qui vient, on se croise, on se tape sur l’épaule, ça va ? oui, et toi ?
De beaux décors en transparence, Paris, ses quais, ses théâtres, ses bistrots et puis trois personnages vont évoluer dans différentes saynètes.

Le professeur de théâtre complètement déjanté, qui pense et persiste à reconnaitre l’acteur qu’il vient de voir sur scène, et là c’est le délire total, il n’écoute même pas l’homme qui lui crie qu’il n’était pas sur scène mais dans la salle ! le Président de la République, élu par tirage au sort, qui explique à son ami que les ministres seront aussi tirés au sort, bon il faut attendre que l’actuel Président termine son mandat quand même.

Les candidats au suicide pour la bonne cause, immolation par le feu, s’il vous plait ! mais ils ne sont pas d’accord sur la manière dont doit se dérouler le sacrifice, l’un veut absolument la beauté du geste l’autre s’en fiche, son gamin attend pour filmer la scène.

Il y a aussi, le malade qui aime la bonne chère, et dégouline de cholestérol et pas le bon, il aura une ordonnance bien grasse pour en finir plus vite. Les comédiens classiques, toutes perruques au vent, et qui persistent à ne pas commencer par la bonne phrase. L’auteur de téléfilms qui reproche à un metteur en scène d’opérette de faire rire les gens. Et puis le pessimiste guéri, qui se reproche de sourire à la vie et on termine par deux personnages qui en attendent un troisième : viendra-t-il ? pas sûr... c’est le théâtre de l’absurde dans toute sa splendeur.

Bien entendu, ses séquences sont animées et interprétées avec gourmandise, humour, par nos trois compères qui s’amusent comme des gamins.
9/10
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C’est vrai ça, que disons-nous après avoir dit « ça va ? ». Des banalités qui meublent les convenances ? Des trois fois rien pour ne rien dire du tout ? La pluie et le beau dit-on souvent, des brides du quotidien de nos vies aussi. Un peu vaines de sens, souvent vides de soi et tellement conventionnelles que nous pourrions parler à la place de l’autre, non ?

Et bien chez Jean-Claude Grumbert, cette banalité du quotidien est transcendée pour la rendre incongrue et cocasse. Les absurdités se succèdent au rythme des rires qu’elles déclenchent comme pour nous faire accepter leur vanité et leur prévisibilité.

Elles sont pourtant commodes ces conventions qui glissent sans blesser, ces interstices du temps, ces antichambres de la rencontre. Elles laissent à chacun ou chacune la possibilité de jauger, d’interpréter l’instant fugace qui sépare « ça va ? » de sa réponse.

Et bien non, l’auteur qui fait rire pour ne pas pleurer, nous présente cette fois-ci vingt scénettes où la sublimation du quotidien nous bouscule, nous emporte dans un tourbillon de non-sens et de surréalisme ravageur et désopilant.

Mis en scène par Daniel Benoin avec une fluidité adroite, le spectacle est vif, rythmé et savoureux, laissant toute la place aux trois comédiens pour nous entreprendre avec un dynamisme caustique, une élégance cynique et une pêche de tous les diables. Nous n’avons pas le temps de nous installer dans le thème de la première scène que la seconde commence, traitant d’un tout autre sujet.

Nous voilà ballotés, pris de court et cueillis par les jeux d’excellence de Pierre Cassignard (terriblement fougueux et drôle, sans doute à deux doigts de la démence par moments), François Marthouret (implacable et digne dans son comique qui peut s’abattre comme une sentence qui désarme) et Yves Prat (délicieux et hilarant clown aux allures de poète).

Un fichu bon spectacle, enlevé, drôle et décalé. À voir pour s’enivrer d’un quotidien qui dérape. Ça va ? Oh oui, ça va !