Critiques pour l'événement Brazza-Ouidah-Saint-Denis
21 mai 2022
8,5/10
1
Éloquent, Captivant, Chamboulant.
Le 1er décembre 1944 à Thiaroye (Sénégal) des tirailleurs sénégalais, anciens prisonniers de guerre qui manifestaient pour le paiement de leurs indemnités, ont été tués par des troupes coloniales et des gendarmes français.
Alice Carré après avoir consultée maintes archives et rencontrée d’anciens combattants congolais, nous conte l’histoire de ces hommes originaires d'Oubangui-Chari, de Brazzaville, de Libreville ou de Porto Novo...ayant combattus en France contre le nazisme.
Mêlant fiction et documentaires, le texte d’Alice Carré est percutant et éloquent.
Cette tragédie n’est pas suffisamment connue et devrait être enseignée plus assidument dans nos écoles. Cela limiterait peut-être les violences contre l’immigration de ces peuples qui ont lutté pour la France ainsi que le racisme envers les enfants et petits-enfants de ces hommes.

A travers le parcours de deux jeunes filles Melika et Luz, nous découvrons les replis cachés de cet épisode africain dont nous ne sommes point fiers.
Melika d’origine congolaise désire approfondir ses racines et connaitre la vie, les motivations et les actions de son grand-père engagé volontaire au côté de la France en 39-45. (Inspiré de l’histoire d’Antoine Abibou)
« Antoine Abibou est rescapé du massacre de Thiaroye Arrêté comme meneur à qui on reprochait cette soi-disant "rébellion"), Antoine Abibou fut condamné à dix ans d’emprisonnement et finalement amnistié au bout de deux ans, suite à la mobilisation de politiques comme le député Gaston Monerville. Une histoire taboue, longtemps recouverte d’une chape de plomb. Par la France. Et aussi dans la famille Abibou. »
Luz découvre lors d’un voyage de recherche à Brazzaville, capitale de la France libre, l’implication de son grand-père dans cette tragédie. Grand-père que sa mère bannit et dont elle refuse de lui parler.
Les générations ainsi que le parcours de ces deux grands pères se croisent. Les secrets se dévoilent et les âmes s’apaisent.
© J. Lévy
La scénographie de Charlotte Gauthier Van-Tour est sobre, symbolique, élégante, et astucieuse. De grands panneaux tendus de toiles ressemblant à des parchemins invitent notre imaginaire à voyager dans le temps, permettent l'apparition d'ombres chinoises et créent différents espaces de jeux.
La mise en scène d’Alice Carré est dynamique et bien orchestrée.

Les costumes d’Anaïs Heureaux et la création sonore de Pidj – Pierre Jean Rigal nous évoquent les lieux et les époques traversés.
Les lumières de Mariam Rency nous acheminent d’une scénette à l’autre avec délicatesse.
Loup Balthazar, Eliott Lerner, Josué Ndofusu, Basile Yawanke interprètent avec talent plusieurs rôles et glissent avec aisance de l’un à l’autre.
Claire Boust incarne Luz avec conviction et justesse, elle nous ravie et nous émeut.
Kaïnana Ramadani « Melika » pleine charme, nous entraine avec brio dans cette quête et nous ravit.
Bravo à tous