Critiques pour l'événement 12 Hommes en Colère
30 nov. 2019
7/10
11
Jeu des acteurs trop inégal. Sinon très bonne pièce. Mention spéciale tout de même à l'acteur principal, très juste dans son interprétation.
5 janv. 2018
6/10
146
Le Théâtre Hébertot respire la testostérone en ce moment. Avant de découvrir le facétieux et bouillonnant Maxime d'Aboville dans Les Jumeaux Vénitiens, place à des mâles en quête de vérité. Dans Douze hommes en colère, Charles Tordjman tente de recréer un univers carcéral anxiogène qui s'appuie pour beaucoup sur la justesse de la distribution.

Douze hommes en costume rétro sont alignés le long de la scène. Une lourde charge leur incombe puisqu'ils vont devoir décider d'envoyer ou non un jeune homme condamné par parricide à la chaise électrique. Il suffira d'une main levée qui exprime un doute pour que cette prétendue formalité se transforme en joute oratoire. La pièce de Reginald Rose est un huis-clos psychologique qui s'interroge sur la notion de libre-arbitre. Comment résister face au groupe ? Comment assumer une opinion contraire à la doxa ? Comment parvenir à convaincre ceux qui s'opposent à vos idées ?

Ruche en ébullition
C'est Bruno Wolkowitch qui endosse le rôle difficile de celui qui s'insurge contre les jugements à l'emporte-pièce. Belle prestance, calme olympien, assurance digne. Il éclaire l'ensemble d'une juste humanité. Difficile en un peu plus d'une heure d'exister alors que douze comédiens occupent l'espace ! Pourtant, Charles Tordjman réserve à chacun une bulle d'oxygène salutaire dans laquelle il peut librement s'exprimer. On retiendra le côté sanguin du directeur des lieux Francis Lombrail, l'autorité naturelle de Pierre-Alain Leleu, la séduisante réserve maladroite de Jeoffrey Bourdenet. La dynamique de groupe n'est certainement pas à remettre en cause.

En revanche, la comparaison avec le cinéma s'avère inévitable. Au théâtre un policier relève réellement d'une gageure. Les magies du montage évitent les temps morts et entretiennent une forme de suspense que la scène peine à surpasser. Du coup, l'ensemble paraît bien bavard et s'étire en longueur. Repasser sans cesse les preuves au crible de nouvelles interprétations va un temps. La valse des interrogatoires, aussi vifs qu'ils puissent être, crée une routine, accentuée par un certain statisme. La gestion bien réglée de l'espace, le jeu des lumières qui renvoie à l'écoulement du temps et une pointe de musique solennelle pimentent un brin l'ensemble. Pas assez.

L'adaptation de Francis Lombrail s'avère donc honnête et surtout portée par la qualité de la troupe (bien qu'on aurait souhaité que la moyenne d'âge des comédiens soit plus jeune...). Difficile de passer les feux de la rampe lorsqu'il s'agit de mettre en scène un policier. Charles Tordjman aura essayé
9 déc. 2017
6,5/10
126
Un huis clos psychologique et social intéressant !

Bien que ma curiosité ait été aiguisée par le principe de la pièce, qui a donné lieu à un film, j'ai été globallement déçue. Il faut reconnaitre que l’exercice de faire coexister 12 hommes sur une scène pendant 1h30 et que chaque personnage y ait une consistance propre est un exercice très difficile !

Tout d'abord, je suis très sensible à la mise en scène et cette pièce ne laisse que peu de place à celle-ci...

Ensuite, pour une pièce dont la fin est connue, ou du moins prévisible, il me semble que le texte doit faire l'objet d'un soin particulier. Pour moi, -et sous réserve d’une étude plus profonde-, celui-ci ne brille pas bien qu'il y ait de bons mots...

Par ailleurs, la fréquence des "altercations" entre les personnages m'a beaucoup étonnée. Certes, je ne suis pas coutumière des délibérations d’assises, et les altercations doivent exister, mais la pièce en devient un brin répétitive.

Pour finir, je déplore grandement que le titre des « 12 hommes en colère » n’ait pas été pris dans son acception la plus large, à savoir Hommes avec un grand H ! Celà aurait apporté un intérêt nouveau à et induit des choix inédits à une pièce qui date de 1957…
4 déc. 2017
7,5/10
102
Un huis clos bien ficelé qui nous transporte dans l'aventure d'un groupe de jurés d'assises, un sujet qui personnellement m'a toujours beaucoup intriguée.

Les dialogues sont bien écrits, le discours est subtil et le jeu des acteurs juste.

Un bon moment au théâtre, néanmoins pas de "surprise" à tournant. Dès le début, on se doute bien de l'issue du spectacle.
28 nov. 2017
7/10
26
Est-ce d'avoir trop vu et trop aimé le film ?
Est-ce de connaître trop bien l'histoire ?
Si nous avons tout de même passé une bonne soirée, et si nous avons apprécié le jeu précis des nombreux acteurs, il nous a manqué l'effet de surprise pour nous régaler.

Bref, à voir absolument si l'histoire vous est inconnue.
15 nov. 2017
7/10
17
Une belle version de la pièce.

Une bonne distribution notamment sur les rôles clés. Dommage que les comédiens plus jeunes n'aient pas pris plus de place. Ils n'ont eu que des "sautes d'humeur" qui les rendaient un peu fades. Les "anciens" habitaient leur personnage de belle manière.

Ils parviennent à les rendre haïssables ou simplement humains.
Magnifique texte qui résonne toujours autant.
Mise en scène intéressante notamment sur l'absence de chaises et table, ça amène un mouvement des comédiens intéressant. Ils évoluent physiquement au fur et à mesure de leur conviction.
Pièce peut-être un peu raccourcie avec la suffocation et montée en puissance dans la violence que j'avais ressenti sur d'autres versions et que j'ai moins retrouvée ici.
Le ton terne des costumes ajoutés au dépouillement du décor et au blanc des lumières rendaient tout ça plutôt froid alors que nous aurions dû être plongés dans la canicule extérieure et de l'ambiance électrique.

Malgré tout les ingrédients font qu'on est pris par le jeu et le texte alors qu'on connait le dénouement. C'est plutôt bon signe...
Comment rendre la justice? Voilà une question qui est très présente sur les scènes en ce début de saison. En 1957 Sidney Lumet faisait de 12 hommes en colère un film fort en tension dramatique. Francis Lombrail et Charles Tordjman en présentent au théâtre Hébertot une nouvelle adaptation. Un traitement sobre et efficace porté par une belle distribution.

Dans une salle de délibération aux murs gris douze hommes sont réunis pour juger du destin d'un treizième. Le film et la pièce datent de la fin des années 1950. L'action se passe aux Etats-Unis. Pas de femme à l'époque dans les jurys populaires ! Costume cravate ou polo sont de rigueur. Ces douze jurés, tous blancs, sont de milieu socio-culturel variés. Leur mission est de juger un jeune homme accusé de parricide. Faut-il vraiment délibérer tant le cas semble évident pour tous : il est coupable et la seule issue pour lui est la chaise électrique. Le premier vote est fait rapidement. A la surprise générale le juré n°8 vote "non coupable". Les délibérations seront plus longues que prévues car le il faut l'unanimité pour prononcer le verdict. Le juré n°8 commence à évoquer les points qui le font douter. "La vie d'un homme est en jeu. On peut en parler." Un à un il déroule et propose à la discussion les arguments qui font qu'il existe "un doute légitime" quant à la culpabilité du jeune homme.

La vérité comme le diable se cache dans les détails. Un à un les autres jurés rejoignent le vote "non coupable". Le questionnement de l'un en amène un autre à s'interroger sur un détail traité trop brièvement par l'accusation ou négligé par la défense. Chacun va réagir en fonction de sa situation personnelle. Peu à peu les motivations et les préjugés des uns et des autres vont se faire jour. Une véritable micro-étude sociologique.

DISTRIBUTION RÉUSSIE

Le décor en ligne de fuite fait penser à Gorgio de Chiroco. Gris, les murs nus, une grande fenêtre horizontale comme une ouverture de bunker. Le huis clos est complet. La tension passe par les jeux de lumière, par le son, le rappel de la chaleur de ce jour d'été où l'orage gronde dehors comme dedans. Sidney Lumet avait eu recours à plusieurs artifices pour mettre en scène la tension grandissante, dont l'usage de focales croissantes resserrant le décor. Cette adaptation théâtrale ne réussit pas complètement à rendre l'atmosphère étouffante et la progression de la dramaturgie. Le début semble un peu rapide tandis que la pression monte pour culminer dans le monologue du dernier juré, le n°3. Dans un espace clos aussi restreint pour une telle distribution Charles Tordjman réussi à éviter le piège des positions statiques. Les débats sont animés, les déplacements fluides. Avec ses deux plans le décor permet aussi des apartés par petits groupes. L'ensemble est vivant.

La distribution est toutefois particulièrement réussie. La mise en scène tient beaucoup sur la précision des gestes, des regards et si celui qui parle est important, il est encore plus intéressant de s'attarder sur les visages expressifs des autres protagonistes (les chanceux des premiers rangs sauront tirer parti de ce net avantage). On retient notamment les prestations de Pierre Alain Leleu, sobre juré n°1 qui arbitre les débats avec réserve et sérénité et de Francis Lombrail, juré n°3, le dernier à s'arc-bouter sur ses positions avant de comprendre enfin le fond de ses motivations. Et puis surtout l'impérial Bruno Wolkowitch, formidable juré n°8, celui qui avec finesse et sincérité éveillera les consciences de ses compagnons d'infortune.

Bien que daté par certains côtés 12 hommes en colère garde toute son actualité et nous interpelle sur la manière dont la justice est rendue. Même si cette adaptation n'a pas la force dramatique du film de Lumet sa distribution et sa mise en scène réussies en font un agréable moment de théâtre.
25 oct. 2017
7/10
18
Après vos bons commentaires, j'ai voulu voir cette pièce. J'avais adoré le film vu il y a très longtemps.

J'ai beaucoup aimé ce huit clos mais rien à voir avec l'ambiance pesante du film qui rajoute un caractère dramatique à cette situation.

Un bon moment tout de même.
22 oct. 2017
6/10
25
Conseil numéro 1 : Quand on va voir cette pièce au théâtre, il faut faire abstraction d’une part du magnifique film de Sidney Lumet et ne pas comparer avec les versions précédentes de la pièce si on l’a déjà vu, ce qui est mon cas : je l’ai vu une fois à Londres et deux fois à Paris.
Autant ‘oublier’ le film a été assez facile, autant oublier la dernière fois où j’ai vu cette pièce fut plus compliqué. (En l’occurrence la mémorable version du Théâtre de Paris avec Michel Leeb)

Conseil numéro 2 : la pièce étant plutôt statique, il convient d’être très proche de la scène à l’orchestre pour profiter au mieux des échanges non verbaux entre les 12 jurés. M’étant retrouvée à la corbeille de face, j’étais clairement trop loin pour apprécier pleinement ces échanges qui sont extrêmement importants pour cette pièce.

L’histoire : 12 hommes en colère (« Twelve angry men ») est une pièce écrite en 1953 par l’auteur américain Réginald Rose qui y retraçait sa propre expérience en tant que juré dans une affaire de meurtre sordide. Cette pièce fut adaptée en 1957 à l’écran par Sidney Lumet.

La pièce est fidèle au déroulé du film, même si elle fait l’objet d’une nouvelle adaptation par Francis Lombrail. Le décor est gris, froid, voir glacial : c’est une salle de délibération pour des jurés.

C’est la journée la plus chaude de l’année. Le temps est à l’orage. Et l’ambiance ne va pas tarder à devenir orageuse aussi car on juge un jeune de 16 ans soupçonné d’avoir poignardé son père après une violente dispute. Le condamné encourt la chaise électrique. ‘Tout’ le désigne, mais le juré 8 doute, il n’y a pas l’unanimité à cause de lui lors du premier vote. La règle, c’est que le vote doit être unanime car le doute profite toujours à l’accusé. Les esprits s’échauffent car certains sont pressés d’en finir mais le juré 8 ne se démonte pas, il demande à être convaincu et il pose des questions. Son attitude va influencer doucement mais surement le jugement dles autres.

La mise en scène est très sobre, j’ai trouvé les personnages un peu trop statiques d’où j’étais. Les comédiens sont tous très bien, mention spéciale pour Bruno Wolkowitch le juré 8 qui s’oppose au juré 3 Francis Lombrail particulièrement décidé à faire passer le jeune à la chaise électrique.

Forts des conseils 1 et 2, vous profiterez pleinement de la pièce.
19 oct. 2017
7/10
16
Voilà un spectacle dont on connaît la fin dès le début, mais pour lequel c’est bien le déroulement qui est roi. Car il s’agit ici de convaincre et d’argumenter : ils sont 12 jurés chargés de juger un jeune homme accusé de parricide.

Lors du vote initial, 11 d’entre eux le jugent coupable, l’envoyant sans autre forme de procès (vous me passerez l’expression) à la chaise électrique si l’un d’entre eux, le jury n°8, ne s’était pas opposé au reste des jurés. Il n’est pas convaincu de sa non-culpabilité mais reconnaît avoir un doute légitime et souhaite discuter de son cas avant de prendre une réelle décision, s’attirant les foudres de la plupart de ses camarades qui pensaient en finir au plus vite.

En écrivant cet article, j’apprends que le film que je connais est en fait lui-même une adaptation de la pièce de théâtre de Reginald Rose. C’est étrange et je ne m’y attendais pas, car à mon sens l’oeuvre est bien plus cinématographique que théâtrale. Maintenant que j’ai vu une version de chaque, je trouve en effet que le huis-clos fonctionne bien mieux à l’écran : le rôle de la chaleur y est prépondérant, puisque la caméra permet des gros plans sur les visages ruisselant de sueur des différents jurés.

Mais plus encore, là où au cinéma les personnages s’affrontent frontalement autour d’une table dans un lieu qu’on voit réellement fermé, ici, cette disposition ne fonctionne plus. D’abord parce que positionner les acteurs autour d’une table nous empêcherait de voir la moitié de l’action, mais aussi et surtout parce que le 4e mur ne joue pas bien son rôle ! Je ne dis pas que le huis-clos n’a pas sa place au théâtre, loin de moi cette idée, mais ici l’espace est trop ouvert, trop lumineux, trop spacieux pour réellement figurer l’enfermement qui est l’un des principaux marqueurs de tension dans ce film.

Par ailleurs, la mise en scène n’a pas choisi d’accentuer la tension par d’autres moyens : là où j’aurais probablement abusé de musique inquiétante, des lumières focalisées sur certains comédiens ou des noirs pour marquer le cheminement du débat, Charles Tordjman s’est presque entièrement basé sur ses comédiens pour créer l’atmosphère qu’il souhaitait. Il faut bien reconnaître qu’il propose une très bonne distribution : Bruno Wolkowitch reprend avec aisance (et charisme) le rôle que je connaissais à Henri Fonda ; les yeux doux, la voix posée, l’attitude réfléchie, il est convaincant sans aucune insistance et sa parole humaniste résonne admirablement sur scène.

C’est également un plaisir de retrouver Francis Lombrail sur scène, qui prouve une nouvelle fois qu’il est aussi bon acteur que directeur de théâtre : incarnant le juré n°3, le dernier à changer d’avis, il est une boule de nerfs prête à exploser à tout instant, sans jamais être dans l’excès, et touchant dans sa scène finale. Difficile de sortir du lot lorsqu’on est 12 sur scène, mais il me semble qu’ici il faut tous les citer : je retiendrai donc la rationalité de Jeoffrey Bourdenet, la sensibilité à fleur de peau d’Antoine Coutray, la rigueur de Philippe Crubezy, la dignité d’Olivier Cruveiller, le respect brillant dans les yeux d’Adel Djemaï, la nonchalance de Christian Drillaud, la patience de Claude Guedj, l’emportement de Roch Leibovici, la droiture de Pierre-Alain Leleu, et la légèreté de Pascal Ternisien. Tous ont leur place, leur moment, leur rôle, et il faut bien reconnaître à Charles Tordjman qu’il n’en laisse pas un dans l’ombre.
11 octobre, 19h, Paris

Je n’ai pas encore vu le film, donc aucun point de comparaison, ou d’accroche.
Le rideau se lève : 12 hommes sont debout et nous regardent sans bouger. Ils sont figés comme sur un arrêt sur image. Ce spectacle mis en scène par Charles Tordjman est comme une chorégraphie, un enchainement de tableaux.
Tout est très stylisé. Le texte très écrit, alors qu’il s’agit normalement d’une discussion. La spontanéité des personnages sur la décision de condamner ou non un gamin de seize ans accusé du meurtre de son père.
La scénographie ne rappelle aucun lieu, aucune époque… C’est un décor intemporel qui pourrait se dérouler n’importe où, à n’importe quelle époque. Tout citoyen pouvant être appelé à devenir juré, cette histoire touche chacun de nous.
La catharsis vise à éveiller chez le spectateur le sens de l’humain. En effet, à travers l’art, l’Homme peut retrouver sa part d’humanité en partie grâce à une expérience cathartique, disait Aristote. On peut dire que ce spectacle a pour fonction de révéler l’humanité, même si, parfois, elle est enfouie sous le poids du ressentiment et des souvenirs douloureux.
Une histoire magnifique, de bons comédiens, et un ensemble qui tient la route malgré un texte manquant de spontanéité.