Le Syndrome de la tête d’affiche

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« Moi le théâtre ce n’est pas mon truc », « Je n’aime pas ça », « Je trouve ça chiant », ces petites phrases que nous entendons trop souvent pourraient bien avoir une explication commune : le syndrome de la tête d’affiche !

 

En moyenne, vous, chers franciliens qui nous lisez -ou vous qui rêvez un jour de le devenir- allez au théâtre deux fois par an. Comme il est relativement difficile de choisir une pièce de théâtre, le plus simple pour un profane est souvent d’y aller un peu au hasard. Votre choix se portera parfois sur l’une de celles dont vous admirez quotidiennement l’esthétique dans les couloirs du métro, arborant déjà, après 15 représentations les mentions « Triomphe » ou « Succès ! Prolongations ! ».

Quelques critiques élogieuses sur des sites de vente de billets ou dans des journaux aussi corrompus que le comité exécutif de la FIFA achèveront de vous convaincre.

 

Si votre acteur favori joue dedans, aucune raison de penser que c’est un flop ! Il reçoit forcément des tonnes de propositions, sa sélection du texte doit donc être minutieuse... Et bien en fait, cela ne veut rien dire. Le théâtre commande à un auteur qui a plus ou moins fait ses preuves et plus ou moins disponible une comédie pas trop intello sur le couple (thème qui concerne tout le monde) dans un délai plus ou moins raisonnable, avec un gros rôle pour faire jouer à une tête d'affiche un personnage à la hauteur de son talent.

Cette dernière n'a souvent lu qu'un court résumé de la pièce avant qu'elle et son agent acceptent qu'elle y participe !
 

  

 

 

Prenez donc garde au bel emballage, car un beau papier cadeau cache souvent une pièce décevante, écrite à la va-vite ou encore mal adaptée. Les auteurs se plaisent à dire qu’elles sont taillées sur mesure pour l’artiste, alors qu’elles ne sont malheureusement le plus souvent qu’un best off de grosses ficelles et de facilités.

 

Certes, lorsqu’elles sont réussies ce sont les meilleures pièces, comme Nos Femmes avec Daniel Auteuil et Richard Berry, Le Prénom avec Patrick Bruel ou encore La Porte à Côté avec Edouard Baer et Emmanuelle Devos (dans ces cas, nous regrettons simplement que les pièces soient dépendantes de leurs têtes d'affiches et ne puissent être prolongées à cause de leur agenda chargé). Pourtant ce n’est pas la règle. Beaucoup trop d’entre-elles restent des échecs cuisants (artistiquement parlant bien entendu).

 

Sensibles spectateurs (oui, même toi le chauve au fond), si vous connaissez une grande déception théâtrale, comme après une désillusion amoureuse, il vous faudra du temps pour la digérer. Vous ne vous remettrez pas si facilement d’une pièce ennuyeuse qui vous a pris en otage pendant deux heures à 40 € la place. Vous l’aurez en travers de la gorge et nous aurons beaucoup de mal à vous convaincre de renouveler votre sortie théâtre. 

 

Dommage car la scène parisienne regorge de petites pépites !

 

 

CAPRICES DE STARS

 

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’aujourd’hui, il est devenu obligatoire pour les théâtres privés de plus de 500 places de convier une vedette. Elle leur permet à coup sûr de remplir leurs salles dès les premières semaines. De Franck Leboeuf à Carole Bouquet, en passant par Gérard Jugnot, Clara Morgane et Samy Naceri, c’est le concours de celui qui aura la plus grosse.

Si une star joue dans votre pièce, c’est aussi l’assurance de passer dans toutes les émissions télé. Selon le public visé, elles feront une super promo dans Vivement Dimanche avec Drucker, au 20H de France 2, dans Télématin, On N’est Pas Couché ou Touche Pas à mon Poste (aïe aïe aïe, on ne leur souhaite pas…). Les journaux et les télévisions ne peuvent se permettre de dire du mal de pièces dont elles participent souvent à la production, ça serait aussi dommage de se fâcher avec une star et qu'elle ne veuille plus répondre aux interviews ou dîner à la maison.

 

De toute façon, peu importe la qualité du spectacle, inviter des acteurs connus c'est excellent pour l'audience. Les émissions se battent toutes pour cette audience de peur d'être déprogrammées si les revenus liés à la publicité chutent, donc la notoriété est le critère indispensable pour être invité dans les émissions populaires. Entendez-vous souvent parler d’une pièce de théâtre à la télévision dans laquelle ne joue aucune personnalité ? Non, ou peut être seulement celles qui connaissent le succès depuis plusieurs années (Dernier Coup de Ciseau, Le Tour du Monde en 80 jours etc.).

 

 


 

 

Il faut aussi rappeler que débaucher une grosse pointure n'est pas chose aisée ! Comme nous le confiait le serial directeur de théâtre et producteur Jean-Marc Dumontet dans une récente interview AuBalcon (par ici les retardataires), « Luchini arrive dans notre bureau, il nous dit "je veux tant" et puis vous avez dix minutes pour qu’il reste chez vous. ». Tout d’abord effarés par le montant demandé (un fixe et un pourcentage des recettes de la pièce), les producteurs reprennent ensuite leurs esprits et leurs calculettes pour chiffrer précisément le retour sur investissement.

Non seulement ils doivent multiplier les courbettes pour faire venir les stars, mais ils sont aussi contraints d’accepter les demandes les plus extravagantes, comme celles d'une certaine Isabelle Adjani dans Kinship. Plus personne ne doute du fait qu'elle soit à l’origine du décalage des dates de premières, de la mise à l’écart du metteur en scène, du départ d’une comédienne ou encore de la modification des décors et costumes qui ont posé tant de problèmes au Théâtre de Paris…

 

En bref, le syndrome de la tête d’affiche, c’est de dépenser tellement d’énergie et d’argent pour convaincre ces appâts à spectateurs que la qualité du scénario et des dialogues deviennent secondaires.

 

Alors chers spectateurs méfiez-vous, choisissez bien vos pièces en lisant les critiques. Si vous vous demandez quoi aller voir, nous maintenons à jour une liste des meilleurs spectacles que vous pouvez réserver les yeux fermés (rouvrez-les une fois à l’intérieur du théâtre).

 

 

Les pièces qui sont, à notre goût, touchées par le syndrome de la tête d’affiche :

 

 

                                

 

 

                             

 

 

                                 

 

 

                             

 

 

                              

 

 

                               

 

 

 

 

 

 

Les pièces qui ont échappé au syndrome de la tête d'affiche, pour un résultat très convaincant !

 

 

                           

 

 

                                

 

 

       

 

 

 

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