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Vie et mort de H

Vie et mort de H
De Hanokh Levin
Mis en scène par Clément Poirée
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
À l'affiche du :
10 janvier 2017 au 5 février 2017
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 16:00
    • 20:00
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Chez les Boubel, chacun est à sa place.

Monsieur Boubel et sa femme Emnopé sont si bien installés dans leur confort petit bourgeois qu’ils se paient même le luxe d’héberger depuis des années un certain H, quadra infantile dont la seule utilité est de servir de faire-valoir à leur bonheur conjugal. Tout bascule le jour où Fogra, leur merveilleuse, sublime, fille unique – et objet secret des rêves du souffre-douleur de compagnie –, va se marier.

Cuisante est la déception de H, qui par un geste dérisoire et farfelu va bouleverser l’équilibre de ce microcosme, composé d’êtres atteints de médiocrité aiguë. Vie et Mort de H est une farce délirante, cruelle et lyrique qui met en lumière l’étrange rapport d’interdépendance qu’entretiennent les heureux du monde avec les humiliés.

Attachants et drôles, les personnages n’en participent pas moins, dans une folle sarabande, à l’inexorable et douloureuse hiérarchisation des rapports humains. Feydeau n’est pas loin. Deuxième pièce écrite par Hanokh Levin, grand auteur israélien disparu précocement en 1999, ce texte contient déjà la force et la férocité que l’on retrouvera ensuite dans toute son oeuvre – l’exubérance débridée de la jeunesse en plus.

 

Note rapide
6/10
pour 4 notes et 3 critiques
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1 critique
Note de 4 à 7
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2 critiques
Note de 8 à 10
50%
Toutes les critiques
16 janv. 2017
7/10
4 0
Vie et mort de H, pique-assiette et souffre-douleur, est une pièce du dramaturge israélien Hanokh Lévin, auteur de la seconde partie du XXe siècle.

Son sujet est un intemporel : comment, de tout temps, fonctionne la relation entre dominants et dominés, possédants et possédés, maîtres et esclaves… ou « winners » et « losers » dans une terminologie plus moderne, et ce parfois au sein d’une même famille ou du moins d’un même foyer.

Le microcosme dépeint par la pièce de Levin est un terrain d’observation entomologique qui déroule devant nos yeux ébahis son étonnante cruauté jubilatoire. Un personnage, d’ailleurs, se situe un peu en marge de la pièce et remplit parfaitement le rôle du savant fou, disséquant ses petits insectes à la recherche de ce qui peut les rendre heureux, mais surtout malheureux : il s’agit de Monsieur Pilo, interprété par Emilien Diard-Detoeuf, sinistre à souhait.

On peut simplement regretter que dans la dernière partie il quitte ce rôle de démiurge maléfique pour s’intégrer à la troupe médiocre qui tourmente H pour oublier ses propres souffrances. Ce faisant, il perd de son intérêt dramaturgique et la cohérence même de son rôle est remise en question.

Mais revenons-en à H lui-même. H est un parasite. Il vit chez les Boubel, couple de lointains parents, semble-t-il, qui l’héberge depuis 17 ans sans qu’on sache trop pourquoi tant ils ne paraissent avoir rien en commun. Puis on comprend que c’est justement pour cela que H est là : il sert à Monsieur Boubel, à sa femme Emnopée, et à leur fille Fogra, qui a récemment quitté la maison paternelle, de miroir déformant dans lequel ils peuvent contempler leur propre réussite, inversement proportionnelle à la médiocrité de l’existence de H. D’une certaine manière, et pour rester dans une métaphore biologique, il s’agit d’avantage d’une symbiose que de parasitisme : une relation dans laquelle chacun a besoin de l’autre. H a besoin des Boubel pour assurer son existence quotidienne vitale (un toit, de quoi manger…) tandis que les Boubel ont besoin de H pour se sentir exister et même sur-exister par rapport à tous ceux qui, comme H, sont forcément moins heureux qu’eux.

L’équilibre, qui perdure ainsi depuis de nombreuses années, est rompu lorsque H apprend incidemment que Fogra, la fille des Boubel, qu’il idolâtre (et nous verrons qu’il n’est pas le seul puisqu’elle semble avoir cet effet sur tous les personnages qu’elle croise) va se marier. Il le prend comme une trahison personnelle et commet l’irréparable : couper une mèche de cheveux d’Emnopée, la femme de Boubel. A compter de cet instant, la guerre est déclarée.

Qu’ai-je pensé de la pièce dans son ensemble ? La mise en scène est extrêmement dynamique, et les personnages très mobiles, notamment grâce à un dispositif scénographique à base de portes pivotantes, d’escaliers et de fenêtres, qui permet de passer très facilement d’un lieu à l’autre, d’un moment à l’autre.

Malgré toute cette énergie, un ralentissement se fait sentir dans le 3e tiers de la pièce, un peu répétitif. On en revient à une problématique très actuelle : que ce soit dans les films ou les pièces de théâtre, il y a cette tendance dommageable selon moi à toujours faire trop long : combien d’œuvres gagneraient en efficacité si on acceptait de condenser l’action sur une durée moins longue !

La mise en scène de Clément Poirée tombe un peu dans ce piège, et le tranchant qu’elle possédait pendant une bonne partie de la pièce finit par s’émousser. Il reste, dans la dernière partie, de très bons moments, mais ils sont noyés dans la répétition des gags de la guerre entre Boubel et H. La fin, dont je ne parlerai pas ici pour ne pas vous en gâcher la surprise, m’a quelque peu déçue : je l’ai trouvée facile et pas forcément efficace.

Les interprètes sont bons, on est un peu moins convaincus par Fogra, jouée par Camille Bernon, mais je pense que c’est davantage lié à la consistance du rôle, très caricatural, qu’à la qualité de son interprète, qui lui apporte énormément d’énergie et d’impertinence mutine. Dommage que le personnage n’évolue pas du tout entre le début et la fin de la pièce. H (Bruno Blairet) est excellent au début puis, à mesure que la pièce « dézoome » de son personnage pour s’intéresser aux autres, il perd en susbtance et ne parvient pas à la regagner lors de « son » moment final.
La meilleure interprète, pour moi, est Luce Mouchel qui joue Emnopée : elle parvient à faire passer beaucoup de sincérité malgré le côté grimaçant et caricatural de son personnage. Caricaturaux, ils le sont tous : la pièce est une farce noire qui fait rire des horreurs qu’elle montre. On est donc évidemment dans un surjeu attendu de la part des comédiens, mais peu arrivent à concilier cela avec de l’émotion véritable.

Luce Mouchel s’y emploie admirablement, évoluant de la femme flamboyante et épanouie sur tous les plans, y compris sexuel, à la mère éplorée prête à tout sacrifier pour l’amour de sa fille. Et notamment sa féminité, qui fait d’elle la rivale involontaire de son enfant devenue grande.
En résumé, cette pièce démarre sur les chapeaux de roue et même si elle devient plus poussive en abordant la montée finale, on passe quand même un très bon moment à rire cruellement du malheur d’autrui, et à culpabiliser de le faire, poussant régulièrement de grandes exclamations : « oh mais non c’est horrible ! » Le sujet du spectacle déborde dans la salle, et c’est très bien vu.
12 janv. 2017
9/10
9 0
J'adhére tout à fait à l'univers d'Hanokh Levin. Ce n'est pas le cas de tous, mais c'est normal et c'est la liberté de penser.

La mise en scène de Clément Poirée, est originale, inventive, les comédiens sont chacun dans leur monde et la composition des personnages est drôlissime !
Déjantée et loufoque, suis totalement d'accord avec Spectatif !

A voir sans modération.
10/10
12 0
Quel est donc cet univers si particulier d’Hanokh Levin que nous retrouvons à nouveau ici dans sa deuxième pièce, écrite en 1972 ? Un enfer fantasmagorique décrit avec la bouffonnerie du refus par le rire ? Une fable cocasse, cruelle et tyrannique sur l’impossible quête du bien-être dans le vivre-ensemble ? Une satire sociale et une critique des mœurs dans lesquelles la jalousie, l’humiliation et la soumission se disputent la réussite entre voisins, époux et enfants-rois ?

Ce maitre du théâtre satirique nous plonge dans les contraires associés, les confrontations impossibles d’idées ou de situations. Il jette un regard violent, caustique et cruel sur la vilénie et la bassesse des personnes entre elles, des abus de pouvoir des citoyens entre eux. L’absurde côtoie le non-sens, l’abstraction se joue du réalisme, le masochisme agace la pitié et le sadisme mord la compassion jusqu’à espérer trouver enfin derrière la négation de sentiments sincères et l’absence d’amour véritable, une juste libération par la mort.

Dans VIE ET MORT DE H, l’univers sombre et cynique de Levin revêt les habits de la farce métaphorique pour que le rire nous fasse glisser plus aisément sur les pentes aux cailloux blessants de la réalité dénoncée. Ces petits riens qui effondrent tout. Propos incroyables et gestes stupéfiants rivalisent de méchanceté crasse dans le secret des maisons ou celui des relations de voisinage.

Nous sommes dans une comédie bien huilée à la mécanique fluide des situations, façon Feydeau, et à la truculence vacharde des répliques outrancières, façon Labiche ou Bernhard.

Monsieur et madame Boubel ont une fille et un souffre-douleur. Fogra, la fille, vit avec son fiancé et va se marier. H, l’En-plus, vit au foyer Boudel depuis des années. Une vie sociale, avec voisins et amis, s’organise autour d’eux pour en faire un microcosme saccageur. Duperies, mensonges, tyrannies, secrets, vont vivre en vase clos, dans la plus mauvaise conscience. Entre vie et mort, H, celui de trop, en finira-t-il de souffrir pour vivre ?

La mise en scène de Clément Poirée s’immisce dans ce mouvement dément en accentuant le côté burlesque et en soulignant adroitement les contrepoints apportés à cette dynamique tueuse par les postures simples, limite sereines et quasi normales des personnages d’Hannah et surtout de H. L’instantanéité des situations et des répliques ne laissent pas de temps suspendu. Nous sommes embarqués dans cette franche folie et gouttons, cois et rieurs, à cette magnifique fourberie du bonheur, drôle autant que grinçante.

Les comédiens nous ravissent. Tous et chacun. Ils campent leurs personnages avec précision et jouent ensemble avec une harmonie qui semble parfaite. Peut-être s’aiment-ils, eux ?

Une superbe interprétation et une merveilleuse réalisation de cette comédie d’Hanokh Levin, auteur à la qualité rare. Un très beau et grand spectacle que voilà. À voir sans hésiter. Obligé !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor