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Vu du Pont

Vu du Pont
De Arthur Miller
Mis en scène par Ivo van Hove
Avec Laurent Papot
  • Laurent Papot
  • Alain Fromager
  • Nicolas Avinée
  • Charles Berling
  • Pierre Berriau
  • Pauline Cheviller
  • Caroline Proust
  • Ateliers Berthier Théâtre de l'Odéon
  • 32, boulevard Berthier
  • 75017 Paris
  • Porte de Clichy ( l.13, RER C)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 34,00
À l'affiche du :
4 janvier 2017 au 4 février 2017
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 15:00
    • 20:00
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Eddie est docker et fier de l’être.

Toute sa vie, il a lutté pour tenir sa promesse d’élever Catherine, la nièce de sa femme Béatrice, et de garantir un bel avenir à la petite orpheline. Voilà des années que cet homme de parole se saigne aux quatre veines pour tenir sa promesse en veillant sur elle, peut-être un peu trop jalousement.

Eddie n’a pas vu – n’a sans doute pas voulu voir – que l’enfant a grandi, qu’elle est devenue une femme. Et il ne voit que trop quels regards les hommes portent à présent sur elle. 

 

Il y avait un avenir.

Vu de loin : un fait divers banal, de ceux qu’on oublie vite. Une histoire de gens modestes dans le New York prolétaire des années 1950, presque une enquête sociologique dans le milieu italo-américain des dockers du quartier de Red Hook, à l’ombre du colossal pont de Brooklyn.


Vu du pont : une tragédie aussi vieille que le conflit entre loi et justice, ou entre réalité et désir ; une version moderne du mythe du Paradis perdu. Du récit de quelques journées décisives dans la vie d’Eddie Carbone et de ses proches, Arthur Miller réussit à tirer la matière d’une intrigue immémoriale.

 

 

  Pour cette pièce, Ivo Van Hove et Jan Versweyveld ont remporté le Triomphe AuBalcon de la mise en scène et de la scénographie (2016). Charles Berling a lui remporté le Molière 2016 du comédien de théâtre public.

 

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La critique de la rédaction : 7.5/10. Pour un public averti. Une très belle pièce sur l’honneur, l'orgueil, l'autorité, les vieilles valeurs auxquelles on s'accroche. Mais ont-elles encore un sens aujourd'hui ? Ne nous font-elles pas courir à notre perte ?

Vu du Pont met du temps à démarrer, la première partie est très lente et nous ne comprenons pas bien les enjeux. Nous commençons même à nous ennuyer un peu.

Mais la mise en scène qui ralentie et intellectualise la pièce en première partie, permet avec les mêmes artifices de mieux savourer les scènes les plus intenses du second volet.

De sceptiques nous sommes devenus conquis. La scène dressée comme un ring au milieu des tribunes, la musique, la mise en lumière trouvent enfin un sens.

Au départ, nous n'aimions pas le personnage de la jeune fille légère, vu et revu au théâtre et avions du mal à croire à l'autorité du père. Pourtant, au fil de l'histoire, chacun des personnages s'impose, révèle la profondeur de sa personnalité. Chacun d’entre eux nous bluffe et nous émeut à sa façon.

C'est l'avocat que nous avons particulièrement aimé, avec son sens moral. Il ne cesse de rappeler que la loi n’encadre pas tout, elle ne se mêle pas des affaires de familles.

"Si tu te bats contre un fleuve, tu finiras noyé." Dans ce texte magnifique, de nombreuses répliques nous interpellent. Nous aurions aimé toutes les retenir pour les méditer.

Après un final époustouflant, nous sortons sans voix des Ateliers Berthier. 

Note rapide
7,9/10
13 pour 13 notes et 7 critiques
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Note de 4 à 7
31%
7 critiques
Note de 8 à 10
69%
Toutes les critiques
5 janv. 2017
10/10
30 0
Chef d'oeuvre !
Que dire d'autre si ce n'est « Chef d'oeuvre » !
Pour la deuxième fois (c'est une reprise de la saison passée), je ne peux m'empêcher d'utiliser ce terme : Chef d'oeuvre !

Voir dans la même saison « Les damnés » et « Vu du pont » c'est se dire – une nouvelle fois s'il en était besoin – qu'Ivo Van Hove est l'un des deux plus grands metteurs en scène européens actuels.

En ce soir de première, il est d'ailleurs venu saluer le public pendant les nombreux rappels.

Alors évidemment, je vais développer un peu.

Miller. Arthur.
Pour beaucoup, c'est un dramaturge américain un peu oublié, accessoirement marié à Maryline Monroe, daté années 50/60, Actor's studio, qu'on ne joue plus beaucoup.

La version française de sa pièce a été créée en 1958 par un certain Peter Brook, dans une traduction-adaptation d'un certain... Marcel Aymé.

Qu'est-ce qui a donc poussé Ivo Van Hove à mettre en scène ce « Vu du Pont » ?

Assurément, c'est le fait de pouvoir ôter toute référence temporelle à la pièce et le fait de tendre vers une universalité.
Le théâtre est comme ces palimpsestes, ces parchemins médiévaux calligraphiés que les moines grattaient pour pouvoir réécrire dessus.
Ivo van Hove a bien compris cette dimension théâtrale. Une mise en scène est faite pour ré-écrire et ré-écrire encore la pièce.

Nous sommes ici dans le Mythe.
Nous sommes ici dans la Tragédie antique, celle d'Euripide, par exemple.
Ici, c'est un regard absolu et sans concession sur la condition humaine qui nous est proposé.

Oui, c'est une tragédie d'hommes et de femmes de tous les jours, des dockers, des sans-papiers, à laquelle nous assistons, et qui nous renvoie à nos propres turpitudes, nos propres faiblesses, à nos pauvres compromis.

Avec des archétypes, ces « modèles primitifs et idéaux », pour reprendre le sens étymologique du mot :

Le jeune héros, beau, jugé indigne par la figure du Père, accablé par la perte prochaine de la fille qui va vouloir voler de ses propres ailes.

La Mère, soumise au mari.

Le choeur, en l'occurence l'avocat-narrateur.

Des sentiments, des passions, des travers humains : l'honneur, l'amour, la jalousie, l'inceste, la révolte, la dénonciation, le meurtre.

Nous sommes vraiment dans l'Universel.
Pas besoin de décors, pas besoin de costumes sophistiqués, pas besoin de chaussures (les comédiens sont tous pieds-nus), le texte se suffit à lui-même (dans une nouvelle traduction du conseiller littéraire de l'Odéon, Daniel Loayza).

Le texte et la direction d'acteurs.
Ce qu'a demandé aux comédiens et ce qu'a obtenu le metteur en scène est purement et simplement prodigieux.
Prodigieux !

Une nouvelle fois, j'ai été stupéfait, bluffé, scotché par ce qui est demandé et ce que nous donnent les huit comédiens.

Au premier chef, bien entendu, Charles Berling.
Il est bouleversant d'humanité blessée, d'humanité douloureuse.
Il va faire porter à son personnage de façon grandiose le poids du destin, de la fatalité.
Bouleversant, vous dis-je.

Les autres sont à l'avenant et notamment la toute jeune Pauline Cheviller qui, en nièce orpheline recueillie par le personnage de Berling, crève littéralement le plateau.
Nicolas Avinée, qui lui est son amoureux sans-papiers, est également excellent.
Tout comme Alain Fromager interprétant l'avocat-narrateur, et qui m'a particulièrement enthousiasmé.

Et puis, il y a la scène finale, l'apothéose, le climax dramaturgique.
Une scène dont je ne peux parler.

Une scène finale inoubliable, tout comme celle des Damnés.
Une scène finale qui vous marque à jamais, dont vous savez qu'elle restera à vie dans votre mémoire.

Je ne crois pas m'avancer en pariant que cette mise en scène de « Vu du pont » fera évidemment date dans l'histoire théâtrale du XXIème siècle, et assurément dans l'histoire théâtrale tout court.
5 janv. 2017
9/10
4 0
Le début de la pièce est relativement lent, et je commençais à me dire que si ça continuais aussi lentement, ça allait devenir un peu ennuyeux.

Heureusement, il y a d'excellents comédiens au service de ce texte. Car la montée en puissance du jeu, ainsi que l'intensité dramatique du texte, fait qu'à la fin j'étais totalement aspiré par tout ce qui se passait devant moi.

La disposition des spectateurs est assez atypique, car on est assez proche du plateau et ça donne l'impression d'un aquarium. La mise en scène en soit parait simple, car aucun décor, ni accessoires, juste un simple sol blanc. Et c'est tout l'intérêt de cette scénographie, car les comédiens doivent tout composer et faire imaginer ces différents lieux.

En résumé, un spectacle à voir absolument pour d'une part le texte d'Arthur Miller, mais surtout les comédiens qui se transforment et nous transportent avec eux dans cette magnifique pièce.
10 sept. 2016
9,5/10
14 0
"On voudrait parfois crier gare et dire sans ménagement à un homme de façon précise ce que lui réserve l’avenir" : l’avocat Altieri – l’excellent Alain Fromager – fait figure de Chœur, de Cassandre.

Il s’apprête à nous exposer le destin d’Eddie Carbone, un docker new-yorkais qui travaille dur pour élever Catherine, la nièce de sa femme Béatrice. Un destin qui va prendre la forme d’un véritable drame antique.
Ivo van Hove n’a-t-il pas lui-même déclaré s’être « attaqué » à la pièce d’Arthur Miller comme à une tragédie grecque? Très vite, on se sent happé par l’intensité des rapports unissant les six personnages. Chacun d’eux défend des enjeux considérables. L’apparent dénuement de la scénographie nous recentre sur l’essentiel : les différents combats qui se livrent sous nos yeux. Combat d’un homme fou d’adoration pour celle qu’il ne lui est justement pas permis d’aimer. Combat d’une femme pour son mari qu’elle voit s’éloigner, se détruire et se perdre. Combat de deux immigrés italiens qui luttent contre la pauvreté et la mise à l’écart.

Pour incarner ces combattants, ces guerriers, ces lutteurs aux pieds nus, Ivo van Hove a rassemblé une troupe d’exception. Charles Berling, troublant de désespoir, de sincérité, de colère rentrée, de passion jalouse, apparaît au sommet de son art. Face à lui, deux comédiennes se le disputent : une incroyable Caroline Proust – à mon sens trop rare sur les scènes de théâtre – et la jeune et prometteuse Pauline Cheviller. Nicolas Avinée, le plus jeune des frères italiens, impose également une remarquable et saisissante figure de héros. Chacun d’eux prend place dans l’arène façon ring de boxe proposée par Ivo van Hove. Une arène qui se déploie au coeur même des spectateurs, grâce à un dispositif trifrontal extrêmement approprié.

La scène finale est aussi belle que bouleversante, elle referme la page ouverte par Alfieri au tout début du spectacle. On comprend d’où vient cette pluie mystérieuse. On la voit après l’avoir entendue. Elle nous restera longtemps en mémoire. On sort de là un peu sonné, comme si l’on avait nous-mêmes pris place sur ce fameux ring. Personnellement, j’aurais bien prolongé par quelques rounds supplémentaires…
29 oct. 2015
9/10
166 0
Le plateau ressemble à une boîte avec ses murs noirs comme la mort. Puis, dans un espace épuré à l’extrême, dénué de tout accessoire excepté une unique chaise, le spectacle tri frontal place le public dans l’intimité du drame qui se joue au milieu d’eux et laisse entrevoir une mise à mort dans un combat sans merci.

Quand les trois parois tombent, ne laissant que le quatrième mur comme unique porte de sortie, on se croirait propulsés sur un ring de boxe, lieu du combat par excellence, qui focalise une lumière d’une blancheur proche de la pureté. L’intensité de la première scène nous captive d’entrée de jeu : Eddie Carbone et Louis, deux dockers abîmés par la vie, prennent une douche sommaire avant de retrouver leur quotidien familial. Tout fait silence.

C’est beau comme les prémices de l’automne mais déjà, le drame se noue sur le plateau dénudé à l’éclairage cru pour ne pas dire cruel et qui sera poussé à son paroxysme jusqu’à la scène finale, d’une saisissante beauté. Le destin de chacun sera éclaboussé à jamais par le drame au dénouement tragique, car lorsqu’on « se bat avec un fleuve, on finit noyé ».

