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Agua

Agua
Mis en scène par Pina Bausch
  • Théâtre de la Ville
  • 2, place du Châtelet
  • 75004 Paris
  • Châtelet (l.1,4,7,12,14)
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L’insouciance, la couleur, les rythmes pimentent le flot ininterrompu de cette pièce de Pina Bausch sous influence voyageuse.

Un foyer, des ailleurs. À partir de Viktor, en 1986, quittant le port d’attache de Wuppertal où elle avait amarré la troupe du Tanztheater, Pina Bausch a cédé au désir de la bourlingue : de Madrid à Hong Kong, de l’Inde au Chili, elle s’est imprégnée de saveurs géographiques autant qu’humaines pour nourrir, avec ses danseurs, une foisonnante imagination chorégraphique et théâtrale.

Créé en 2001 à l’issue d’un séjour de trois mois au Brésil, Água appartient à ce cycle des pièces voyageuses. L’insouciance, la couleur, les rythmes en pimentent le flot ininterrompu, irrigué par une chaîne musicale où le sens de la fête alterne avec l’essence chantée d’un blues tropical. Dans Água, la danse est au diapason fiévreux du Brésil, mais derrière les clichés, Pina Bausch n’oublie pas d’apposer sa signature. À la fois tendre et ironique.

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2 critiques
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Toutes les critiques
15 mai 2016
9,5/10
51 0
Encore une fois les qualificatifs manquent pour exprimer notre admiration devant le talent de Pina Bausch et des interprètes du Tanztheater Wuppertal... Água est une pièce qui s'inspire d'un voyage de la compagnie au Brésil en 2001, dans laquelle nous retrouvons nombre des danseurs/acteurs fétiches de la troupe mais également plein de nouveaux venus gage d'un certain renouvellement.

Les vidéos (de vacances ?) projetées sur le sol et le fond de scène donnent l'impression très réussi que les danseurs évoluent en apesanteur. Les saynètes s’enchainent comme toujours passant allégrement de la danse au théâtre très souvent avec souvent beaucoup d'humour.

Nous avons adoré.
8 mai 2016
9/10
73 0
Un grand écran tripartite et incurvé, sur lequel sont projetés des images de paysages exotiques du Brésil, occupe une bonne partie de l’espace scénique. Devant des vidéos de palmiers agités par le vent, un couple déguste goulûment des fruits juteux.

Très suggestif et sensuel, le tableau nous transporte pour un aller simple dans un ailleurs onirique sublimé. Le premier solo féminin, exprime une profonde délicatesse et a le goût de l’alizée qui viendrait secouer les grains de sable d’une île paradisiaque, quasiment suggérée par les poursuites de lumière qui créées des sortes d’espaces insulaires. Puis la danseuse laisse la place à deux hommes qui investissent le plateau dans un duo au sol que l’on reverra dans la seconde partie. Tels des surfeurs taquinant la vague tant attendue, ils étirent le temps du bonheur avant de rejoindre un groupe. Ils sont maintenant huit à se mouvoir sur une musique quasi ancestrale, à la pulsation fortement marquée.

Au rythme des tambours, tout s’accélère encore. Entre deux chorégraphies très expressives, des sortes d’intermèdes plus légers comme l’intervention, moitié française moitié anglaise d’une femme qui souhaite faire, dans un coup de folie, comme si rien ne s’était passé : scier les pieds d’une table, éponger de l’eau avec une magnifique robe... où elle interroge les possibles avec une sensibilité et une poésie débordante ou encore la prédiction du temps qu’il fera en fonction de la position de retombée d’une chaussure de marche.

Des courses d’insouciance, des ébats sur la plage... les tableaux, d’une beauté fulgurante et renversante, se succèdent et forment le terreau de l’évasion, un miroir irréfutable du Brésil où le sens de la fête sous les Tropiques s’exprime avec ivresse dans une danse fiévreuse aux saveurs du bout du monde exprimant l’essence même de ce pays exotique rayonnant durant près de trois heures. Une sublime initiation et invitation au voyage se noue avec un dépaysement garanti. Les vingt-cinq danseurs se montrent parfaitement à la hauteur et il serait injuste de ne pas tenir compte de cet effet de groupe. Cependant, quelques-uns parviennent à tirer leur épingle du jeu, à l’instar d’Helena Pikon, Julie Shanahan ou encore Ophelia Young dont le charisme brûle les planches. Les chorégraphies, incisives et percutantes, prennent tout leur sens dans le décor onirique de Peter Pabst. Água invite au rêve et au voyage, celui vers d’autres horizons, terrestres ou intimes, aussi bien dans l’expression du tourisme que du couple. Les corps sont mis en mouvement dans une chaleur ambiante qui ne trouvera un apaisement que dans le tableau final en forme de bataille d’eau rafraichissante, métaphore d’une nature abondante et généreuse.

Alternant rythme soutenu et temps plus lent, où chaque geste se décompose, se développe, naît et meurt en adéquation avec la musique, la première partie varie également en intensité, au gré de la lumière, tantôt atténuée, tantôt crue, aveuglante et éclatante. Le plateau immaculé exprime alors une candeur sensuelle tandis que la seconde partie semble plus profonde, plus brute et plus sauvage également. Retenons aussi un superbe tableau maritime aux pas dignes des grandes marées bretonnes un jour de tempête. Puis le soir tombe sur la plage de Copacabana où chacun prend place dans un canapé blanc. La lumière, chaude et rougeoyante, réchauffe les cœurs à l’ombre des palmiers. Sur la plage éphémère, la fête se fait moment unique, dissimulée derrière des serviettes aux silhouettes humoristiques et aguichantes, de visages, de torses dénudés ou de corps sculptés à la perfection avant d’un instant de danses languissantes en duo. Que ce soit sur la plage ou dans la jungle, le pays aux mille facettes nous renvoie son quotidien lumineux et mélancolique à travers le langage universel des corps et de la musique. Água convoque notre imaginaire dans une pièce visuellement magnifique.

C’est désormais une tradition : l’installation du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch, disparue en 2009, sous le ciel parisien au mois de mai. Água, sublime portrait brésilien qui retranscrit à merveille l’exotisme de ce pays, affiche complet depuis déjà plusieurs mois sur la totalité de ses représentations jusqu’au 14 mai 2016. Une pièce d’une telle beauté, avec une fascinante invitation au voyage, attire forcément beaucoup de monde mais d’autres occasions de découvrir ou redécouvrir le talent de la chorégraphe allemande seront données au public parisien : Auf dem Gebirge hat man ein Geschrei gehört (Sur la montagne, on a entendu un cri) sera présentée au Théâtre du Châtelet du 20 au 26 mai prochain et Viktor ouvrira la saison 16-17 du Théâtre de la Ville, dans le même lieu, du 3 au 12 septembre 2016.

La longue ovation, amplement méritée, de ce soir de première, pour les danseurs du Tanztheater Wuppertal, de la part d’un public fidèle venu en nombre (la salle était comble), semblait reliée par un fil invisible à l’âme de Pina Bausch qui rayonnait dans les rangs et sur le plateau où sa pièce fut sublimée une fois de plus.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor