Critiques pour l'événement ça ira (1) Fin de Louis
14 nov. 2015
7,5/10
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Désorientée par ce début de pièce, je croyais que Pommerat allait nous livrer une critique éminemment actuelle de notre société, de cette 5ème République aux relents parfois monarchiques, qui s'écroule sous une crise économique et financière. Car c'est dans un décor et dans des costumes modernes qu'apparaissent les personnages, qui prononcent eux mêmes des discours modernisants.

Mais on comprend vite que cette fiction n'est autre qu'un réécriture de la Révolution de 89. On est vite absorbée par les discours de l'assemblée Nationale, et on est pris dans le jeu des acteurs qui s'empoignent, crient beaucoup, sifflent, se battent presque sur les gradins. Nous sommes, spectateurs, cette Assemblée Nationale, muette ou au contraire assourdissante. Dans tous les cas, elle reste incompréhensible. Et c'est cela qui va lui être reproché. On évolue à travers la révolution sans même en avoir les détails historiques : ce qui compte c'est l'assemblée et ses décisions, ce qui compte c'est l'inaction de ce roi qui ne parle presque jamais. Et on suit avec désespoir la dégénérescence de cette fabuleuse institution qui devient vite le symbole de la Terreur.

Pommerat réussit l'exploit d'un spectacle extrêmement long mais où le spectateur, pris à parti, ne voit pas ce temps s'écouler. Certes il y a quelques longueurs, mais il y a toujours un rebondissement qui attire à nouveau l'attention du public. Que ce soit par l'entrée tonitruante du roi à l'Assemblée, le discours initial du Président et du Premier ministre au peuple, ou la nuit du 4 aout avec l'abolition des privilèges.
J'ai beaucoup aimé voir les acteurs évoluer à travers le public, et s'écharper pour obtenir le micro. Et même si la pièce se passe dans un temps historique défini je n'ai pu m'empêcher d'y voir quelques symboles de mon époque, certaines situations qui ressemblent trop à notre monde d'aujourd'hui.

Un très beau spectacle, qui n'a pas assez de prise de parti mais qui laisse donc tout le loisir de réflexion au spectateur. Je regrette simplement qu'il n'y ait pas eu un approfondissement de certains thèmes comme celui des médias évoqué au début avec la présentatrice TV qui suit le discours du Président au peuple.