Critiques pour l'événement A l'infini nous rassembler
9 nov. 2018
9/10
37
A l'infini se rassembler.
Se rassembler... Mais qu'est-ce que se rassembler ?
Se retrouver, se réunir, se rencontrer enfin ?

Oui, ce sera une rencontre. Entre deux êtres, deux personnes, en l'occurrence une femme et un homme.

C'est Nietzsche qui nous donne sa recette, au moyen d'un petit texte projeté dès notre arrivée dans la salle sur le grand écran au lointain du plateau : « Apprendre peu à peu à répudier la prétendue individualité !».

Sur ce thème de la genèse, de la recherche de la rencontre et de la perception de la vérité de ces deux êtres, nous allons être immergés dans un monde onirique d'images figées ou animées, un univers de sons, de musiques et de voix.
Des créations graphiques, des imaginations video, des mondes éthérés fixés à jamais ou au contraire aux subtils et envoûtants mouvements...

Ces images-là, nous les devons à Jean-François Spricigo.
Au 104, ce créateur multi-supports, multi-média (au sens littéral du terme) y est artiste associé.
On rencontre souvent ses œuvres, ses photographies ou ses films en noir et blanc au grain profond, aux « imperfections » voulues, souhaitées voire amplifiées.

Des images qui confinent souvent à une étrange abstraction. Des images qui s'adressent à notre subconscient.

Il en va de même pour ce spectacle unique.
Comme c'est grisant, comme c'est envoûtant de lâcher prise, de se laisser embarquer par l'onirisme poétique et abstrait de ces moments qui déclenchent des sensations et des émotions propres à chacun !

Et puis, bien entendu, il y a les deux comédiens.

Spricigo en personne et Melle Mouglalis.
L'incomparable Anna Mouglalis.

Les deux ne se toucheront jamais. Séparés en permanence, ils nous disent leurs mots (le photographe-vidéaste est également un sacré écrivain !), les paroles de ces deux êtres séparés, comme désincarnés, dans lesquels chaque spectateur se projette.
Projections... Projections videos, projections mentales...

Les deux comédiens sont amplifiés, afin que nous puissions entendre et ressentir les moindres subtilités et inflexions des voix, les chuchotements, les murmures, les respirations.

Il faut tirer un grand coup de chapeau à Fabrice Naud pour la magnifique prise de son réalisée au moyen de micro-cravates omnidirectionnels, bien cachés sur les acteurs.
Il faut entendre sonner la voix d'Anna Mouglalis ! Cette voix grave, un peu éraillée, si caractéristique et tellement reconnaissable.

Durant une heure, je me suis laissé aller à dériver devant cet envoûtant flux graphique et pictural, au son de ces deux voix quasi hypnotiques.

Jean-François Spricigo nous invite à un voyage fantastique et fantasmatique.
Qui sont véritablement ces silhouettes qui s'agitent et dansent sur l'écran, qui est ce petit garçon italien qui en remontrerait à bien des philosophes et autres psycho-pédagogues, qui sont ce loup et ces animaux eux aussi invités ?

Peu importe finalement la réponse cartésienne à ces questions.
Il faut s'imprégner sans réserve de ces sensations visuelles et sonores, s'immerger dans la puissance évocatrice de ces moments de vraie beauté plastique.
La rencontre aura bien lieu.
Mais elle aussi sera fantasmée, sur le grand écran, au son du grand Frankie.

Un spectacle fascinant !