Après avoir dirigé Juliette Binoche dans une prenante version d’Antigone en fin de saison dernière, Ivo van Hove reste ici proche de la tragédie grecque où le drame couve doucement sans que l’on puisse l’en empêcher, malgré un petit problème de rythme. D’ailleurs l’avocat Alfieri, dont les interventions de narrateur ponctuent la pièce, se place comme un digne héritier du chœur antique ou de l’oracle de Delphes, symbolisant également la question du droit, des interdits et de la justice, fil rouge du texte d’Arthur Miller. Et même si la mise en tension tarde un peu à s’installer et s’il manque un brin de finesse dans l’inconscience des désirs, tout n’est qu’incroyable maîtrise et performance remarquable. Charles Berling est magistral et époustouflant dans la peau de l’émigré tourmenté, tiraillé entre honneur et désir. Avec un jeu subtil, il incarne la pudeur d’un docker exemplaire aux prises avec ses démons enfouis. Face à lui, la pétillante Pauline Cheviller donne au personnage de Catherine, toute l’énergie et l’innocence de la jeunesse. Elle est lumineuse et d’une grande justesse, tout comme Nicolas Avinée qui est Rodolpho, le joyeux migrant optimiste qui veut croire en un avenir meilleur dans les bras de l’amour. Caroline Proust, en épouse délaissée, Laurent Papot (l’énigmatique Marco) et Alain Fromager (l’avocat dont les mises en garde furent vaines) complètent la distribution de cette fascinante représentation dont les images puissantes créées un choc visuel d’une forte intensité.

Le metteur en scène belge, très attendu en 2016 dans la Cour d’Honneur à Avignon où il montera Les Damnés avec la troupe du Français, signe là aux Ateliers Berthier un Vu sur le pont sublime, marquant comme un coup de soleil et bouleversant, où les destins tragiques prennent vie dans une universalité saisissante. Un véritable drame de l’amour qui souligne avec brio toute la fragilité et la complexité des l’humanité, nous laissant submergés par l’émotion qui nous habitera encore longtemps après la représentation, après la fermeture de cette boîte de Pandore d’une sobriété évidente et percutante.
Lors de la présentation de saison 2015/2016 de l'Odéon VU DU PONT avait immédiatement retenu mon attention, par la rencontre entre un metteur en scène très en vogue, un auteur renommé et une distribution alléchante.

L'attente était donc forte et la peur d'être déçue également, d'autant plus après un début de saison en demi-teinte. Aussi dès que je suis entrée dans la salle j'ai su que je ne serai pas déçue. Rarement une pièce m'aura laissé une si forte impression. Certes il y a des imperfections dans cette adaptation du texte d'Arthur Miller.

L'histoire n'est pas transcendante : une famille d'immigrés italiens à New-York, des nouveaux migrants, une histoire d'amour, une tragédie. On y parle de notions qui sont peut-être aujourd'hui désuètes : la famille, le respect de la loi, le travail, l'honneur. On y évoque des sujets graves (le choix de l'exil, le sacrifice, l'inceste, le désir, la justice). Mais la force de la dramaturgie et de la mise en scène en font un spectacle qui ne laisse pas indifférent. Dès les premières secondes Ivo Van Hove installe le climat dramatique qui ne va pas lâcher le spectateur. Le rythme est lent, le personnages s'installent doucement. Et pourtant on est littéralement fascinés, happés par cette histoire.

Par Eddie (Charles Berling - pourtant pas toujours juste), être banal qui ne savait pas qu'il avait un destin, ce pur qui lutte contre ses démons intérieurs et que ne veut que le bonheur de sa fille adoptive. Par Catherine (lumineuse Pauline Cheviller), cette jeune fille amoureuse de la vie qui n'est qu'innocence et liberté. Par Béatrice (Caroline Proust juste et toute en retenue) qui assiste impuissante au drame naissant qui emportera sa famille entière. Par une troupe à l'unisson qui nous emporte dans une émotion intense qui culmine en une scène finale qui laisse la salle sans voix.

Bref : Une tragédie humaine, une humanité tragique, portée à son paroxysme par une mise en scène saisissante et des comédiens sublimés. Du grand, du beau théâtre.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor