22 janv. 2017
8/10
6 0
Un seul en scène qui met en valeurs les qualités de comédien de Franck Chevallay.

Franchement cette histoire ne m'a pas vraiment emballée, l'économie n'a jamais été mon fort, mais c'est raconté de façon comique et caustique, et je vais sans doute envoyer mon conseiller de banque voir le spectacle...
22 janv. 2017
9/10
4 0
Le propos ardu est traité avec une lumineuse légèreté. Un nuage souriant et créatif, gorgé d'émotions mélancoliques, drôles et heureuses. Une combinaison théâtre-musique de haut vol.

Le petit garçon est triste ? Le violon fait la tronche, et nous emporte dans un tourbillon déchiré de notes descendantes. Le petit garçon de neuf ans repart vaillamment sur la route du bonheur ? Alors le violon, le violoncelle et l'accordéon s'accordent sur la mélodie du bonheur, cadencée par le tempo du palpitant de cet enfant résiliant. Parfois, le violon-doudou semble presque mener sa propre vie.

On adore ce joyeux melting-pot de musiques tziganes, yiddish, espagnoles, russes...Pari réussi !

Les chansons chaleureuses et le contenu de la pièce nous resteront en tête comme un hymne à la joie de vivre, à la famille, même celle qui vend son dernier-né pour payer son loyer.
21 janv. 2017
9,5/10
11 0
Fascinant !
J'ai assisté au théâtre des Déchargeurs à un seul en scène véritablement fascinant !

Le concept et le pitch sont on ne peut plus clairs.
Dans un hôpital psychiatrique, un fou, en se prenant pour l'Etat, va purement et simplement nous expliquer, du troc aux subprimes, les mécaniques financiers qui ont régi ou qui régissent encore le monde qui nous entoure.

Ce fou, nous le devons à Franck Chevallay qui interprète de façon lumineuse, magistrale, drôle et pédagogique ce personnage.
Le fou ne sera pas si fou que ça, et en remontrera en sagesse à beaucoup.

Franck Chevallay a écrit et interprète cet étonnant seul en scène.
Et, tenez-vous bien, il n'est pas du tout économiste de formation.
« Simplement » quelqu'un qui s'est intéressé à la machine financière.

Et pourtant, tout ce qu'il va expliquer, démontrer, décortiquer de façon parfois hilarante est rigoureusement exact.

Il apparaît sur scène nu-pieds, portant une veste sombre sur un pyjama.
Au cours de différents tableaux, il va incarner toute une série de personnages qui vont représenter chacun une problématique bien spécifique :
- le banquier italien qui invente les billets, de façon à ce que l'or ne soit plus volé par les bandits de grands chemins
- une pièce d'or qui se retrouve coincée dans un coffre-fort anglais, parce que le propriétaire du-dit coffre a imaginé prêter des pièces qui n'existent pas : les pièces fantômes.
- un directeur de banque qui va cyniquement démonter le mécanisme des subprimes. « cinq à dix ans de rêve et d'espoir dans la vie d'un pauvre, ça n'a pas de prix ! »

On rit énormément tout en apprenant beaucoup de choses.
Le comédien ne ménage pas sa peine. Il se démène, se donne pleinement.
Il va, vient, court, virevolte, se cache en coulisse, revient sur scène...

De plus, ses différents accents sont irrésistibles !
(Mention spéciale à l'Etat qui prône la déflation et qui a comme par hasard un accent allemand à couper au couteau... Suivez mon regard merkelien...)

Alexandre Zloto, qui a mis en scène l'acteur a été d'un grand secours : les deux compères rendent très claire une gigantesque machine financière qu'on croyait, on qu'on voulait nous faire croire particulièrement et irrémédiablement opaque.

Il y a quelque chose des Monthy Python dont la façon dont joue Franck Chevallay : de la démesure, du rire, des fous-rires, et en même temps un sentiment de vertige dans le propos.
Oui, nous sommes en plein dans le registre loufoque des compères britanniques : le rire mais l'analyse poussée des absurdités sociétales.

Pour autant, le texte écrit par le comédien est clair : « Je ne vais pas vous faire des leçons de morale, je vais seulement raconter des histoires », nous précise-t-il.
Bien entendu, tout est suffisamment explicite pour que l'on sente bien le caractère engagé de la démonstration.

Nous sommes vraiment en présence d'un seul en scène à la fois unique, humoristique et pédagogique.

Un seul en scène qui fait sacrément réfléchir sur ce monde finalement très inquiétant de la finance.
On ressort avec quand même une impression inquiétante qui fait froid dans le dos !

Vous ne regarderez plus du tout votre banquière de la même façon après avoir vu ce spectacle !
21 janv. 2017
8,5/10
3 0
Pour ma note, j'ai hésité un long moment entre le 8 et le 9.

8, parce qu'il faut bien dire que la mise en scène est plus qu'austère. Aucun décor, 2 comédiens qui ne se renvoient même pas la réplique. Chacun nous racontant une histoire (qui les lient) l'un après l'autre.

9 parce qu'au delà de ce minimalisme, la pièce est bouleversante et raconte énormément avec si peu d'artifice. Difficile de ne pas en ressortir avec la larme à l'œil, avec une conclusion que j'ai trouvé extrêmement profonde de sens.

Autant vous prévenir, ce n'est pas une soirée rigolade. Mais la réflexion que nous inspire cette pièce est bien ce qui en fait une œuvre qui restera à l'esprit.
21 janv. 2017
8/10
2 0
C’est l’histoire du peintre Michelangelo Merisi, dit Caravage (d’où vient ce nom ? réponse dans le spectacle, parmi de nombreuses autres anecdotes passionnantes). L’histoire de sa vie, depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

Comme elle fut passionnante et survoltée cette vie ! Personnage incroyablement romanesque, Caravage était un rebelle, une sorte d’écorché vif, un homme fougueux, toujours passionné, parfois violent, jamais paisible. Sa vie trépidante fut jalonnée d’aventures amoureuses avec des femmes, des hommes, des prostituées, des voyous…qui souvent lui servirent de modèles. L’existence du Caravage prit fin brusquement, dans des conditions qui demeurent obscures, à l’image de ses toiles qui marquèrent un tournant dans la peinture du XVIIè siècle.

Car c’est aussi et surtout de peinture dont nous parle Cesare Capitani dans son spectacle. Au fil de l’épopée qu’il nous relate, les célèbres tableaux se reconstituent dans notre esprit. De « Corbeille de fruits » à « David et Goliath » en passant par « Méduse », les œuvres défilent sous nos yeux grâce à une scénographie qui reconstitue subtilement le clair-obscur du Caravage.
Mis en lumière tantôt par de simples bougies, tantôt par le jeu des projecteurs, les visages de Cesare Capitani et de sa partenaire de scène se détachent avec précision, finesse, réalisme.

Laetitia Favart (en alternance avec Marion Leroy) chante a capella des morceaux de Monteverdi et d’autres compositeurs italiens de la Renaissance, donnant un relief supplémentaire au spectacle. On comprend le succès remporté par celui-ci. Depuis 2010, plus de 430 représentations ont permis de ressusciter autant de fois l’immense artiste, le « peintre maudit ». Et c’est assurément de la virtuosité, non plus devant la toile, mais sur les planches qui nous cueille dès les premières minutes. La virtuosité d’un comédien franco-italien aussi bouillonnant, passionné, exalté, véhément, débordant, volcanique que l’était son modèle. Cesare Capitani ne peut laisser indifférent : à peine sorti de salle, le premier réflexe, le premier désir est de « se téléporter » immédiatement devant une toile du Caravage…