Succès financier, triomphes de banalité

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Écrire une bonne comédie est un exercice extrêmement difficile. Nous étions impatients de découvrir les plus prometteuses de ce début de saison... et avons été déçus par leur triste banalité.

 

Malgré un prix de place souvent déraisonnable, la participation de stars que nous adulons, les méga-giga- campagnes de communication dans les médias, la rue, le métro et la maitrise parfaite des réseaux de distribution par les grande salles, font que nous autres spectateurs sommes très nombreux au rendez-vous.


 

 

          

 

          
 

 

  

Ces comédies sont actuellement celles qui vendent le plus d'entrées. Pourtant, elles se révèlent inabouties et ont toutes un air de déjà vu... Nous avons analysé leurs 3 gros défauts qui nous plongent dans un ennui profond.

 

Notre objectif n’est en aucun cas de régler des comptes ou de nous venger de toutes ces soirées théâtre gâchées mais plutôt d’essayer de bouger les lignes (dommage que nous ayons une influence auprès des théâtres aussi limitée que celle d’un nourrisson dans une maison de retraite).

 

 

 

UNE HISTOIRE NÉGLIGÉE

 

Pour attirer les foules, les plus gros théâtres privés programment des comédies. La plupart des gens ont peur de s’ennuyer au théâtre et se rassurent en se disant qu’au moins avec un boulevard ils se distrairont et en auront pour leur argent (1 euro = 1 rire).

 

Lorsque les comédies se révèlent décevantes, c’est souvent parce qu'elles reprennent un schéma narratif vu et revu comme le mari infidèle qui cherche à voir ailleurs (dans Une Famille Modèle avec Patrick Chesnais, Le Mensonge avec Pierre Arditi, L’Envers du décor avec Daniel Auteuil, …), le repas-règlement de comptes (Le Syndrome de l’Ecossais avec Thierry Lhermitte et Bernard Campan, …) ou la prise d’otage (Je vous écoute avec Bénabar, …).

 

Alors pourquoi pas, des tas de bonnes pièces partent d’une idée simple, pas forcément révolutionnaire, mais il faut ensuite qu’elles racontent une histoire ou aient leur originalité.

Et c'est là que le bât blesse.

Dans les comédies évoquées plus haut, les situations de départ n’évoluent pas. A la lecture du pitch de la pièce, on sait déjà tout ce qui va se passer. Et quand bien même il y a un rebondissement inespéré, la situation revient immédiatement à la normale :

 

 

 

Or, cette progression est essentielle car nous venons au théâtre pour que nous soit racontée une histoire, pas pour assister à un enchainement de blaguounettes.

 

 

 

 

DES PERSONNAGES SANS PROFONDEUR

 

Outre l’absence d’histoire, un défaut fréquent est de mettre en scène des personnages sans relief. Au fil de la pièce, malgré les nombreux échanges, nous n’apprenons rien de Jacques, Pierre ou Martine car ils sont juste un ramassis de clichés.

Les femmes sont réduites à des potiches, voire des appâts sexuels sans cerveau. Les hommes à des obsédés un peu lâches. Ils ont toujours le même métier : auteur ou éditeur et habitent dans des logements modernes, luxueux (bravo aux théâtres pour leurs jolis décors !).

 

Lorsque le rideau tombe, les personnages n’ont pas franchement évolué, ne se sont pas remis en question, sont restés enfermés dans leur médiocrité.

Dommage, c'est ça qui crée les grands héros comiques ou dramatiques.

 

Les pauvres acteurs essayent tant bien que mal d’incarner leur rôle d’une banalité affligeante soit en sur-jouant (comme Daniel Auteuil dans L’Envers du décor), soit avec un jeu plus naturel (Bénabar dans Je vous écoute). Dans les deux cas, plus les représentations passent moins ils jouent avec conviction, ils ne sont pas bêtes et se rendent compte des limites de la pièce.

 

 

UN HUMOUR DÉJÀ ENTENDU

 

Ce n’est pas simple de faire rire. Les blagues qui font réagir le plus fort le public sont d’ailleurs souvent les plus faciles mais pas celles qui les feront sortir du théâtre avec le sourire.

 

Lorsqu’une comédie est écrite à la va-vite, ses blagues tombent toujours à plat, à moins que l'auteur soit un génie. A court d’inspiration, il reprend souvent les grands ressorts comiques classiques de Feydeau, Molière ou Cyril Hanouna (#plagiat). En janvier, nous avons entendu dans quatre pièces différentes la fameuse blague :

« Oh, je suis sûr qu’en arrivant Gérard va encore dire qu’il aime le chocolat ! ».

Gérard arrive : « Oh que j’aime le chocolat ».

Rires.

 

Quelques petites vannes entendues et réentendues sur le poids (« j’ai perdu un peu, tu ne trouves pas ? »), sur la bêtise de la nunuche qui se trompe en citant une expression populaire (« il faut mettre la charrue avant les nœuds ») ou du comique de situation (« Bigre, mon fils rentre sur scène alors que ma maitresse me fait une gâterie ! ») permettront de faire durer la pièce assez longtemps pour que le public n’ait pas trop l’impression d’avoir jeté son argent par les fenêtres. Il est déjà mécontent d’ être si mal placé et de n’avoir aucun espace pour ses jambes alors qu’il avait choisi la première catégorie.

 

Dans leur grande bonté, nous avons remarqué que les auteurs de théâtre s’adaptaient au lieu pour lequel ils écrivent la pièce. Florian Zeller a fait quelques blagues de fesses pour le public Vente Privée (actionnaire et grand distributeur du Théâtre de Paris), Yvan Calbérac un humour spécial plus de 78 ans pour le Théâtre Montparnasse (« tu n’as pas mis la table du petit-déjeuner mon grand ? »), Eric Assous un humour très léger pour La Michodière (le personnage joué par Michel Sardou dit qu’il déteste la chanson française)… 

 

  

 

C’est dommage que ces auteurs relativement jeunes (Florian Zeller a 37 ans et Yvan Calbérac a 45 ans) écrivent déjà des pièces poussiéreuses à l’humour dépassé. Ils imaginent qu’en faisant le service minimum, le public qui ne va pas souvent au théâtre sera satisfait. Mais non, car ce sont les mêmes blagues et les mêmes histoires dans les mauvaises comédies au cinéma, dans les pires téléfilms ou dans les pubs radio !

 

Ces pièces sont finalement des produits marketing sans recherche ou ambition artistique, des coquilles vides, de beaux emballages renfermant un ouvrage de piètre qualité.

 

POURQUOI ?

 

Même si nous n’avons pas de réponse scientifique au pourquoi de la prolifération de ces comédies ratées, nous avons peut être un début d’explication. 

 

Elles résultent souvent de commandes des théâtres eux-mêmes à des auteurs à succès ayant déjà fait leurs preuves. Les bons auteurs de théâtre encore vivants se comptent sur les doigts de la main (beaucoup ne s’intéressent pas aux planches car c’est très mal payé). Une fois qu’un écrivain commence à avoir un peu de notoriété il est hyper-sollicité et encouragé à travailler vite.

 

Florian Zeller a cette saison été joué dans deux créations (Le Mensonge et L’Envers du décor), sa pièce L’Autre a été reprise et Le Père a été traduite pour une tournée à l’étranger. Sans parler des adaptations -un peu ratées-  de ses succès au cinéma… Eric Emmanuel Schmitt lui, écrit des livres, adapte des pièces, les met en scène et fait la promotion de tout son travail. Normal que leur boulot ne puisse être à chaque fois d’un niveau de qualité hyper élevé.

 

Mais le vrai problème vient du fait que dans certains cas, l’auteur a un cahier des charges trop précis qui étouffe toute créativité artistique. Les théâtres commandent une histoire de couple avec un gros rôle pour une tête d’affiche, des blagues adaptées au public habituel du théâtre, une durée d’une heure trente.

 

Ils donnent finalement pour consigne de limiter la prise de risque alors que dans l’art, il n’y a qu’elle qui crée des succès ! Sinon, cela devient de l’artisanat avec la reproduction infinie de la même pièce pour un public de plus en plus lassé…

 

 

  

 

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