Annabella (dommage que ce soit une putain)

Annabella (dommage que ce soit une putain)
De John Ford
Mis en scène par Frédéric Jessua
Avec Baptiste Chabauty
  • Baptiste Chabauty
  • Frédéric Jessua
  • Elsa Grzeszczak
  • Tatiana Spivakova
  • Jean-Claude Bonnifait
  • Thomas Matalou
  • Vincent Thépaut
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment

Enceinte de son frère Giovanni qui est éperdument amoureux d'elle, Annabella épouse un de ses soupirants, Soranzo...

Lequel découvrant son infidélité se met à la recherche de l'amant. Averti d'un guet-apens, Giovanni médite sa vengeance... Artaud : "Annabella, c'est l'absolu de la révolte, c'est l'amour sans répit, et exemplaire, qui nous fait, nous spectateurs, haleter d'angoisse à l'idée que rien ne puisse jamais l'arrêter."

 

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Toutes les critiques
3 avr. 2016
7,5/10
162 0
L’histoire littéraire ne fait aucun cadeau : comment succéder au triomphe mondial de Shakespeare sur la scène théâtrale ? Ses contemporains directs ont en fait les frais, John Ford en tête. Pourtant, avec Dommage que ce soit une putain (Annabella), le dramaturge jacobéen signe une brillante tragédie grand guignol gore et excessive. Injustement tombée dans l’oubli, cette pièce sulfureuse est remise à l’honneur grâce à Frédéric Jessua. Au Théâtre de la Tempête, le metteur en scène décuple la folie de ce brûlot corrosif en s’autorisant tous les délires possibles et inimaginables. La farce absurde s’imbrique dans la pureté incestueuse avec un sens efficace du va-et-vient (malgré quelques réajustements de registres à revoir).

Annabella respire l’interdit : dans la Parme du XVIème s, Giovanni et Annabella se livrent à un amour furieusement passionnel. Seul hic, ils sont jumeaux. La décence religieuse et la morale condamnent cette union contre-nature mais quand on est jeunes et fougueux, la bienséance importe peu. À côté, Roméo et Juliette ressemblent à des enfants de chœur… Si on ajoute en outre une foule de prétendants en herbe, une amante délaissée jalouse et des domestiques comploteurs, le danger est à son comble.

Emporté par « l’énergie folle des personnages », Frédéric Jessua ne perd pas de temps et orchestre une valse sans répit entre Eros et Thanatos. La scénographie en tri-frontal accentue le côté show revendiqué de l’adaptation tout comme une mise en musique mi-rock, mi-Era (guitare et flûte traversière en tête). Pas de palais fastueux mais une immense bâche plastique noire façon sac poubelle dessine les contours d’un double niveau. C’est volontairement laid et cracra, histoire de bien souligner les vices de la société parmesane. L’un des courtisans (fantasque Harrison Arévalo) se la joue Freddie Mercury taggueur de pacotille. Le gâteau du banquet célébrant le mariage entre Annabella et Soranzo (fou furieux Thomas Matalou) est un immense fake en carton-pâte. Des machines à bulles égayent une scène intime dans une baignoire (vite transformée en cercueil…).

Liberté ludique
Ces quelques exemples donnent l’ampleur de la liberté de la mise en scène, qui ne se refuse décidément rien. Ultra ludique, elle met en valeur par contraste les moments purement amoureux, ceux où les jumeaux se dévoilent, jouissent et méditent sur le bien-fondé de leur liaison. Tatiana Spivakova et Baptiste Chabauty (déjà remarqué dans Platonov par Benjamin Porée il y a deux ans) forment un couple criant de vérité, félin et exalté. On y croit à cette histoire fusionnelle : l’assurance de la jeunesse, ses serments de fidélité et ses doutes. Les remords d’Annabella dans son monologue final se projettent dans une dimension aérienne puisque la comédienne est suspendue dans les airs, une vierge de fer menaçante autour d’elle. Simple et futé.

Saluons aussi la performance de deux révélations protéiformes : l’extraordinaire Justine Bachelet, caméléon à lunettes cynique et hilarante aussi bien en valet-confident qu’en musicienne coincée et l’épatante Elsa Grzeszczak qui endosse pas moins de trois rôles : la commère cash Putania ; la déchaînée Hippolita et le prétendant louche Grimaldi. Les deux jeunes comédiennes sont à suivre de très près.

Le grand bain de sang final, trash et tordant à force d’effets too much, résume ainsi la démarche de Frédéric Jessua : liberté et hubris ; parodie et grandiloquence ; terreur et fou rire. Miroir baroque de notre temps. Annabella est restituée ici avec la force de ses contradictions et de son instabilité. En plein dans le mille.
28 mars 2016
7,5/10
36 0
Annabella (Dommage que ce soit une putain) est un spectacle déroutant. On aime ou on déteste ... quoique, on peut aussi ressortir de la salle Copi un peu sonné(e) et se dire le lendemain que l'on reviendrait bien la revoir.

Difficile de croire que la pièce a été écrite en 1626. Comme il est incroyable de penser que le Dom Juan qui se joue en parallèle salle Serreau n'est plus jeune que de 40 ans. Il y a beaucoup de points communs entre ces deux histoires d'amour impossibles, dont la seule issue est la mort puisque aucun des protagonistes ne consent à se rétracter.

Frédéric Jessua en a écrit (avec Vincent Thépaut) une nouvelle traduction et fait l'adaptation. Il signe aussi la mise en scène. Tous les deux jouent également. Le moins qu'on puisse conclure est qu'ils se sont considérablement investis dans cette histoire d'amour impossible ... et consommée.

John Ford est un des derniers dramaturges élisabéthains. Shakespeare a déjà écrit son Roméo et Juliette. Il faut une intrigue plus forte encore pour provoquer un choc dans le public habitué à l'adultère, la folie, la vengeance et les affaires de famille compliquées.
Annabella pousse le principe à son comble : aucune promesse n’est honorée, aucune loi respectée, pas même l’interdit majeur, celui de l’inceste. Enceinte de son frère Giovanni qui est éperdument amoureux d’elle, Annabella épouse un de ses soupirants, Soranzo, lequel découvrant son infidélité se met à la recherche de l’amant. Averti d’un guet-apens, Giovanni médite sa vengeance…

La scénographie de Charles Chauvet place les acteurs dans une sorte de squat abondamment tagué, noir, rouge et blanc. Les costumes sont contemporains et apportent quelques notes de couleur vives. le modernisme n'empêche pas du tout le metteur en scène de respecter chacun des codes du théâtre élisabéthain. Le public est assis sur des gradins disposés en U, autour du dispositif scénique, donc extrêmement proche des comédiens.

Des machineries sont utilisées pour provoquer des effets, souvent comiques puisque le spectateur doit régulièrement balancer entre le rire et la peur. Un étage domine la scène pour évoquer ce qui se passe en coulisses, hors la vue directe. Et bien entendu les scènes les plus terribles sont cachées, sans dispenser les spectateurs d'en vivre l'horreur.

Cette proximité est à double tranchant si je puis dire. On peut considérer théâtralement la pièce comme une parodie parce que ce sont des anglais protestants qui racontent les atermoiements d'italiens catholiques. On peut aussi l'estimer "trop" noire, sanglante, jusqu'à l'outrance, même si on mesure combien elle est fidèle à la volonté de John Ford.

A l'instar du Dom Juan de Molière, nous étions prévenus d'emblée puisque avec le ciel on ne plaisante pas. Giovanni (vous remarquerez à propos la proximité de nom) ne cédera pas : mon destin sera mon seul Dieu !

La musique est très présente et il faut saluer la compétence des comédiens à l'interpréter. La qualité de leur jeu est d'ailleurs aussi à souligner.

Le choix de la chanson des Moody Blues, Nights In White Satin, est parfait pour exprimer le désarroi des amants. Dommage ... que le contexte actuel et la montée des violences que nous subissons depuis quelques mois agisse comme un paravent. Je suis peut-être encore sous l'influence de ma dernière lecture, Pretty girls ... La dernière scène, quand le frère arrache le coeur de sa soeur n'est pas simplement suggérée. Est-ce nécessaire de le brandir presque palpitant ?
Sur le moment c'est insoutenable. Mais le lendemain, on se souvient des dernières paroles : il est humain de vouloir se venger. Il est divin de pardonner.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor