6 défauts à sortir du musée !

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J'ai eu beau demander à tous mes proches, passer des petites annonces sur internet, interpeller les visiteurs à la sortie du Centre Pompidou, je n'ai rencontré personne content de sa visite de l'exposition Magritte.

 

Quel dommage de faire venir des tas d’œuvres majeures du monde entier et de ne pas bien les mettre en valeur, d’en faire une exposition indigeste.

 

Quelques institutions font beaucoup d’effort pour que leurs expositions soient accessibles et instructives, comme le Musée de l’Armée ou le Grand Palais. D’autres, comme le Centre Pompidou par exemple, donnent l’impression de n’en avoir rien à faire que les visiteurs sortent en ayant appris quelque chose. À se demander si les non-initiés sont les bienvenus.

 

Étonnamment, quand une exposition se révèle décevante, c’est rarement à cause des œuvres en elles-mêmes mais plutôt de ces 6 défauts récurrents. J'espère qu’ils ne seront bientôt plus qu'un mauvais souvenir !

 

DE QUOI ÇA PARLAIT DÉJÀ ?

 

C’est la question qui me taraude à la sortie d’une visite lorsque le propos était absent.

 

Quelques expositions bien marquetées avec une belle affiche et un titre accrocheur laissent parfois croire qu'elles vont être intéressantes, riches et distrayantes. La déception est d’autant plus grande lorsque le contenu est complétement superficiel, survole des sujets sans poser une seule question.

 

En regardant la télé, ce n’est pas grave d’avoir l’impression de ne rien apprendre, en revanche quand il s’agit d’une sortie culturelle c’est bien plus embêtant.

  

 

 

Les visites les plus agréables sont celles où une une histoire est racontée, où chaque salle apporte une pierre à l’édifice, défend une idée, m'en apprend plus sur un thème, l’aspect de la vie d’un artiste.

 

J'espère donc un parcours cohérant, qui progresse et me fait sortir avec le sourire, l’envie d’en discuter, de conseiller l'exposition à quelques amis.

 

 

MASTURBATIONS ENTRE HISTORIENS DE L’ART

 

Je ne suis pas spécialement idiot, n’ai aucun retard mental ou problème de concentration, pourtant, il m’arrive bien trop souvent d’avoir à relire deux fois les cartels et textes explicatifs avant d’y comprendre quelque chose.

 

À croire que les conservateurs des musées font un concours de la phrase la plus longue. Les éléments de contexte partent dans tous les sens, s’attardent sur ce qui est le moins intéressant et considèrent comme acquis des choses qui ne coulent pas du tout de source.

 

Par exemple, les tableaux font très souvent des références à des mythes, des symboles, des épisodes de l’histoire oubliés, ou jamais appris. Au lieu de proposer un petit rappel, un rattrapage des connaissances voire de mentionner la référence… le texte associé à l’œuvre parle de la bourse d’état touchée par le peintre dont on n’a rien à secouer !

 

C’est vraiment énervant lorsqu’aucun effort de vulgarisation n’est fait. Les expositions ne sont pas destinées qu’aux historiens de l’art.

 

 

EFFET BROCANTE, TROP DE PIÈCES EXPOSÉES

 

J’ai le souvenir d’une exposition sur les Secrets d’Etat aux Archives Nationales où j’avais le sentiment de revoir ma chambre d’adolescent après un séisme. Un gros bazar avec chaque centimètre carré exploité pour afficher documents, photos, peintures ou citations. Impossible d’y comprendre quelque chose !

 

 

 

Pourquoi vouloir tout exposer, en exploitant la très bonne hauteur de plafond de 2m50 pour créer un patchwork indigeste ?

 

Dans certaines expos, en particulier celles montrant des archives ou des trouvailles archéologiques, tellement de pièces sont montrées que l’on rate celles qui ont un réel intérêt. Comme je ne les regarde pas toutes une par une, j’ai parfois l’impression de tomber sur une œuvre marquante complètement par hasard. Celles qui sont les plus importantes par leur sens, leur propos, mériteraient d’avoir une place plus centrale, d’être mieux mises en avant et non d’être noyées parmi d’autres moins passionnantes.

 

Ça a été le cas dans l’expo Soulèvements au Jeu de Paume, où les œuvres qui m’ont le plus intéressées étaient « cachées » dans un coin.

 

 

LES SCÉNOGRAPHIES EFFRAYANTES

 

En entrant dans une salle, j’aime quand l’atmosphère, les couleurs, l’éclairage donnent envie de courir découvrir toutes les œuvres. Tellement de progrès ont été réalisés pour favoriser l’immersion du visiteur dans les musées qu’il est frustrant de tomber sur une exposition moche, froide, poussiéreuse ou sans identité visuelle.

 

Chacun a ses propres goûts en termes de scénographie, la simplicité doit sûrement plaire à une partie du public mais ça me désespère quand les œuvres sont affichées sur des murs blancs. Ça ne les met pas du tout en valeur !

 

Autre défaut de scénographie récurrent : l’éclairage approximatif qui fait que l’on voit un gros point de lumière en plein milieu de la peinture ou que l’on distingue des reflets sur les vitres de protection.

 

Le Centre Pompidou, qui n’est pas le roi de la scénographie, est même allé jusqu’à utiliser des écritures illisibles pour les textes introductifs. D’ailleurs, ces derniers sont inscrits tellement gros sur les murs que l’on n’a pas assez de recul pour les lire.

 

Au fil de mes visites, je me rends de plus en plus compte que la qualité de la mise en exposition joue énormément sur l’adhésion à une expo, son propos et l’appréciation des œuvres.

 

 

 

LE MÉTRO À L’HEURE DE POINTE

 

En assistant à une conférence, j’ai été étonné pendant l’intervention du directeur de Beaubourg à qui on demandait « Que faites-vous pour démocratiser la culture ? ». Il répondait que sa préoccupation était plutôt de ne pas avoir trop de monde dans son musée.

 

La gestion des flux est aujourd’hui devenue l’un des soucis des grands musées dans lesquels les files d’attentes et les attroupements sont nombreux le week-end ainsi que les soirs de nocturne.

 

Le parcours et la scénographie s’avèrent de mieux en mieux pensés pour éviter d’être gênés par le monde mais ce défaut persiste dans certains lieux. Au Musée Jacquemart André, les salles de ce joli hôtel particulier sont toutes petites et les flux pas très bien gérés, si bien qu’il est difficile de ne pas se faire bousculer, de voir les tableaux de l’expo Rembrandt… et de passer un moment agréable.

 

Les textes introductifs sont trop souvent dans des coudes ou des entrées minuscules et créent des attroupements, des blocages. Par ailleurs, les visites guidées et les personnes ayant pris l’audioguide empêchent les autres visiteurs de voir les œuvres.

 

Comment concilier le monde et la satisfaction des visiteurs ? Quand cela est possible, en espaçant les œuvres, en plaçant les textes ailleurs que dans des goulots d’étranglement et en séquençant sa campagne de communication pour éviter que tout le monde ait envie d’aller visiter l’expo le même week-end.

 

 

LE PRIX RÉPULSIF

 

Dernier défaut qui risque de s’accentuer ces prochaines années… le prix des expositions, notamment de celles très commerciales. Par exemple, celle sur Walt Disney et le Mouvement au Musée des Arts Ludiques coûte 16 € 50, Marvel Avengers Station à la Défense coutait 19 € 90.

 

Ce prix est-il toujours justifié ? Je ne pense pas.

 

 

 

Heureusement, rares sont les expositions qui réussissent l’exploit de cumuler l’ensemble de ces défauts.

 

Et contrairement au théâtre où on peut avoir la sensation d’être pris en otage jusqu’à la fin de la pièce, c’est simple d’abréger sa visite lorsqu’on s’est fourvoyé dans une expo pas intéressante, mal faite ou accessible qu’aux thésards en histoire de l’art.

 

N'hésitez pas à partager avec nous vos croustillantes expériences muséales, qu'elles soient jouissives ou désespérantes !

 

 

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