Bis Zum Tod

Bis Zum Tod
  • Théâtre de Gennevilliers
  • 41, avenue des Grésillons
  • 92230 Gennevilliers
Itinéraire
Billets de 7,00 à 24,00
Evénement plus programmé pour le moment

Avec les compagnies Institutet et Nya Rampen, l’artiste suédois installé à Berlin Markus Öhrn achève sa trilogie commencée avec Conte d’Amour en proposant une pièce tragique et nihiliste Bis Zum Tod.

Se situant dans le cadre cocooning et paternaliste d’une famille occidentale de classe moyenne, le spectacle qui ne contourne pas la question de la pédophilie, raconte comment la pensée psycho rigide du clan familial avec injonction au bien-être et adhésion aux « valeurs » politiques néo-capitalistes, est un processus autodestructeur.

 

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23 mai 2016
9/10
30 0
La famille patriarcale est au cœur de la trilogie. Ici, sur fond de néo-capitalisme, la honte, la dissimulation, l’implosion et le chaos intérieur trouvent leur place avec une justesse inouïe pour aborder le sujet tabou de la pédophilie. La pièce tragique est un moment extrêmement fort, dans tous les sens du terme. On comprend mieux pourquoi des boules Quies sont distribuées à l’entrée.

Dès le premier tableau, une atmosphère anxiogène s’empare de la salle. Les bruitages oppressants, le volume sonore poussé au point de faire vibrer en résonnance les murs et les sièges du plateau 2 du Théâtre de Gennevilliers.

Une vidéo apparait. Nous sommes dans une rue en apparence tranquille. La caméra se déplace lentement sous forme de déambulation dans un quartier plutôt désert. Puis nous voici déjà au seuil de la maison, celle symbolisée par un grand cube blanc devant nous. C’est la maison de Satan, du mal dissimulé, de l’horreur, de l’indicible. C’est surtout la demeure d’une menace que même le feu initial ne pourrait sauver.

Sur le plateau, de chaque côté de l’habitation, des instruments et des platines pour une démentielle ambiance sonore créée en direct par deux techniciens au visage grimé de blanc dont le contours des yeux sont noircis, comme les figurants des clips sataniques ou de hard rock / black métal. Markus Öhrn nous propose d’examiner le garçon parfait de treize ans qui affiche son âge en grands chiffres blancs sur le devant de son débardeur noir. C’est lui qui tombera amoureux d’un pédophile et imposera à nos regards cette relation interdite. Son strip-tease lent et langoureux, laissant apparaître son boxer Angry Birds, met d’emblée mal à l’aise et cette touche puérile est en décalage total avec les gestes suggestifs qu’il effectue. Ses positions sont très explicites. La phrase « This boy is a victim » tourne en boucle dans nos oreilles. Le malaise nous étreint. Le spectateur est dans une situation très inconfortable de voyeurisme malsain. L’expérience sera renouvelée ensuite comme l’envers d’une médaille, le reflet d’un miroir de l’existence. Après avoir examiné l’apparence de la parfaite victime de treize ans, dans l’expression de l’insouciance, l’innocence mêlée à l’insolence, nous verrons à quoi ressemble le parfait pédophile, qui malgré ce côté monstrueux, n’en demeure pas moins un être humain, semble à tant d’autres. Cela est parfaitement lisible dans une scène circulaire et répétitive où les vêtements tombent et où l’individu se met à nu.
Markus Öhrn a des choses à nous dire, des mots qui dérangent, des situations qui nous transpercent le cœur par leur aspect terrible mais n’est-ce pas là le but premier du théâtre et de l’art en général, à savoir nous bousculer dans notre confrontation au monde ?

La mise en scène hybride et sanguinolente est formidable et il ne manque rien. L’ensemble est pertinent et percutant grâce également aux acteurs qui livrent un jeu époustouflant. Elmer BÄck, Anders Carlsson, Jakob Öhrman, Rasmus Slätis , Janne Lounatvuori, Linus Öhrn et Derek Holzer nous plongent sans ménagement dans l’autodestruction sombre de cette famille inscrite dans le nihilisme, l’injonction au bonheur (le père répète inlassablement « I love my life » même dans les moments les plus immondes), la pensée unique positiviste et la conviction personnelle de toujours agir au mieux. La retranscription vidéo permet d’imposer une distance nécessaire et d’éviter une confrontation directe tout en nous assenant une réalité qui amène à la réflexion. Le black metal est omniprésent dans la proposition scénique et prend ici tout son sens.

Markus Öhrn termine sa trilogie par un volet sombre et anxiogène très réussi, bien que certains passages un peu trop étirés perdent de leur intérêt et mériteraient d’être resserrés. Nous aurions coupé également le dernier tableau pour rester sur une image forte et plus marquante mais cela n’enlève en rien le coup de maître de l’artiste suédois installé à Berlin. Il nous assène une claque scénique dont nous nous souviendrons longtemps, peut-être même « Bis Zum Tod » (« jusqu’à la mort »). La trilogie complète (Conte d’amour, We Love Africa and Africa Loves Us puis Bis Zum Tod) sera présentée dans son intégralité au Théâtre de Gennevilliers le 28 mai 2016 à partir de midi.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor