Critiques pour l'événement Amok
1 sept. 2018
8,5/10
39
Un seul en scène que j'ai eu l'occasion de voir au théâtre de poche de Montparnasse, en 2016.

L'adaptation de la nouvelle de Stefan Zweig est excellente et a ravi la fan que je suis ; l'interprétation d'Alexis Moncorgé est superbe. Il incarne le texte, la passion (voire la folie) des personnages de Zweig avec fidélité.

Les décors sont réussis et la pièce ne perd pas de son dynamisme une seule seconde. Une belle réussite !
16 févr. 2018
9,5/10
70
Une âme tourmentée nous emmène dans une histoire fiévreuse et oppressante dont Zweig a le secret !
L'incroyable Alexis Moncorgé envoûte avec son récit, mais aussi, et c'est plus rare, nous imprégne littéralement, tel un sorcier, de cette moiteur tropicale et vénéneuse.
Poisons, maléfices et folie ... Un cocktail maléfique !
20 octobre, 21h, Paris

J’avais déjà vu Amok en 2016 au Théâtre du Roi René lors du Festival Avignon OFF 2016. Cet été, je me suis replongée dans l’oeuvre de Zweig avec La pitié dangereuse, La confusion des sentiments et Amok entre autres. C'est pourquoi j'ai eu envie de revoir ce spectacle que j’avais déjà trouvé génial la première fois. Le fait d’avoir lu la nouvelle m’a permis de me rendre compte que le spectateur est mis à la place du « je » de la nouvelle. On rentre ainsi bien plus dans l’atmosphère étouffante du spectacle (celle ressentie durant la lecture). Nous sommes réellement oppressés, comme pris au piège par cet homme qui nous raconte son histoire.

Le comédien, Alexis Moncorgé, passe de la narration de ses souvenirs en les commentant, les expliquant à ses auditeurs, à leur réincarnation. Il revit son histoire. Il nous offre un voyage dans ses souvenirs (les plus douloureux). Mais comme n’importe quel souvenir, ii y a des moments de flottement, d’incertitude, une dimension presque onirique apportée par des moments de danse. Ces moments permettent également de souligner la folie du personnage. Tout d’un coup, « les mots laissent place au corps ». 

Alexis Moncorgé offre une réelle performance. Il parvient à faire vivre tous les personnages de la nouvelle grâce à un rien. Un simple geste, une modification d’intonation pour donner voix à une multitude de personnages. Nous avons l’impression de tous les voir sur ce plateau quasiment vide et pourtant si peuplé. Ce spectacle offre une plongée dans l’univers de Zweig par une interprétation continuelle, à la différence de ce qu’a fait Simon McBurney de La pitié dangereuse en conservant le roman sur le plateau. Ce choix nous permet une plus facile identification à un personnage à qui l’on n'aimerait pas ressembler. Et qui pousse donc à une forme de malaise face à ce « Fou de Malaisie » (sous-titre de la nouvelle).  

Un spectacle dense et dansant porté par un excellent comédien. Courez-y !!
Pour la deuxième saison consécutive et après deux années de succès dans le Festival Off à Avignon, Alexis MONCORGE revient au Poche Montparnasse avec AMOK, son adaptation du texte de ZWEIG qui lui a permis de recueillir la reconnaissance de ses pairs avec un Molière 2916 de la Révélation Masculine. Un personnage qui l'habite fiévreusement et passionnément dans une prestation remarquable.

FIÈVRE TROPICALE

Nous sommes en mars 1912, sur le pont d'un navire qui file vers l'Europe. Sur le pont, à l'écart des autres passagers et de l'équipage, un homme se laisse aller à se confier à faveur de la nuit sur les raisons de son voyage. Jeune médecin Il menait une carrière paisible en Malaisie jusqu'à ce que sa route croise celle de cette belle dame blanche européenne venue solliciter son aide. La passion va dès lors l'enflammer, se confondant avec la folie. Une obsession et une fièvre qui ressemble à l'Amok, cette crise meurtrière dont sont pris soudainement les opiomanes malais.

COUP DE FOUDRE

Alexis MONCORGE n'a pas trente ans et a déjà rencontré ce que certains comédiens attendent toute une vie : le texte qui a bouleversé sa carrière. A la première lecture il confie avoir eu un coup de foudre pour cette histoire dans laquelle on retrouve beaucoup des thèmes de prédilection de l'auteur Stefan ZWEIG : un jeune homme au destin tragique, l'exil, une femme adultère car mal aimée, une atmosphère fiévreuse et mystique, un secret inavouable qui empoissonne l'âme, un dénouement fatal.

Dans un décor sobre fait de quelques boites, d'un tabouret, d'un filet, le jeune comédien attrape le spectateur en quelques secondes, le transformant en confident de cette sombre histoire. Entre brume et lumière lunaire nous assistons impuissants à sa descente en enfer. Que faut-il croire de ce récit ? Quelle partialité peut-on attendre de cet esprit possédé ? Il nous livre sa version de son combat contre une force implacable, démoniaque. A-t-il vraiment recouvré la raison ? Sera-t-il libéré après avoir livré son lourd secret ?

LA PUISSANCE DE L'IMAGINAIRE

Le décor de Caroline MEXME, les lumières de Denis KORANSKI et la composition musicale de Thomas CORDE nous plongent dans cette atmosphère pleine de mystère, chargée de tout notre imaginaire d'une fin de siècle colonial en Asie, renforcée par l'ambiance de cette hune baignant dans la clarté de la poussière d'étoile. Une atmosphère que n'aurait pas reniée Edgar Allan POE.

Alexis MONCORGE est habité par ce rôle, maîtrisant les paradoxes et les tourments du jeune médecin. Par la force des mots et de son interprétation les personnes qui ont participé à cette histoire surgissent devant nous, dans un environnement sorti de notre imaginaire et qui pourtant semble se dessiner sous nos yeux : les villages de montagne, les maisons coloniales, la forêt touffue, la vie de la bourgeoisie de la capitale coloniale, les boys, et cette belle femme blanche qui l'a ensorcelé. La mise en scène de Caroline DARNAY orchestre une gestuelle précise comme une chorégraphie, grâce au travail de Nicolas VAUCHER. Le regard fiévreux, le corps reflétant les errances et dérives de l'esprit, la prestation est saisissante.

"Je considère notre métier comme de l'artisanat et il y a une magnifique équipe autre de moi. La récompense est aussi pour eux".
Alexis Moncorgé

En bref : Un Molière largement mérité pour Alexis MONCORGE dont la puissance de jeu nous transporte dans l'imaginaire d'un homme obsédé par une passion dévastatrice. Un comédien au charisme extraordinaire qui sublime le texte de Stefan SWEIG.
25 sept. 2016
7/10
79
Plutôt qu'une critique, je vous propose le compte rendu du débat que j'ai eu avec mon amie à la sortie de la pièce car une chose est sure, cette pièce divise.

De la mise en scène, trop simpliste et cheap (on est au poche en même temps...) ou parsemée de jolies petites idées (chère Florelle, nous avons appréciées ces ombres chinoises) ; au texte soignée et poétique mais manquant mettant du temps à démarrer et peut être manquant d'enjeux comparée à la puissance du jeu (encore faut-il comprendre la folie d'un personnage isolé de son monde depuis des années); tout nous a divisé.

Insistons sur la performance d'Alexis Moncorgé qui a mon sens n'a pas volé son Molière. Il dégage un tel charisme, il en faut pour tenir ce seul en scène complexe, et vit ce texte avec une telle énergie, un texte débité avec force et un engagement physique absolu, qu'on est pris totalement dans la peau de ce personnage tourmenté. Ou alors, on peut trouver qu'il en fait trop.

Ne pouvant vous dire si ce spectacle vous plaira, je ne peux que vous inviter à vous faire votre propre opinion, dans le cas contraire vous assisterez tout de même à la lecture d'un beau texte de Zweig.
19 sept. 2016
3/10
71
Les bonnes critiques de cette pièce restent pour moi un mystère...

L'interprétation est sans aucune nuance, surjouée. On croirait à une caricature de théâtre alors que les textes de Zweig sont tout en finesse et en intériorité. Ici c'est un contresens. Pourtant en effet Amok est une très belle nouvelle...

Quant à la mise en scène elle est sans imagination (exotisme = ombres chinoises??).
18 sept. 2016
10/10
56
Quand on s'appelle Alexis Moncorgé, qu'on est le petit-fils de Jean Gabin et qu'on a (déjà) reçu le Molière de la Révélation masculine pour le rôle d'Amok la reprise du spectacle, toujours au Théâtre de Poche, représente un nouveau challenge.

Car le public ne vient plus avec la candeur de la découverte. Il fait confiance mais il veut voir de ses yeux la performance. Personne hier soir n'aura douté du talent d'Alexis Moncorgé.

Il peut bien dire avec humilité au moment des saluts que le voyage est différent chaque soir, il ne fait aucun doute que le comédien partage avec la salle un grand moment de théâtre.

Une nuit de mars 1912, sur le pont d’un navire qui file vers l’Europe, pendant que les autres passagers rient, s’amusent et dansent, un homme se tient à l’écart dans une diabolique solitude. Il a un secret trop lourd à porter, dont il se délivrera au cours de la soirée.

Ce jeune médecin fuit la Malaisie où il a exercé cinq ans durant, au milieu de la jungle, jusqu’au jour où une mystérieuse femme "blanche" de la ville est venue solliciter son assistance... mais qui par son orgueil a incité le jeune homme à lui résister. C'est le récit fiévreux d’une course contre la mort où la passion se confond avec la folie, où l’obsession qui l’aliène à une femme ressemble à l’amok, cette sorte de rage humaine dont sont pris soudainement les opiomanes malais...

Le décor se résume à trois caisses de bois, une chaise et un drap. Très vite nous serons sur le pont d'un paquebot, le plancher d'une salle de bal, dans une obscure fumerie d'opium, au chevet d'une femme dans une maison bourgeoise ... Nous la verrons dans ses bras et surtout nous ne lâcherons pas ce jeune médecin littéralement possédé par l'amok, terme désignant une forme d'envoutement qui conduit à la folie en décuplant la charge émotive.

On connait bien les nouvelles de Zweig qui ont toutes en commun la fatalité unissant pour le pire un homme (en général jeune) et une femme (en général adultère et plus âgée) dans une atmosphère lourde de secret. Son talent à explorer l'âme humaine est immense. On pourrait croire avoir tout vu de lui mais l'adaptation d'Alexis Moncorgé est si fine qu'elle restaure l'intérêt pour la dialectique et la psychologie de l'auteur viennois avec bonheur.

Le devoir s'arrête là où on n'a plus le pouvoir de l'accomplir. Qu'aurions-nous fait à sa place ? Choisir entre la raison et la passion n'est pas aisé. Ce ne sont pas des questions qu'on se pose au cours de la soirée, mais après, parce qu'Alexis Moncorgé ne nous laisse pas en paix. Il nous embarque comme rarement un acteur parvient à le faire.

C'est une chance que le spectacle soit repris. Il faut aller le voir, puis attendre patiemment la future création de Chayle et Compagnie en janvier au Ranelagh avec l'Aigle à deux têtes.

S'il est le petit-fils de Gabin la filiation s'arrête là car il n'a pas connu son grand-père et a été élevé parmi les chevaux, loin des feux des projecteurs. Il ne doit son succès qu'à lui-même et à son travail. Il fallait le souligner.
17 sept. 2016
7,5/10
48
Tombé récemment dans le domaine public, Zweig n'en finit plus d'être "monté"... et c'est pour notre plus grand plaisir dans cette adaptation d'Amok menée par la formidable énergie d'Alexis Moncorgé !

Le personnage, un médecin, va nous confier un lourd secret et nous conter sa descente aux enfers, son Amok.
Si tout commence telle une confidence, un secret trop lourd à porter, Alexis Moncorgé nous entraîne peu à peu dans la folie, l’obsession fiévreuse de son personnage nous gagne et la moiteur de la Malaisie se confond presque avec la chaleur de cette petite salle...

Même s'il ne s'agit pas du meilleur texte de Zweig, Alexis Moncorgé le transcende par sa performance, impeccable : à la fois passionnée et désespérée !
La mise en scène et la scénographie appuient subtilement l'ensemble, la salle du Poche (celle du haut pour cette reprise de 60 dates) se prêtant tout à fait à ce spectacle. Belle création sonore.

Courez-y, pour la pièce bien sûr, mais aussi pour découvrir Alexis Moncorgé !
10 sept. 2016
7,5/10
24
Reprise parisienne de ce seul en scène qui connut un vif succès la saison dernière. Il s’agit de la toute première création de Chayle et Compagnie. Dès les premiers instants, on comprend pourquoi le bouche à oreille a fait un tel travail autour de ce spectacle. Le matériau de départ n’est ni plus ni moins qu’une de ces nouvelles de Stefan Zweig dont on raffole.

Amok ou le Fou de Malaisie, c’est l’histoire d’un médecin allemand parti pratiquer en Indonésie. C’est l’histoire de son amour obsessionnel pour une femme. Une passion tellement funeste que le narrateur la compare à l’amok, cet accès subit de violence meurtrière observé par de nombreux ethnologues, notamment en Malaisie. Adapter à la scène cette œuvre de Zweig constituait déjà une gageure. Décider d’en façonner un seul en scène était un pari plus risqué encore. Caroline Darnay et Alexis Moncorgé le relèvent avec brio.

Imposant, captivant, envoûtant, le comédien incarne avec entrain l’ensemble des protagonistes mais c’est indéniablement son personnage principal du jeune médecin fuyant la Malaisie qui nous émeut violemment. Lorsqu’il nous confie son lourd secret, lorsqu’il se dévoile, se met à nu, nous sommes conquis. Les yeux tantôt mouillés tantôt hargneux, la voix tantôt chancelante tantôt éclatante, il nous fait revivre son histoire d’amour enflammée. Peu à peu, l’air de rien, il nous entraîne dans sa chute, dans son plongeon à mort, dans son amok à lui.
14 août 2016
10/10
23
Époustouflant d'intensité !

Le minuscule "Petit Poche" est le lieu idéal pour recevoir la confession de cet homme, rendu fou par la solitude et la culpabilité engendrée par "son" crime. Alexis Moncorgé livre une prestation époustouflante d'intensité qui vous laisse abasourdis.

Au moment des rappels, il a remercié le public. Les larmes coulaient sur ses joues. Il était épuisé. Et moi, complètement bouleversée. La pièce s'arrête bientôt mais devrait revenir sur Paris après une tournée en province. Alors, si vous aimez les drames et les grands acteurs, allez-y. Et pour finir, MERCI, Monsieur Moncorgé ! Vous êtes un grand acteur...
26 juil. 2016
6,5/10
71
Récit fiévreux d'une course contre la mort où la passion se confond avec la folie, où l’obsession qui l’aliène à une femme ressemble à l’amok, crise meurtrière.

Belle performance d'acteur, jolie mise en scène, mais j'ai moins aimé le texte que d'autres Stefan Zweig...
5 mai 2016
8,5/10
71
C’est avec une certaine curiosité que j’avais descendu les escaliers du théâtre de Poche pour aller dans la petite salle. Tout le monde se tasse pour trouver une bonne place car ce soir-là, c’était complet. Je ne m’inquiète pas je connais la qualité des spectacles donnés dans ce théâtre et on voit bien partout. Tranquillement, je m’installe car je sais que je vais en prendre plein les mirettes. Allez Stephan Zweig, fais-moi encore voyager.

Doucement, le silence s’installe dans la salle pour faire apparaître avec douceur, en lumière, un homme seul en scène : Alexis Moncorgé. Le temps d’une histoire, il abandonne son identité pour devenir un médecin en Malaisie qui se raconte. Il a un secret qui devient trop lourd à porter et décide alors de confier à la lueur de l’obscurité. Un jour, tranquillement installé dans son cabinet médical arrive une femme avec un voile cachant son visage. Quelque chose d’étrange et d’intriguant émane de cette personne. Il veut en savoir plus mais il sait que ce genre de personne n’est pas facile à aborder. Elle veut quelque chose de précis, un service à lui rendre contre de l’argent et un départ immédiat. Ce n’est pas qu’il est contre l’avortement, il ne veut pas satisfaire si facilement cette femme de pouvoir, habituée à tout avoir. Après un échange, contrarié, elle part, laissant dans son sillage une délicate odeur.

La raison commence doucement à le quitter. Il doit la revoir, savoir qui elle est, connaître son histoire, être dans sa vie. Il veut être prêt d’elle, même si elle ne veut pas lui donner son amour, sa présence lui suffirait. Alors, il va traverser la ville, aller à sa rencontre et rien ne se passe comme il l’espère. Il sent que quelque chose lui échappe, il agit de façon tellement déraisonnable. On lui avait parlé de l’Amok, d’une folie dévastatrice qui débute par de l’amour, de la jalousie et qui mène alors son homme à la fin de sa destinée. L’Amok prend possession de lui. Il a tenu une promesse à cette femme et il s’y résoudra jusqu’à sa mort.

La mise en scène par Caroline Darnay se fait tout en finesse. Pas besoin de beaucoup d’objets, de meubles… Quelques caisses, un grand tissu blanc et un costume d’époque pour notre héros. La lumière pleine et obscure met en action ce récit avec une élégance folle. Il faut dire que j’ai été émerveillée par la prestation d’Alexis Moncorgé, qui incarnait complètement le personnage. Il a commencé en douceur, histoire de mettre un peu en confiance le spectateur. Puis très vite, le rythme monte, les mots fusent et la folie gagne du terrain. Petit à petit, la tension monte, les gens qui m’entourent ont disparu. J’étais uniquement avec le médecin sur scène. Je courrais dans les rues en hurlant, je pleurais à chaude larme de peine, je sentais le courage monter en moi avant de faire le choix du non-retour… Puis vint le silence, le noir sur scène, c’était fini. L’Amok a eu raison de moi. Il ne me restait plus qu’à l’applaudir en me levant pour féliciter cette remarquable représentation.

Stephan Zweig avait une plume incroyable. Il sait prendre le lecteur au coin de ses sentiments et la scène est un lieu où on peut rendre hommage à son talent. Alors un bon auteur, un bon théâtre, une bonne metteuse en scène et un très bon comédien, cela ne peut donner qu’un fantastique spectacle.
11 mars 2016
5,5/10
92
Mention spéciale et fort positive pour l'acteur.

Quant à la pièce, elle préfigure le suicide de Stefan Zweig avec son caractère emphatique, narcissique et ... égoïste (référence à l'attirance morbide exercée sur son épouse). L'intrigue comme le texte sont pesants.

La pièce mérite d'être vue pour cet acteur si sympatique et vivant qui mérite d'être soutenu par de nombreux spectateurs.
5 mars 2016
8/10
120
Une performance d'acteur impressionnante, un texte puissant et merveilleusement bien joué, une mise en scène poignante. Que dire de plus ?

Foncez au théâtre de poche voir Amok ! Cela m'a d'ailleurs donné envie de lire la nouvelle de Stefan Zweig que je ne connaissais pas avant de découvrir cette pièce.
16 févr. 2016
8/10
114
Très belle découverte que cette pièce, qui illustre une nouvelle fois la qualité de la programmation du Théâtre de Poche.

Alexis Moncorgé porte le texte et emporte les spectateurs, à qui il adresse son récit et qui sont, après quelques minutes le temps que la pièce démarre, pendus à ses lèvres, haletants avec le protagoniste.

La disposition de la salle et la mise en scène pleine de malice de Caroline Darnay participent de cette communion, et accompagnement les rebondissements de ce texte poignant de Stefan Zweig.

Le comédien se réjouit de cette osmose à la fin de la représentation, encore ému du voyage qu'il a proposé aux spectateurs - qui en ressortent au moins aussi émus, et heureux de cette découverte.
24 janv. 2016
7/10
74
Dans la cave intimiste du Poche, Alexis Moncorgé adapte et joue avec exaltation Amok, une nouvelle passionnelle de Zweig. Bête de scène, le petit-fils de Jean Gabin se retrouve vertigineusement possédé par le mauvais génie malais. Il porte sur ses solides épaules une mise en scène illustrative coupant court à l’imaginaire.

Mars 1912. Sur le pont d’un navire, un médecin décide d’avouer un lourd secret. Il fuit les Indes afin d’échapper au fantôme qui le hante. Celui d’une femme orgueilleuse préférant mourir plutôt que de porter l’enfant d’un adultère. Venue trouver en cachette notre anti-héros alcoolique et dépressif pour avorter incognito, elle se heurte au refus d’un homme cruel. Bien qu’il fonde seulement pour les dominatrices à poigne, le médecin veut forcer sa belle hautaine à le supplier, histoire de changer la donne. Pris de remords, il fait cependant volte-face et tel un amok, se met à la pourchasser afin de tenter la sauver.

Chez Zweig, tout se résume à la passion. Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Destruction d’un coeur, Brûlant secret, La Confusion des sentiments… Autant de nouvelles-phares d’un disséqueur des montagnes russes émotionnelles. Pour Alexis Moncorgé, Amok condense à les thématiques zweguiennes à leur paroxysme en privilégiant le motif du secret, brûlure incandescente difficile à garder pour soi…

Folle ivresse
L’écrin confiné du sous-sol du Poche offre un lieu propice aux confidences : le beau mâle viril se livre corps et âme dans cette plongée démentielle et progressive dans la folie. Le phénomène de rétrospection analytique et froide n’entrave pas le souvenir bouillonnant d’une telle obsession. Le comédien restitue l’ivresse du lâcher-prise démoniaque avec une rage d’interprétation tout à fait saisissante. Le public tremble face à cet homme qui bascule de la rationalité vers la dépossession la plus complète.

En revanche, le travail scénique de Caroline Darnay semble presque superflu : quitte à être radical, la seule présence d’Alexis Moncorgé aurait suffi à nous emmener dans son univers d’aliénation. Pas besoin d’ombres chinoises représentant une forêt, de musique tropicale, de danse frénétique d’exorciste ou de bruits de mouettes et de cloches pour créer une ambiance. Le travail sonore et gestuel s’avère pénible car bêtement illustratif. Ces multiples effets de réel empêchent justement de construire une représentation mentale car ils pointent sans cesse du doigt une démarche interprétative à suivre et à subir. Les jeux de lumière en clair obscur de Denis Koransky sont eux bien plus inspirés et subtils.

En somme, cet Amok vaut surtout pour la densité de jeu d’Alexis Moncorgé qui se glisse avec bonheur dans la peau d’un fou amoureux qui hypnotise son auditoire.
13 janv. 2016
8,5/10
67
Amok de Stefan Zweig est l'une de mes nouvelles favorites et j'étais très impatiente de voir cette adaptation théâtrale. Ce fut une bonne surprise surtout au niveau du jeu d'acteur d'Alexis Moncorgé, nominé aux Molières en avril dernier ; il fait vivre son personnage au point d'en avoir les larmes aux yeux dans les moments de folie les plus intenses. C'est aussi une performance que de tenir plus d'une heure avec autant d'énergie ! En ce qui concerne la mise en scène je l'ai trouvé plutôt ingénieuse : elle ne semble pas encombrante et on est aisément transporté avec les quelques sons et lumières.

Le seul défaut que je reprocherais à cette pièce c'est que je préférerais toujours la version littéraire de Stefan Zweig ! Mais c'est tout de même une très belle adaptation.