Critiques pour l'événement Barbara et l'homme en habit rouge
Roland ROMANELLI avait 20 ans lorsque la longue dame brune est entrée dans la boutique d'instrument de musique où il travaillait. Le début de 20 ans de travail en commun. Ces vingt années aux côtés de celle dont il partagea plus que la scène il en livre quelques images dans ce spectacle hommage. Eric-Emmanuel SCHMITT a réussi à le convaincre de se raconter, de la raconter. "Ce spectacle, je le lui devais" dit le musicien.

Accompagné au chant par Rébecca MAI, sa compagne d'aujourd'hui, et par Jean-Philippe AUDIN au violoncelle, l'accordéoniste, qui fut l'un de ceux dont parle BARBARA dans "MES HOMMES", reprend 20 chansons sur répertoire si riche pour un tendre hommage.

"Barbara est un cadeau du ciel pour moi. Elle m'a tout appris". Emporté par sa jeunesse et son admiration pour la chanteuse il n'a pas hésité une seconde à la suivre sur la route des tournées pour écrire les pages de leur collaboration. Il lui écrira des chansons, comme "A peine", "Vienne" ou "Cette enfant-là". Elle lui apprit la musique, l'amour, la vie.

La voix de Rébecca MAI, juste mais sans la force émotionnelle, se fait l'interprète de ces succès. Entre chaque chanson une confidence, une image, une anecdote sur la création d'une chanson, une scénette pour la faire revivre quelques secondes ou encore la voix de la grande Barbara dans un extrait d'interview. L'émotion gagne par moments. Et chacun de se plonger dans ses propres souvenirs de la chanteuse, de sa voix, des émotions qu'elle nous faisait vivre, du poids de son absence. Émotion qui vibre dans la voix de Roland ROMANELLI, sincère, troublante.

Si le souvenir de l'interprète de GOTTINGEN est évoqué avec chaleur et nostalgie, il est a regretter la faiblesse de la mise en scène et de la scénographie : trois panneaux qui servent de support à des projections de fonds de papier peint sortis des années 70, atteignant leur apogée avec un ciel étoilé pour L'AIGLE NOIR, et un rocking-chair qui se balance sur la voix off de la chanteuse.

En bref : un vibrant hommage à la longue dame brune de la part de l'homme en habit rouge. Émotion et nostalgie.
20 févr. 2016
7,5/10
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La voix d'Eric Emmanuel Schmitt lance le spectacle sur fond musical à peine perceptible de l'Aigle noir. Nous allons assister à une sorte de rétrospective sur un pan de vie de Barbara, raconté par Roland Romanelli qui partagea la scène une vingtaine d'années avec elle et qui fut son compagnon pendant huit ans, et chantée par Rebecca Mai qui est devenue sa compagne.

En quelque sorte, et comme nous l'annonce le metteur en scène avec à propos, la femme de son présent incarne la femme de son passé. C'est franchement très réussi car si la chanteuse a une voix puissante et grave qui aurait pu la conduire vers l'imitation elle ne cède pas à cette tentation. Elle parvient à faire vivre les chansons sans copier l'artiste qui demeure un modèle.

Roland a une stature de druide, auréolé de cheveux blancs très longs, au regard tendre. Debout au centre de la scène, il raconte le premier rendez-vous avec une sorte de timidité contenue. Il avait à peine 20 ans et passait son temps rue du faubourg Saint Martin dans la boutique d'un fabriquant d'accordéons. Il connaissait chaque instrument sur le bout des doigts. Accompagner Barbara n'était qu'un rêve qu'il pensait inaccessible. Celle ci l'appelle et lui donne rendez-vous au Moulin de la Galette, suggérant d'apporter son accordéon parce qu'on ne sait jamais.

Elle l'engage sur le champ. Il s'inquiète. Tout ira bien, le rassure-t-elle en le priant de voir avec Marie pour les détails. Deux jours plus tard ils partaient ensemble en tournée. Il apprendra ultérieurement que Barbara s'était disputée avec son accordéoniste et qu'elle avait cherché un remplaçant en espérant que Roland accepterait. Elle connaissait sa réputation et ne voulait que lui.

Rébecca chante en commençant par des titres peu connus, ce qui est une excellente idée. Je découvre ainsi Gare de Lyon (1964) :
Paris, sous la pluie, Me lasse et m'ennuie. (...)
Car il pleut toujours, Sur le Luxembourg.
Y a d'autres jardins, Pour parler d'amour. (...)
Viens, fais tes bagages. On part en voyage.
J'te donne rendez-vous, A la gare de Lyon,

Roland apprend la musique de trente chansons en vingt-quatre heures. Le soir du 21 mai 1967, Barbara le convie chez elle, au 14 de la rue Rémusat, près du Pont Mirabeau, à la même adresse où vécut Arletty, de 1966 à sa mort en 1992. Barbara y habita de 1961 à 1968, date à laquelle elle quitte l'immeuble à la suite du décès de sa mère, ce qui lui inspira quelques années plus tard la chanson "Rémusat" dans laquelle elle évoque ce double départ.

Mais ce soir de mai, c'est la fête, et Barbara offre à Roland le premier flacon d'un parfum qui ne le quittera plus, Habit rouge de Guerlain qui lui vaudra d'être appelé l'Homme en habit rouge. Leur union fut néanmoins discrète. C'était sans doute plus facile dans les années 60, sans i-phone pour enregistrer des images volées, et surtout sans la propagation des nouvelles sur les réseaux sociaux.

Toujours est-il que Barbara le séduit ce soir là et qu'il nous mime la scène du premier baiser avec romantisme. Je me suis senti gamin avec une vraie femme mais je n'ai pas porté plainte pour harcèlement.
5 févr. 2016
5/10
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Il faut bien dire que je ne connais de Barbara que L'Aigle Noir.

Je suis donc allée voir cette pièce pour en savoir plus même si l'affiche et le théâtre (réputé un peu vieillot) me faisaient extrêmement peur. Je n'ai pas été déçu. La pièce en elle-même était bien : les textes, le choix des chansons et les extraits audio choisis de Barbara sont très émouvants.

Les acteurs ne sont pas des professionnels ça se voit mais ce n'est pas grave car on sent la relation qu'ils ont pu avoir avec Barbara. L'authenticité de leurs sentiments pallie donc à la faiblesse de leur jeu.

Le gros problème est donc dans la mise en scène, l'éclairage, les couleurs, les éléments projetés. Tout est un peu rassi, manque de modernité. C'est bien dommage, car une mise en scène subtile et sobre aurait servit le propos et magnifié cette pièce.

Une pièce avec du potentiel, mais clairement ici pas mis en valeur.