Critiques pour l'événement La baleine & Le Camp naturiste, Philippe Caubère
9 déc. 2017
9,5/10
28 0
Nous voici prévenus !
« Plus jamais – ça je vous le jure – je n'écrirai de spectacle dont mon héros portera ce prénom familier, fatidique et chargé ! », peut-on lire dans le dossier de presse.
Adieu, donc, Ferdinand...

LE Ferdinand de Philippe Caubère, qui va procéder en deux spectacles de trois contes aux adieux théâtraux de son alter ego.
La formidable aventure, ce roman d'un acteur, avait commencé en 1985/86.

C'est donc avec une certaine émotion que les spectateurs attendent le lever du rideau.

Ces deux soirées auront à coup sûr une teinte particulière.

Quel bonheur de retrouver le héros, Clémence, Pascal et de découvrir tous ces nouveaux personnages !

Le spectacle intitulé Clémence (la baleine et le camp naturiste) sera composé de deux parties.

Une nouvelle fois, l'auteur-comédien va nous proposer deux heures trente d'un seul en scène burlesque, délirant, émouvant aussi, mais toujours haut en couleurs.

La première qualité de tout ceci, c'est évidemment l'écriture.
Caubère est avant tout un auteur.

A partir de deux situations que le commun des mortels raconterait en sept mots chacune maximum, lui, en tire une fresque de deux heure et demi : Ferdinand va tromper Clémence, et Clémence fait découvrir à Ferdinand le naturisme.

Et la tornade narrative, le maelström dramaturgique peuvent déferler sur l'Athénée.

Tel un enfant dans une cour de récré jouant à « On dirait qu'on ferait ci, on dirait qu'il arriverait ça... », le comédien dit, raconte, peint, montre, décrit, enjolive, exagère, narre, sublime un quotidien banal.
Oui, il y a encore et toujours de l'enfance dans tout ceci.

Tout a été dit sur ce mélange de Molière, Fellini, Chaplin, mais force est de constater qu'il s'agit bien de cela.

Un Homme, seul devant d'autres, créé un univers burlesque, onirique, hilarant.

Je défie quiconque de ne pas hurler de rire à l'évocation du couscous brûlé et annoncé sur fond d'Oum Kalsoum de Paris à Alger, ou à la description de tous ces naturistes, avec leurs « gardiens-SS », ou bien encore à la difficulté de lire Proust dans la Pléiade sur une plage de l'Atlantique.

Si Caubère est un auteur qui joue à raconter, c'est plus précisément un conteur.
Un ra-conteur qui possède le don d'hypnotiser ses concitoyens par la parole et le geste.
Pas d'accessoires (deux chaises en tout et pour tout), pas de décor, tout ceci serait évidemment superflu.

Des mots, des onomatopées (beaucoup) et une mise en espace du texte : le comédien ne ménage pas sa peine à arpenter le plateau, à se rouler par terre, à user de son corps dans un paroxysme narratif et scénique.
Ici, nous sommes dans la quintessence de l'art du comédien.

Il faut toutefois mentionner les délicates lumières de Claire Charliot, qui contribuent à matérialiser différents espaces.

Bien entendu, hier soir, au sortir de l'Athénée, tout le monde se donnait rendez-vous pour le lendemain.

Pour la toute dernière.

Cric Crac !