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Cendrillon, par Joël Pommerat

Cendrillon, par Joël Pommerat
Mis en scène par Joël Pommerat
  • Théâtre de la Porte-Saint-Martin
  • 18, boulevard Saint-Martin
  • 75010 Paris
  • Strasbourg-Saint-Denis (l.4, l.8, l.9)
Itinéraire
Billets de 21,00 à 41,00
À l'affiche du :
25 mai 2017 au 6 août 2017
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 16:00
    • 20:30

Souvent improvisé sur un simple canevas, ouvertement destiné à son auditoire qu’il prend à témoin et invite à participer, le conte prêche par l’exemple l'autonomie fictionnelle. Pour ses auditeurs enfantins, il ouvre au jeu entre imagination et réflexion critique ; il en réveille le souvenir et le charme pour les moins jeunes.

Comme l'écrit François Flahault, les grands contes sont initiatiques : «Comment ne pas devenir l’otage des liens dans lesquels nous nous sommes constitués ? comment nous en détacher suffisamment pour en former de nouveaux ? comment devenir soi ?».

Rituels, donc, mais rituels d’ouverture à la liberté, les contes sont faits pour être constamment réinventés par leurs conteurs, et qu’il s’agisse du Petit Chaperon rouge, de Pinocchio ou de Cendrillon, leurs héros ne se laisseront jamais enfermer une fois pour toutes dans un texte – jamais leurs aventures ne cesseront de se transformer, d’un livre ou d’un soir à l’autre.

 

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La critique de la rédaction : 7.5/10. Un conte entièrement revisité pour plaire aux adultes et aux enfants téméraires.

Nous ne nous attendions pas à ça, et avons été surpris de découvrir une histoire à ce point différente de l'adaptation popularisée par Walt Disney.

Ici tout est sombre. Les visages des personnages restent du début à la fin dans la pénombre. Leur physique est ingrat, ils parlent mal, à coups de jurons. Ils fument, cassent les codes, à l'image de la fée blasée, lassée par son immortalité.

C'est bien joué. La mise en scène esthétique déboussole. Seuls les dialogues déçoivent par moments, même si d'amusantes répliques valent le détour.

L'intrigue s'appuie plutôt sur le deuil de la mère de Cendrillon, le fait que cette dernière s'empêche de vivre et ne veuille pas passer à autre chose. Une vision intéressante, avec plusieurs pistes de réflexions...

Curieux de plus de 14 ans, n'hésitez pas.

Note rapide
7,4/10
pour 9 notes et 7 critiques
1 critique
Note de 1 à 3
11%
0 critique
Note de 4 à 7
22%
6 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
1 juil. 2017
8/10
9 0
Je suis complètement rentrée dans ce spectacle. La mise en scène est géniale avec l'idée de la maison en verre où les oiseaux s'écrasent au début, la montre de Sandra qui sonne toutes les heures pour lui rappeler de penser à sa maman et la fin du spectacle qui donne enfin la clé sur le message adressé à Cendrillon par sa mère avant de mourir au début.

C'est très émouvant, les rapports entre les parents et les enfants y sont bien traduits, en particulier celui entre Cendrillon et son père ou bien encore ceux entre Cendrillon et sa marâtre. Celle-ci d'ailleurs a des intonations et une allure qui nous font immédiatement songer à Marine Le Pen, que l'on peut facilement imaginer comme une marâtre. Ce qui accentue d'ailleurs d'une certaine façon l'effet comique du personnage.

Superbe pièce. Je recommande.
Le rapport à la mort des enfants est également très bien suggéré. Et la façon dont Cendrillon ouvre les yeux du prince sur la situation de sa mère, morte elle aussi, comme celle de Cendrillon, a un effet miroir sur les deux enfants dont les liens se trouvent de fait, immédiatement renforcés. Cela m'a beaucoup ému.
Enfin, l'actrice qui interprète le rôle de Sandra/Cendrillon est magistrale. On croit tout au long de la pièce avoir à faire à une enfant alors que c'est bien une adulte qui joue son rôle. Même remarque pour la fée qui est elle-aussi totalement déjantée.
17 juin 2017
1/10
5 0
Ça se veut parodique, mais c'est d'une lourdeur indigeste.

Le comble de l'humour c'est de remplacer Cendrillon par Cendrier. Tout est à l'avenant.

A fuir.
9,5/10
14 0
Impressionnant spectacle ! Splendide par sa facture et ses tournures, sensationnel par ses éclats et ses décalages, ce conte sans morale revêt une beauté magique, troublant du début à la fin et même après. Drôle de ses piquants doux et émouvant de ses sensations multiples touchant la personne et l'intime.

Nous savions que Joël Pommerat avait réécrit ce conte populaire avec une plume de féetaud mais voir ainsi le grandiose inimaginable qu’il en a fait, avec la réalisation toute en finesse qu’il a signée aussi, se révèle une expérience théâtrale rare et éblouissante.

Tout le temps de la représentation, nous vivons dans un ailleurs particulier où seules les belles histoires savent nous transporter. Nous en prenons plein les yeux, plein le cœur et plein l’enfance. Les mots, les images, les sons et les faits suggérés par ces séquences qui hachent le spectacle sans le détruire, comme autant de flashs oniriques ou de rêves courts, font mouche à chaque fois dans notre imaginaire et dans nos souvenirs. Il n’était pas une fois mais mille fois.

Combien de mots, d’images ou de sons viennent titiller notre imagination et notre inconscient comme des caresses enveloppantes et des flèches subliminales ? Nous ne pouvons pas le savoir mais le compte est bon et la fascination est grande.

L’inventivité et le point de vue de Joël Pommerat renversent les habitus et les stéréotypes véhiculés d'ordinaire par les contes de fées dont la transmission orale permet toutes les transpositions ou les actualisations des conteurs.

À la mort de sa mère morte, l’enfant Sandra entame un deuil iconoclaste et surprenant grâce auquel elle traverse les étapes progressives de son grandissement, de sa conquête de la vie malgré la mort. Sandra chemine entre les arbres qui ne cachent pas la forêt. Pommerat nous montre en effet que ce qui est dit ou compris peut ne pas être véritablement. Il y a dans le pouvoir des mots, de leurs erreurs et de leurs non-dits comme un jeu dans la mécanique du possible, un glissement de terrain dans les certitudes acquises, ancrées en nous par la tradition et la transmission.

Sandra avance farouchement dans sa vie comme nous dans son histoire. Sans savoir ce que nous allons découvrir entre vérité et vraisemblance, erreur et mensonge, caprice et désir, besoin et nécessité ou envie et fantasme. Le travail de deuil parait articulé chez Sandra-Cendrier-Cendrillon avec le travail des mots sur les maux, lui permettant de trouver son identité avec son émancipation.

Les symboles du conte traditionnel de Cendrillon, bousculés avec une nouveauté déconcertante et une caustique complicité, sont souvent retournés ou détournés. La fratrie non fraternelle mais soumise. La mort prématurée de la mère comme la marâtre hystérique mais fragile, avec ce père ni puissant ni protecteur, ne favorisent pas l’« oedipe » conventionnel. Un père pleutre qu’il faut prendre en charge. La sexualité qui s’acquiert avec la féminité, sans lien avec la symbolique de la pantoufle car ici, c’est Sandra qui demande au prince sa chaussure noire vernie !

La mise en scène de Pommerat, audacieuse et brillante, colore chaque instant de magie et de merveilleux. Le travail d’orfèvre effectué joue de la scénographie, des lumières, des musiques et des vidéos sans lourdeur, tout en légèreté. Il fait de ce temps-là un temps suspendu et unique.

La direction d’acteurs permet un joli et remarquable travail des comédiens. Chacune et chacun incarnent leurs personnages avec ardeur et simplicité, leur donnant une truculence plaisante et efficace. Du très beau travail.

Un incontournable spectacle pour un inoubliable bonheur de théâtre.
7 juin 2017
9/10
26 0
Mon premier Pommerat. C’est toujours un moment spécial lorsqu’on découvre un auteur ou un metteur en scène dont on a entendu parler depuis longtemps. Je ne suis pas particulièrement adepte des spectacles pour enfant mais les critiques de ses adaptations de conte étaient telles que je me suis finalement décidée à prendre des places. Pour tout dire, j’étais quand même curieuse et impatiente face à cet artiste qui a su se faire une place totalement méritée dans le théâtre contemporain.

Cendrillon – j’allais dire : ce n’est pas mon Disney préféré. Je ne crois pas garder un quelconque souvenir du conte de Perrault – alors que par exemple Le Petit Chaperon Rouge ou Barbe Bleue resteront longtemps dans ma mémoire. Ici, l’adaptation reprend bien sûr la trame principale, celle d’une jeune fille qui perd sa mère durant son enfance et dont le père se remarie à une horrible femme qui a déjà deux filles, et qui, toutes ensembles, contribueront au malheur de Cendrillon. Heureusement, la chance finira par tourner puisque la maisonnée se retrouvera invitée à une fête organisée au château, lors duquel Cendrillon se fera repérer…

Mais ici, on est bien loin du cliché que Disney nous sert habituellement. Comme je l’attendais, Pommerat va plus loin, mettant plus en valeur l’orphelinité de Cendrillon et son combat à travers sa vie que la gloire simple (et finalement totalement injustifiée) du bien sur le mal. L’écriture de Pommerat est tout à fait particulière : parfois très cruelle, elle prend aux tripes et aborde frontalement les différents thèmes du conte. Sa mise en scène enrobe ses écrits de manière tout aussi étonnante : à travers des décors projetés sur les murs à grand renfort d’illusions d’optiques, et d’une musique jazzy, dans une ambiance toujours très sombre, Pommerat nous entraîne dans le flou artistique brumeux mais jamais confus de notre conscience de la vie, du rêve et de la réalité, où les contours ne sont jamais parfaitement définis. La touche Pommerat, c’est cette espèce d’âme hybride, indéfinissable, cette touche de poésie mêlée de réalisme qui fait de ce spectacle un ovni théâtral d’une perfection absolue.

Ici, pas de mièvrerie : Pommerat reprend le conte de manière plus rationnelle. Non, les jeunes filles ne pensent pas uniquement au prince charmant. En réalité, à l’âge où Cendrillon perd sa mère, on peut très bien supposer que c’est un événement traumatisant qui lui occupera l’esprit bien plus que la recherche de l’homme idéal, accentué par le fait qu’elle pense que sa mère lui a demandé de penser à elle le plus régulièrement possible pour l’éviter de « mourir vraiment ». Mourir vraiment. C’est empli de la naïveté et de l’imaginaire d’un enfant que de penser qu’on peut mourir « pas vraiment ». Et pourtant, c’est tellement vrai. Seules les grandes personnes penseront de manière rationnelle que les morts sont partis puisque leur cœur ne bat plus. L’idée qu’un proche puisse être encore là par la simple pensée est non seulement poétique, mais magique et pourtant concrète, puisqu’on fait réellement vivre nos morts en nous rappelant ce qu’ils ont été. C’est probablement tous ces moments un peu philosophique, oniriques et pourtant profonds qui font de ce spectacle un étonnement continu, et qui permettent au conte de nous donner à réfléchir profondément sur des questions toujours présentes mais jamais autant mises en valeur dans les histoires pour enfants.

Pour ce spectacle, les comédiens sont tout aussi inattendus – j’entends par-là que ce ne sont pas forcément des physiques que l’on voit couramment sur scène. Certains personnages sont joués par le même comédien – et je suis tellement entrée dans cet imaginaire que je n’y ai vu que du feu. A titre d’exemple, c’est Noémie Carcaud qui interprète l’une des fille de la marâtre et la fée, et ce n’est que lors des saluts que j’ai arrêté de chercher « l’autre comédienne ». La transformation est totale, et sa fille pimbêche se transforme en fée beaucoup trop cool qui se refuse à utiliser les moyens actuels à sa disposition mais préfère vivre dans un passé, certes plus poétique, mais également moins pratique. J’ai adoré ce personnage et notamment le duo qu’il forme avec Cendrillon, cette jeune fille aux accents belges lui donnant un côté un peu bourru et tellement attachant, rompant totalement avec un présent qu’elle fuit à tout prix. Mais il y a également la mère, dont les cris incessants soulignent un malheur évident dans ce corps qu’elle refuse de voir vieillir – Catherine Mestoussis transmet cette crise de la cinquantaine avec force énervements, si bien qu’on se retrouve à se demander qui d’elle ou de Cendrillon est la plus mûre. Il y a également un beau moment d’émotion qu’on doit à Caroline Donnelly, qui porte alors sa casquette de Prince, et qui entonne une chanson pour son père, le roi. La chanson est en anglais – la belle idée de l’avoir sous-titrée ! – l’air est envoûtant, les paroles, touchantes.
5 juin 2017
10/10
10 0
Quelle belle visite de ce fameux conte de fée.

Une mise en scène originale et surprenante, des acteurs au top et une fin heureuse.

On sort de ce spectacle ravi.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor