Un couple d’octogénaires savoureux, Jean Pierre Darroussin et Christine Murillo, dans une pièce de Grumberg.
Synopsis
Lui, souffre d’un mal de dos chronique et d’une vue très faible.
Elle, est équipée d’un appareil auditif et d’un appareil dentaire.
IIs n’ont pas la vie facile d’autant que leur cinquantenaire de fils est revenu vivre chez ses vieux.
Ce retour, ça les ennuie.
Allez donc savoir où se nichent la générosité, l’écoute ou le rejet, d’autant que le fils s’obstine à ne pas leur parler. C’est gai !
Allez donc savoir qui des rires ou des larmes l'emportera.
L'avis de la rédaction
Les parents terribles !
Dans un long couloir sombre, où seules quelques chaises sont présentes, un couple d'octogénaires, chacun avec ses infirmités.
Lui, ce sont les yeux et le dos. Elle est appareillée, a un dentier et marche avec une canne.
Trois portes, la cuisine, leur chambre, et tout au fond, plus étroite, celle de leur fils quinquagénaire qui est revenu vivre chez eux.
Les parents s'interrogent, tentent de comprendre.
Pourquoi est-il revenu ?
Où est-il, que fait-il, est-il rentré, sorti ?
Veut-il de la soupe ?
Ce fils, que nous ne verrons pas alimente leurs conversations, ranime des souvenirs, relance des angoisses.
Ça commence comme une comédie, acide et drôle comme toujours chez Jean-Claude Grumberg.
Et puis ........
Les deux grands comédiens que sont Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo, au fil de courts tableaux, font vivre ce texte dans lequel les personnages ne vont jamais tout à fait au bout de leur pensée.
Désabusés, déçus, sans aucun avenir, il leur reste pourtant cette relation, qui dure depuis 66 ans, la seule chose qui ait survécu à leur vie.
Cela fait bien longtemps que les enfants, petits enfants, et même peut-être arrière petits enfants, ne viennent plus les voir.
Elle s'accroche encore, forcément c'est une mère, et ce manque la ronge.
Lui a lâché l'affaire, du moins le pense t'il.
Merveilleusement dirigés par Charles Tordjman, familier des pièces de Grumberg, qui officie depuis plus d'un demi siècle, ce sont deux solitudes qui se chamaillent, s'interrogent, se soutiennent, deux êtres qui ont vécu une vie qui, comme disait Maupassant, ne fut ni si bonne ni si mauvaise qu'on croit.
Et puis un évènement terrible se produit !
Jean-Pierre Darroussin nous offre alors un grand numéro d'acteur, et avec une immense profondeur, sensibilité et retenue, nous livre toute la détresse de ce père et nous frappe en plein cœur.
Le grand auteur de l'Atelier, une fois encore, à sa manière si particulière, nous montre une obscurité traversée fugitivement par des éclairs de lumière.
Un grand moment !
Sylvie Tuffier