Il y a 6 heures
7/10
1 0
Quel auteur ne rêve pas un jour d’un prix couronnant sa carrière ?

Martin, illustre médiéviste, a enfin reçu le Grand Prix International d’Histoire, il devrait déborder de joie, Lucas son frère le lui fait remarquer... Martin lui avoue sa peur, son angoisse, en effet, il a constaté que tous les précédents lauréats étaient morts après avoir reçu le prix. Il est convaincu de vivre ses derniers jours...

Martin devrait être heureux, il a pour compagne la ravissante et écolo Fabienne. Mais voilà tout s’écroule, Martin a eu une aventure avec Véronique sa belle-sœur, qui ne sait pas trop ce qu’elle veut, a épousé Lucas apparemment par dépit, et souhaite avant de divorcer lui avouer son aventure avec Martin. C’est sans compter sur l’attirance que Fabienne et Lucas ont l’un envers l’autre... et aussi sur la couardise de Martin qui ne veut pas s’attirer d’ennuis avec son frère !
Voilà en gros l’histoire, les comédiens sont sympathiques, on sourit, Daniel Russo porte la pièce, l’idée de départ est intéressante, mais le texte part vite vers le trio habituel mari-femme-amant. Par contre bravo pour les décors !
La scène dans le cabinet de Lucas avec Fabienne et son pendule est drôle, mais la référence à Ravaillac est un peu longue...

Dans la même veine, j’ai repensé au roman de Gaston Leroux « le Fauteuil hanté » ainsi qu’au livre de Nathalie Rheims « le fantôme du fauteuil 32 ». Dommage que l’auteur n’ait pas eu l’idée de poursuivre le même chemin.
Il y a 7 heures
8,5/10
1 0
Robert donne une soirée pour des centaines d’invités dans son somptueux manoir parisien, en l’honneur de son ami André qui vient de réaliser un exploit héroïque en Méditerranée. Robert est aussi dandy arrogant que son ami est libre. André est amoureux de Christine, l’épouse de Robert, qui lui-même entretient une liaison avec Geneviève.

La fête est sans limite, presque décadente, on boit, on chante, on danse… Le film projeté au début du spectacle est tourné par Robert lui-même, il nous laisse croire que nous resterons de simples spectateurs, quand soudain… la fête surgit : elle est ici, salle Richelieu. Les invités, c’est nous ! Le drame est en embuscade, la tension s’installe et monte crescendo.

Envie de danser avec Suliane Brahim, de fondre devant Serge Bagdassarian, de boire un verre avec Jeremy Lopez, de faire un câlin à Jérôme Pouly ? Et que diriez-vous de reprendre en cœur avec vos voisins « Paroles, Paroles » de Dalida ou « For me -Formidable » d’Aznavour ?
Ici, c’est possible ; mais attention, avant d’accepter, sachez qu’il n’y a plus de règles, il n’y a que du jeu !
Ici, on bouscule les conventions… et les spectateurs !
Le public est partagé entre enthousiasme et inquiétude. Il passe par toutes les émotions, il s’interroge, il rit, il chante. Certains voudraient se lever et monter sur scène, attrapant volontiers les verres et les mains tendus par les comédiens. D’autres restent figés, quasi consternés, se demandant à quelle sauce ils vont être mangés par ces acteurs virevoltants et débridés, en apparence sans limite. Que va-t-il se passer maintenant? Jusqu’où iront-ils ? Tout cela est-il écrit ou sont-ils en pleine improvisation ? Ambiance !

Ici, le théâtre se confronte au cinéma et réciproquement. Christiane Jatahy travaille beaucoup sur les rapports entre les deux arts ; ils s’y succèdent tout d’abord, puis se mélangent, provoquant le spectateur avec une audacieuse transition. Se pose aussi la question de nos propres rapports avec le théâtre, et de notre regard sur le réel et la fiction.

Ici, la caméra fait tomber plus vite le masque du mensonge. Les infidélités lovées au fond des alcôves, se découvrent par écran interposé en direct. Les cocus en prennent pour leur compte, l’huile est jetée sur le feu.

Ici, on regrette cependant que le scénario reste un peu trop sage par rapport à l’original. Le héros André Jurieux interprété par un Laurent Lafitte imposant, n’est plus le navigateur aérien de l’Atlantique de Renoir mais devient un marin qui sauve des migrants en Méditerranée. Le garde-chasse allemand se métamorphose en africain. Christine est d’origine arabe alors qu’elle était une autrichienne exilée…

Tous ces personnages se déchirent finalement, non pour des raisons politiques ou sociales, mais par orgueil… Ce qui se dessinait comme la promesse d’une joute intellectuelle, politique engagée, sur fond de relations amoureuses impossibles, cède finalement la politesse à la tragédie, atemporelle. Peu importe ce que les personnages feront, d’où ils viennent, qui ils sont… ils ne sont ici que pour servir cette tragédie.

C’est un peu dommage, car la caméra, malicieuse complice du théâtre, a également cette vertu de lui permettre de jouir de plus de complexité avec plus de vitesse.
Ici, la Comédie-Française sort une nouvelle fois de sa zone de confort, fait preuve d’audace, revisite avec brio sa propre modernité et nourrit le dialogue nécessaire avec la société d’aujourd’hui. Elle incarne pleinement le spectacle vivant, elle crée, elle prend sa part de risques, elle provoque les mélanges et les échanges artistiques…

Au risque de déplaire à ceux qui préfèrent souvent y voir autre chose par facilité et nostalgie, et qui enragent de se faire ainsi bousculer, le miroir tendu par ce théâtre-là nous renvoie une image de nous-mêmes.
Le changement rencontre toujours ses résistances, la nouveauté agace, mais le vent de liberté et de création qui souffle au Français est irrésistible et y pousse joyeusement ceux qui n’y viennent jamais, ceux qui pensent qu’il n’est pas pour eux.

Ici, le 4è mur n’a plus de mur que le nom, il est une offrande, un partage, une invitation, une claque, une caresse aussi… qui vient se poser sur ma bouche mais surtout sur mon cœur.
Il y a 20 heures
9/10
3 0
Emmanuel Bex, l'un des maîtres européens du jazz à l'orgue Hammond et David Lescot, auteur, comédien, metteur en scène et lui aussi musicien nous proposent un étonnant spectacle.

En une heure trente et en quatorze titres jazz vocaux et instrumentaux, les deux complices nous racontent l'histoire de la Commune de Paris.

D'un point de vue chronologique sont évoqués les principaux épisodes de cette épopée révolutionnaire, du déclenchement, de l'espoir jusqu'à la sanglante répression et à la déportation à Cayenne des principales figures féminines, dont Louise Michel.

David Lescot définit d'ailleurs son spectacle comme un « album-concept live ».

Jazz et Commune, si ça fonctionne ? Oh que oui !
On peut même dire que le jazz, musique militante, revendicative, accompagnatrice des luttes de bien des minorités se prête particulièrement à cet exercice.

Le duo Bex-Lescot a bien compris le parti à tirer de ce mélange des genres.

David Lescot a écrit la plupart des textes en ayant eu soin de prendre pour caution historique Quentin Deluermoz, spécialiste des mouvements sociaux du XIXème siècle.

Emmanuel Bex a composé la musique jazz, mais également une partition aux frontières de la musique concrète, contemporaine.

Ce sont des ambiances parfois douces, feutrées, mais souvent brutales, très fortes, épiques dans lesquelles il nous plonge.
Son orgue Hammond rugit bien souvent, certes, mais il peut également sous ses doigts se montrer d'une douceur et d'une légèreté incomparables.

Simon Goubert à la batterie participe lui aussi à la création de ces ambiances. Il ne se contente pas d'assurer une partie rythmique, c'est aussi un coloriste, et un bruiteur. Il faut noter son impressionnant solo qui se termine sur un sacré travail sur les cymbales.

La saxophoniste alto virtuose Géraldine Laurent apporte sa vélocité au service de la mélodie, en vraie adepte du bop et du hard-bop qu'elle est.
Sa virtuosité technique cependant jamais gratuite, toujours au service du propos, est réellement enthousiasmante.

Et puis tout un travail sur la voix est engagé.
David Lescot dit ses textes, les scande, les rythme même, accompagné qu'il est de deux prestigieux camarades de scène.

Le rappeur américain Mike Ladd, pratiquant depuis longtemps déjà le spoken word, une casquette de comique troupier sur la tête, a trouvé une vraie place.
De plus, ses parties en anglais viennent comme souligner le caractère universel d'un soulèvement populaire.

La chanteuse et comédienne Elise Caron, de son timbre chaud et rond, se charge des principales parties mélodiques.

Il règne une vraie complémentarité entre ces trois artistes de la voix, c'est une vraie trouvaille que cette réunion qui fonctionne parfaitement.

Bien entendu, il me faut souligner que cette évocation historique entre en complète résonance avec la plus chaude des actualités politiques.
Le dernier mot de David Lescot au public est d'ailleurs « Courage ! ».

Cette fresque jazzhistorique est un très beau moment de création artistique, avec de réels parti-pris musicaux et littéraires.
Le jazz exigeant mais passionnant de Bex et Lescot colle parfaitement à cet épisode important qu'est la Commune de Paris.
C'est une vraie réussite.
Il y a 21 heures
6/10
2 0
Après toutes les mauvaises critiques sur cette pièce, j'y suis allée avec des à priori. Des longueurs certes, des scènes à la fin qui pourraient être supprimées mais on passe un bon moment dans ce magnifique théâtre.

J'ai beaucoup aimé le discours sur l'histoire de Ravaillac.
C'est toujours un réel plaisir de voir Daniel Russo et Lionel Abelanski sur scène.
Il y a 7 heures
7/10
2 0
Voilà une jolie pièce sobre et émouvante.

Traiter du lien affectif et familial dans le handicap mental n'est pas chose aisée... Ici, le sujet est abordé avec beaucoup d'élégance et de naturel, une pointe d'humour venant relever le tout.
Les acteurs sont très justes et Catherine Arditi est excellente.

On entrevoit un fragment de vérité sur ces destins de vie pourtant ordinaires mais laissés dans l'ombre.